Publié par Eduardo Mackenzie le 26 octobre 2022
Ces « fascistes » qui ne laissent pas gouverner Petro

Gustavo Petro n’a cessé d’être qu’une illusion de président de la Colombie depuis son arrivée au Palais de Nariño. Depuis le 7 août,  il s’est courageusement croisé les bras face aux effets sur la Colombie de la crise globale résultant de la pandémie de Covid 19 et de l’agression de la Russie contre l’Ukraine et des menaces de Poutine contre l’Occident.

Au lieu de s’entourer des meilleurs experts du pays dans les domaines de l’économie, de la banque et de la monnaie, de la santé publique, du pétrole, de l’agriculture, des travaux publics et de l’élevage, pour chercher une issue à un contexte compliqué, Petro a laissé pourrir la situation. Il prend un air de connaisseur,  il annonce que son programme de « changement » sera réalisé avant toute autre chose et il accuse injustement les États-Unis d’être l’auteur de la dévaluation du peso (1). Il lance des phrases éculées pour calmer les marchés mais ceux-ci ne l’ont pas cru. Petro n’a pas regardé ni même imité les autres économies latino-américaines et européennes qui luttent contre la crise globale. Il n’a rien fait.

Le pays a alors vu dans cette attitude négligente et obstinée qu’il n’avait pas de président de la République depuis le 7 août 2022, et que la Colombie se trouve seule face à un océan de problèmes, en grande partie fabriqués par Petro lui-même et ses ministres fantasques. Le pays a vu qu’il n’y avait pas de chef d’État qui tente, au minimum, de décrypter la situation internationale et nationale pour lancer des contre-mesures. Petro n’avait qu’une obsession en tête : sacrifier la Colombie sur l’autel du changement climatique et de la décroissance.

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Les Colombiens ont ainsi découvert qu’il y avait un imposteur, doublé d’ignorant, à la tête des affaires publiques, et face à des problèmes politiques et macroéconomiques extrêmement compliqués qui nécessitent des connaissances et de l’expérience, du sang-froid, une volonté de compromis, de la diplomatie et, surtout, de l’unité nationale. Il n’a pas travaillé dans ce sens-là. Au contraire, Petro a pris des mesures pour anéantir l’économie : annulation des projets d’exploration d’hydrocarbures, taxes confiscatoires pour tous, insultes contre les banques et les éleveurs. Et une exhortation hallucinée contre la lutte universelle contre la drogue, à l’assemblée générale des Nations unies.

Petro a faussé compagnie à l’assemblée annuelle de Camacol (2),  secteur du BTP  dont dépendent des millions d’emplois dans le pays. Il a préféré se rendre dans le sud du pays pour faire un discours musclé dans une réunion d’indigènes à Caldono (département du Cauca) où il a proféré des menaces contre « l’oligarchie » et la banque, contre la presse indocile et contre un « ennemi intérieur » imaginaire. Le 12 octobre, il a proclamé que le jour anniversaire de la découverte du continent américain  est « un concept fasciste ». Petro aime semer la division partout où il va.

À peine 80 jours se sont écoulés depuis l’arrivée de Petro au gouvernement et le peuple a décidé de défiler dans les rues, à trois reprises, et s’apprête à défiler à nouveau ce 26 octobre, pour montrer qu’il en a marre du personnage et de ses projets de « changement ». Ces journées de contestation, massives dans les principales villes du pays, sont le fruit du sentiment d’abandon des citoyens. Beaucoup de ceux qui ont voté pour Petro et plus encore de ceux qui n’ont pas voté pour lui, réalisent à présent qu’ils sont tombés entre les mains d’un idéologue colérique qui « a choisi de s’empêtrer dans une logique de confrontation et de stigmatisation », admet le journal de gauche El Espectador, et qu’il n’est pas à la hauteur de la tâche.

Le froid qui s’est déjà installé entre Petro et les trois partis (Libéral, Conservateur et De la U), ceux-là même qui avaient permis à Petro d’avoir une majorité au Congrès, et qui ont approuvé en commissions la soi-disant « réforme fiscale », est une preuve de plus que le doute gagne ces alliés de circonstance. Un tel rejet ne vient pas seulement de l’épouvantable « réforme fiscale ». La « paix totale », c’est à dire l’amnistie pour les gros bonnets de l’ELN et les FARC « dissidents » et pour le cartel narco du Golfo, ainsi que pour les agresseurs et les auteurs d’homicides détenus lors des sanglantes émeutes urbaines de 2021, que Petro tente de faire amnistier, est l’autre raison de la brouille entre les alliés de Petro car cette orientation signifie que celui qui commet un crime gagne. Les électeurs de ces partis sont contre une telle aberration et exprimeront  leur désarroi à l’occasion des élections locales de l’année prochaine.

Le président Petro est en train de modifier de facto la doctrine de la force publique. Fin août, il s’est rendu à Ituango (département d’Antioquia) pour encourager les factions pétristes et pour geler les opérations des forces militaires et policières. Il y a déclaré que dans les 65 municipalités où « on sait qu’il y a des violences » la force publique doit « obéir au maire ». « C’est le maire qui doit donner les ordres », a-t-il réitéré (3). Il a décidé que dans ces contrées, en proie à des guérillas qui assassinent des défenseurs des droits de l’homme, la force publique doit éviter l’utilisation des « mécanismes de guerre ».

Petro se moque de la Constitution nationale. Celle-ci précise que « le but premier des forces militaires est la défense de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité du territoire national et de l’ordre constitutionnel ». Nulle part il est dit que les forces militaires dépendent des maires. Petro rompt ainsi le lien qui existe entre l’Armée et la Nation et tente de convertir les forces militaires, surtout là où elles sont le plus nécessaires, en une troupe locale désarmée et isolée, en un appareil subalterne, sans vision stratégique et au service des notables et des maires. Ainsi se concrétise la disparition des forces armées de la République de Colombie.

La « paix totale » a également montré son vrai visage le 20 octobre dernier. Ce jour-là Gustavo Petro a rencontré des activistes Emberá qui, la veille, avaient vandalisé le centre de Bogotá, saccageant le parc Santander et brisant les fenêtres de la tour Avianca. Cagoulés et chaussés de bottes de combat, armés de bâtons et de pierres, et  accompagnés de femmes portant leurs bébés comme boucliers humains, ils ont attaqué les gardiens de l’ordre et laissé 27 personnes blessées, dont 14 policiers, ainsi que des piétons et des employés de la mairie de Bogota. Cette explosion de haine fut le résultat de l’agit-prop de Petro à Caldono sur les « fascistes » qui ne le laissent pas gouverner.

Au lieu de critiquer l’agression contre les civils et les policiers, Petro a reçu les porte-paroles des mutins et leur a dit que l’Etat colombien est le responsable de tout : « Un Etat qui victimise les victimes». Et il a ajouté : « [les Emberá] se sentent trompés dans leur dignité. Chaque fois qu’ils sont battus, d’autres viennent à Bogota ». Petro a oublié de dire que l’ELN, les FARC, les trafiquants de drogue et d’autres gangs illégaux, et non l’État colombien, sont ceux qui frappent ces communautés. Il a omit de dire que les Emberá doivent retourner à leurs territoires dans le sud du pays et non brutaliser la ville de Bogotá ou insister pour s’y entasser dans des abris de fortune et insalubres. Ni Petro ni ses ministres n’ont formulé des directives pour mettre fin à l’urgence humaine de ces indiens dans Bogotá. Pour Petro cette situation n’a pas d’importance. L’essentiel est de suivre la route d’Evo Morales : enflammer le pays en exploitant les groupes indigènes comme gourdin et masse de manœuvre.

Alors, la question est : y a-t-il une seule possibilité que Gustavo Petro revoie sincèrement, et sans perdre de temps, ses plans irrationnels pour empêcher l’effondrement du mode de vie, de la santé, de l’alimentation de la population et de l’économie du pays ? Ce que nous avons vu à ce jour ne nous permet pas de penser cela. Petro devrait plutôt démissionner de son poste. La Colombie doit être gouvernée et non bousculée sournoisement par des gens intoxiqués d’idéologies dissolvantes et suicidaires.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

  1. Depuis l’élection de Gustavo Petro le peso colombien a perdu 25% de sa valeur.
  2. Cámara Colombiana de la Construcción.
  3. https://www.elcolombiano.com/colombia/gustavo-petro-dijo-que-la-fuerza-publica-tiene-que-obedecer-a-los-alcaldes-cuando-citen-a-pmu-por-la-vida-OP18535083

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