Publié par Jean-Patrick Grumberg le 20 septembre 2022
Russie : Un employé municipal a eu « ce qu’il mérite », 7 ans de prison pour avoir qualifié la guerre de guerre

En Russie, pour la première fois, on a appliqué « dans toute sa rigueur » la « loi sur les fake news » adoptée début mars.

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Le député municipal du district de Krasnoselsky à Moscou, Alexei Gorinov, 60 ans, a été condamné à sept ans de prison pour avoir appelé la guerre une guerre, et non une « opération militaire spéciale. »

Le député municipal avait déclaré que la Russie menait une agression contre un pays souverain, à savoir l’Ukraine, et les patriotes, qui croient dans le bienfait des frontières, soutiennent les nations et la souveraineté, ont dit qu’il a eu ce qu’il méritait. La Cour Meshchansky de Moscou a rendu un verdict contre Gorinov.

Lundi, le tribunal de la ville de Moscou a rejeté l’appel de Gorinov et a confirmé la condamnation, en réduisant cependant sa peine d’un mois pour l’humilier un peu plus. La réunion s’est tenue à huis clos, rappelant les procès de l’ère communiste ; même la femme et le fils du député n’ont pas été autorisés à y assister. Le dernier mot prononcé par le condamné lors du procès a été publié par son groupe de soutien, et ce discours a été entendu par le monde entier.

« Ressentez, comprenez l’échelle cosmique des événements dont il est question ici. La même échelle de responsabilité repose sur chacun – y compris sur moi. Et le moins que je puisse faire est d’appeler un chat un chat », a déclaré Alexey Gorinov.

« C’est une dévastation sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale dans un pays européen. Plusieurs dizaines de milliers de morts et de blessés des deux côtés. Des millions de réfugiés. En même temps, on nous dit tous les jours et toutes les heures que cette guerre est pour la paix. On nous enseigne que s’entretuer est juste et normal ».

Dans un bloc d’informations télévisées, on nous montre avec enthousiasme les tirs mortels d’obus et de roquettes, dont chaque tir coûte un million de roubles ! Puis la livraison d’aide humanitaire aux survivants sur les territoires ‘libérés’. Libérés de qui ? D’eux..

Non ! Ce n’est pas normal. Cela peut sembler normal seulement dans l’image inversée du monde qui s’est développée dans la tête d’une – ou dans la tête de plusieurs – personnes qui ont le pouvoir absolu, tous ses leviers, et qui se sont séparées de la société civile, du peuple.

Je plaide coupable.

Coupable devant le peuple ukrainien qui souffre depuis longtemps. Devant la communauté mondiale tout entière. La faute est que moi, en tant que citoyen de mon pays, je n’ai rien pu faire, je n’ai pu empêcher d’aucune manière la folie en cours. Je m’excuse également pour le fait que, apparemment, il n’y a rien que je puisse faire pour l’arrêter.

Je le dis également au nom de mes compatriotes qui sont envahis par la peur de la répression et dont je reçois de nombreuses lettres de soutien.

Maintenant, les principaux pays économiquement développés, leurs gouvernements, sont responsables de la paix sur Terre, de la vie et du progrès technologique sans guerres. La Russie a déjà fait d’innombrables victimes au 20ème siècle dans la guerre civile, dans la frénésie de la collectivisation et de la Grande Terreur, dans deux guerres mondiales et de nombreuses guerres locales, mais jusqu’à présent, elle n’a pas passé le test de sa part de responsabilité.

Conscientes de l’illégalité de leurs actions, les autorités transfèrent une partie de la charge de la responsabilité de ces actes sur les tribunaux, envoyant convulsivement des citoyens dans des prisons et des camps – pour leur propos, pour avoir exprimé leur opinion, pour leurs convictions. La possibilité même, au XXIe siècle, de lancer des affaires pénales comme la mienne, la possibilité de cette enquête judiciaire d’aujourd’hui, est une honte pour notre pays. Tout cela s’est déjà produit dans son histoire.

Sur la base des leçons de notre passé commun, au vu de l’avenir inévitablement de la Russie, je suis déjà justifié.

J’ai noté que les soutiens de Poutine soutiennent qu’il ne s’agit pas d’une guerre – sans quoi ils devraient reconnaître la culpabilité de la Russie, mais seulement une opération spéciale. Et quand il est porté à leur connaissance que des Russes sont condamnés pour avoir critiqué la décision de Poutine, ils répondent qu’en temps de guerre, il est normal de limiter la liberté d’expression. Va comprendre…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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