Publié par Abbé Alain Arbez le 21 septembre 2022
Le chien « messager de Dieu » dans le livre biblique de TOVYAHOU (Tobie) et dans la tradition juive postérieure

Les passages bibliques où il est question du chien ne sont pas nombreux. Pourtant, le livre de Job (30,1) évoque clairement le rôle utile du chien de troupeau, et le livre de Tobie met en valeur sa fonction d’accompagnateur de l’homme et finalement de messager de Dieu (Tb11,4).

Mais il faut également mentionner l’association du chien à l’heure fatidique de la sortie d’Egypte, c’est à dire la destinée pascale des Hébreux : « Chez tous les fils d’Israël, pas un seul chien ne grognera contre homme ou bête » (Ex 11,7) ceci afin de faciliter le départ, libérateur mais risqué – sans attirer l’attention de Pharaon – de tout un peuple en route vers la terre promise.

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La tradition juive commente ainsi cet épisode : « on dit qu’un ange apparut à un sage du talmud qui priait et qui jeûnait pour que les CHIENS aient le droit de chanter les louanges de l’Eternel. L’ange lui expliqua que son jeûne était totalement inutile puisque depuis l’Exode, les chiens bénéficiaient des faveurs divines pour s’être retenus d’aboyer au moment où les fils d’Israël fuyaient l’Egypte à la faveur de la nuit ! »

Même si dans l’antiquité le chien ne tient généralement pas une place prééminente, la tradition juive ne le laisse pas de côté : le chant populaire du Had Gadya met en valeur le chien aux côtés du bœuf, du chat, de l’agneau. Un commentateur rabbinique de Genèse 4, 15 reconnaît la fidélité du chien envers son maître. Il mentionne que le Seigneur offrit un chien à Caïn qui venait de tuer Abel afin qu’il ait un compagnon pour le protéger.

Un autre récit exalte le dévouement du chien pour son maître : le voici présenté comme le sauveur d’un berger de moutons risquant la mort, parce qu’un serpent avait infecté de son venin le lait caillé du repas. Le chien voyant le danger se dévoua en ingérant le lait et tomba raide mort. Comprenant le geste sacrificiel du chien, les bergers lui érigèrent un monument de reconnaissance, « nafsha d’kalba ».

Par la suite, malgré l’impopularité du chien dans les temps anciens, les juifs apprécièrent de plus en plus la présence du chien. C’est ainsi que l’auteur israélien prix nobel de littérature 1966, Samuel Agnon, publia un roman autour du personnage héroïque d’un chien intelligent et dévoué dénommé Balak.

Quant au récit biblique de Tobie, il est particulièrement révélateur d’une approche spirituelle du chien aux côtés de l’homme. Tobie part pour un long voyage, accompagné par l’ange Raphaël et par son chien. « Le garçon se mit en route, et l’ange avec lui. Le chien aussi partit et les accompagna » (Tb 6,1). Le père, juif fervent déporté à Ninive est aveugle. Il envoie son fils récupérer une somme d’argent qui lui est due. L’ange Raphaël connaît le chemin, mais il y a aussi le chien qui chemine fidèlement à leurs côtés. Finalement, le fils, muni d’un médicament pour soigner les yeux de son père, est de retour à la maison. Et c’est le chien, dit le texte, qui arrive en premier à la porte familiale pour annoncer le retour du fils affectionné. Il anticipe les retrouvailles et la future guérison, devenant, de ce fait, messager de joie…

Tb 11,7 : « L’ange Raphaël dit à Tobie : dès que tu seras entré dans la maison, rends grâces à Dieu ! Approche-toi de ton père et embrasse-le ! » Tb 11,8 : « Soigne-le. Applique sur ses yeux ce remède que tu portes avec toi, aussitôt ses yeux s’ouvriront et ton père verra la lumière du ciel, il sera rempli de joie en parvenant à te voir… » Tb 11,9 : Alors le chien qui les avait accompagnés durant le voyage courut devant eux. Arrivant à la maison comme MESSAGER DE DIEU, le chien exprimait sa joie en agitant la queue et en prodiguant ses caresses. C’est alors que le père s’avança à la rencontre de son fils ».

(Notons que le nom de Raphaël, en hébreu « rephael » signifie « Dieu guérit »).

Le lien évident entre l’ange Raphaël et le chien messager de Dieu n’échappera à personne. En effet, la fonction de messager est une mission angélique. On a ainsi l’ange, l’homme et le chien.

Notons que dans l’évangile, on retrouve les anges et les chiens en duo dans la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare. L’histoire de St Roch nous montre même les anges et les chiens voulus par Dieu au service de l’homme. Le chien Gris, de St Jean Bosco, est ce compagnon providentiel qui le sauve de plusieurs agressions : le fondateur des Salésiens était persuadé que derrière son chien, c’est un ange protecteur qui agissait.

Pour Catherine de Sienne, le chien qui prévient du danger est en effet comme l’ange qui veille sur notre cœur pour nous avertir des risques d’égarement et de perdition.

Quant à François d’Assise, sa familiarité avec le loup de Gubbio qui terrorisait les villageois comporte aussi un message prometteur sur les liens entre l’homme et les canidés, attitude prophétique qui nous renvoie aux premiers hommes transformant les loups en compagnons fidèles, et nous faisant découvrir une autre approche de l’animalité qui nous environne.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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