Publié par Guy Millière le 14 octobre 2022
Le criminel régime des mollahs et ses complices occidentaux

En 1979, il y a maintenant quarante trois ans, des soulèvements organisés par des islamistes et des communistes sont parvenus à renverser le shah d’Iran, avec l’appui de l’administration Carter aux Etats-Unis et du président français Valéry Giscard d’Estaing.

J’avais à l’époque dans mes cours à l’université des étudiants iraniens, et ils me disaient unanimement leur joie de voir le shah tomber. Ils comparaient la “révolution iranienne” à la révolution de 1789 en France. Je leur répondais qu’après 1789, il y avait eu 1793 et la Terreur. Il n’a pas fallu quatre ans pour que la terreur s’installe en Iran. Le Shah est parti en exil, réprouvé, insulté. L’un de mes amis, Fereydoun Hoveyda, ambassadeur d’Iran aux Nations Unies a été destitué, et le nouveau régime a demandé qu’il soit arrêté et renvoyé en Iran : il a fort heureusement obtenu l’asile politique aux Etats-Unis , puis la nationalité américaine et il a pu finir sa vie en Virginie (je lui ai consacré l’un de mes livres: Mille et Une Vies). Son frère Amir Abbas, qui fut longtemps Premier ministre du pays, n’a pas réussi à partir à temps. Il a été arrêté chez lui à Téhéran, condamné à mort et exécuté. Il n’avait commis aucun crime. Il avait modernisé l’économie du pays, et c’était, comme son frère un homme d’une immense qualité. Chapour Bakhtiar, qui fut le dernier premier ministre du pays au temps du Shah réussit, lui, à quitter le pays et se réfugia en France. Il était lui-même un homme d’une immense qualité. C’était un libéral, et il avait averti le shah du danger inhérent au fanatisme islamique. Le shah, qui était un allié d’Israël et des Etats-Unis, et qui a accompli un travail considérable pour la modernisation de son pays, l’a insuffisamment écouté. Il a été assassiné en 1991, à Suresnes en banlieue parisienne. Le shah n’a jamais fait tirer sur la foule, mais le régime qui a commencé à prendre forme en 1979, lui, a commis des massacres qui ont fait des dizaines de milliers de morts. Les communistes et les gens de gauche qui s’étaient alliés à Khomeiny ont été éliminés sans pitié. Les membres de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran ont été pris en otage, maltraités, humiliés et ont été libérés dès le premier jour de la présidence de Ronald Reagan.

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Un régime totalitaire ignoble a pris forme et s’est immédiatement rapproché de l’Union Soviétique. Ce fut un désastre géopolitique pour Israël, les Etats-Unis et le monde occidental tout entier. La république islamique d’Iran est devenue un ennemi obsessionnel d’Israël, et s’est donnée pour but absolu la destruction de l’Etat juif. Les diatribes antisémites de Khomeiny sont devenues quotidiennes, et son successeur Ali Khamenei procède d’une même façon. Les Etats-Unis  ont été la cible incessante d’incitations à la haine. Le régime a créé des groupes terroristes à sa solde, Hezbollah, milices Houthi au Yémen, et en a  financé d’autres, Hamas, al Qaida. Il a disséminé des terroristes islamiques sur tous les continents et fait commettre de nombreux attentats. Il a ravagé l’économie du pays, qui a fini par reposer essentiellement sur l’exportation de matières premières énergétiques. Le niveau de vie des Iraniens s’est effondré. Les femmes ont été les principales victimes. Sous le shah, elles jouissaient d’une égalité de droit avec les hommes, et Téhéran en 1977-78 était une ville très occidentalisée. Les jeunes gens rêvaient de faire leurs études aux Etats-Unis, et le shah avait créé des bourses qui permettaient aux plus méritants de partir. J’en ai rencontré à l’époque à Téhéran, mais aussi à Los Angeles quand j’y suis venu en tant que Visiting Professor. Le voile a été imposé. Les possibilités d’étudier et de voyager à l’étranger ont disparu.

Des soulèvements ont eu lieu plusieurs fois, réprimés de manière brutale et sanglante. Les Etats-Unis ont, bien sûr, rompu toute relation diplomatique et commerciale avec le régime. Les pays européens ont, eux, gardé des relations avec l’Iran, tout en protestant verbalement contre les violations des droits de l’homme par le régime.  L’Iran avait ratifié le traité de non prolifération nucléaire, mais en 2003, il est apparu que le régime avait des activites nucléaires suspectes, et des résolutions de l’ONU ont condamné le régime, en vain. Des sanctions ont été prises contre le régime sous la présidence de George Walker Bush. Elles ont été assouplies sous la présidence de Barack Obama, qui a cherché à s’entendre avec le régime, au détriment d’Israël et des pays arabes sunnites, et cela a conduit à l’accord catastrophique de juillet 2015, qui a permis au régime de recevoir des dizaines de milliards de dollars d’argent jusque là bloqué à l’étranger et d’accélérer son programme nucléaire militaire.

Donald Trump a fait sortir les Etats-Unis de l’accord de juillet 2015 et a mis en place des sanctions très strictes aux fins d’asphyxier le régime, et le régime était tout au bord de l’asphyxie et de la chute à l’automne 2020. L’installation au pouvoir de l’administration Biden lui a permis de reprendre son souffle, car l’administration Biden a aboli l’essentiel des sanctions mises en place sous Donald Trump et n’a cessé de faire des concessions au régime, dans l’espoir de signer un nouvel accord avec lui, et le choix comme président (et successeur désigné d’Ali Khamenei) d’Ebrahim Raissi, le “boucher de Téhéran”, n’a suscité aucune réticence à la Maison Blanche. Un nouvel accord était sur le point d’être signé en février dernier. Le fait que Vladimir Poutine ait décidé d’attaquer l’Ukraine a remis en question la signature de l’accord (l’administration Biden avait accordé à la Russie la possibilité de rédiger la version finale de l’accord, qui accordait des milliards et d’immenses avantages à la Russie, et Biden n’a plus pu signer un accord au coté de Poutine ou de l’un de ses représentants à partir du moment où il a dû défendre l’Ukraine et se placer en position d’hostilité face à Poutine). L’administration Biden reste néanmoins absolument désireuse de signer un accord encore plus désastreux que l’accord de juillet 2015 avec le régime, ce qui devrait apporter à celui ci des dizaines de milliards de dollars encore et davantage de moyens atomiques, fournis surtout par la Chine, cette fois. L’Arabie Saoudite est très en colère contre l’administration Biden et sait qu’elle sera davantage menacée encore qu’aujourd’hui par le régime (c’est pour cela que l’Arabie Saoudite a, en concertation avec les autres pays membres de l’OPEP, restreint sa production de pétrole: faire monter le prix des carburants maintenant nuira aux Démocrates le 8 novembre), et Israël est tout aussi mécontent et inquiet.

Le soulèvement de la population iranienne, né de la mort par violence policière de Mahsa Amini, une jeune femme censée ne pas avoir porté son voile de manière islamiquement correcte a d’abord été un soulèvement des femmes et des gens travaillant dans le secteur du pétrole. Il s’est étendu à toute la jeunesse.

Ce n’est, hélas, pas le premier soulèvement qui a lieu en Iran, Ce soulèvement semble plus sérieux que les précédents. Il peut s’étendre, dit-on, et susciter un retournement de l’armée et de la police contre le régime.  Je dois dire que je ne crois pas beaucoup à cette possibilité, et je l’écris avec tristesse. Le régime compte sur les milices appelées Gardiens de la révolution, des hommes fanatisés et, quand bien même je souhaite vivement la fin du régime des mollahs, je pense qu’on peut craindre que le soulèvemént s’achève dans une répression féroce et dans un bain de sang. La répression a déja fait près de deux cent morts.

L’administration Biden était prête à abandonner l’Ukraine au mois de février dernier et a dû faire un virage à cent quatre vingt degrés, comme je l’ai expliqué, et soutenir l’Ukraine. Elle ne soutiendra pas le soulèvement en Iran.  Elle a choisi le camp des mollahs. Elle ne changera pas. Elle vient, dans le cadre d’un échange d’otages, d’accorder au régime sept milliards de dollars dont elle a demandé le déblocage à la Corée du Sud. Les pays européens ne soutiendront pas le soulèvement non plus. Leurs dirigants espèrent que l’accord voulu par l’administration Biden sera signé, que toutes les sanctions frappant l’Iran seront levées, et qu’ils pourront signer des contrats lucratifs sans se préoccuper des droits humains.

Cela montre que leur soutien à l’Ukraine ne relève pas d’une position éthique: comme l’administration Biden, ils étaient prêts à abandonner l’Ukraine et n’ont fait que suivre l’administration Biden. Sans la résistance de l’armée ukrainienne, sans l’héroïsme de Volodymyr Zelensky et sans l’échec sordide de Vladimir Poutine devant Kiev, l’Ukraine serait aujourd’hui écrasée et soumise à la Russie.

Le peuple iranien est désarmé face à la férocité du régime iranien. Parce que le régime est très répressif et parce que les Iraniens en exil sont peu organisés, et divisés, le soulèvement n’a pas de leader. Reza Pahlavi, fils du dernier shah, est prêt à la mise en place d’une monarchie constitutionnelle sur un modèle britannique, mais le fait que le soulèvement n’ait pas de réel soutien rend la perspective d’une monarchie constitutionnelle utopique.

L’apparence éthique que se donnent l‘administration Biden et les dirigeants européens concernant l’Ukraine en raison de la résistance de l’armée ukrainienne, de l’héroisme de Volodymyr Zelensky et de l’échec sordide de Vladimir Poutine devant Kiev ne s’étendra pas à l’Iran. C’est terrible. Mais c’est la réalité. Les féministes occidentales, très mobilisées quand il s’agit de fustiger la “masculinité toxique” en Occident, sont très silencieuse face à ce que subissent les femmes iraniennes.

Et dans les médias occidentaux, les menaces que fait peser le régime des mollahs sur Israël sont largement passées sous silence, et la décision de l’Arabie Saoudite de restreindre sa production de pétrole en raison de la complicité de l’administration Biden avec le régime des mollahs, avec pour but de déstabiliser Biden, n’est jamais expliquée comme elle devrait l’être. L’administration Biden est de gauche, elle est incritiquable pour les médias occidentaux. 

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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