Publié par Dreuz Info le 22 octobre 2022
Les Arabes et nous, «Le Mur de fer», un texte de Vladimir Jabotinsky, traduit et présenté par Pierre Lurçat

De l’actualité de ce texte fécond qui pose les vraies questions de la guerre et de la paix.

Il faut remercier Pierre Lurçat pour son travail de traduction et de présentation de cet ouvrage. Il permet au lecteur, peu familier de l’action et de l’œuvre de Vladimir Jabotinsky, de découvrir un penseur du politique à travers son engagement pour le sionisme. Sa disparition prématurée, en 1940, alors qu’il se trouvait aux Etats-Unis et que la guerre faisait rage en Europe, que les Juifs subissaient une extermination sans précédent dans l’histoire, ne lui a pas permis de voir son rêve se réaliser. Il n’en demeure pas moins que ses écrits sont là, nourrissent notre réflexion, et attestent d’une lucidité peu commune.

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On est frappé, en lisant ce texte écrit il y a près de cent ans, par l’acuité prémonitoire de la pensée de Jabotinsky. Cette acuité, si décisive pour Israël, l’est aussi, aujourd’hui, pour l’occident, la France en particulier, où le politique a disparu au profit d’une bouillie « droits de l’hommiste », pacifiste, qui relève d’une morale suicidaire, au prétexte que nous devons à l’Autre, et sans exigence de réciprocité, respect, compréhension, au nom d’une paix illusoire. C’est pourquoi il serait bon que les nations qui sont actuellement soumises aux revendications toujours plus pressantes des populations islamisées qui vivent sur le sol européen, s’inspirent de ce texte et regardent la réalité en face.

Admettre que nous avons un ennemi

Ce recueil de textes de Jabotinsky concernant les rapports entre Juifs et Arabes illustre, en effet, une saine vision du politique. C’est d’abord, admettre qu’on a un ennemi. D’où la nécessité de créer une armée, car selon ce sioniste engagé dans la construction d’un  juif, il ne peut y avoir d’État sans armée. On doit à Jabotinsky la création de cette armée, la Haganah[1] qui répondait à la nécessité vitale, impérieuse d’une défense juive, sans laquelle « les Arabes rendraient la vie impossible aux Juifs ».

Déjà, à l’époque où retz-Israël n’était qu’un « Foyer national juif » dans la Palestine mandataire, des opinions divergentes s’affrontaient. S’il était naturel de reconnaître la revendication nationale des Arabes établis dans la Palestine, « il était impensable, selon Jabotinsky, d’accepter un partage territorial fondé sur l’égalité supposée des deux revendications ». C’est en cela que des pacifistes comme Martin Buber[2] et d’autres, s’opposaient à Jabotinsky. L’histoire actuelle démontre que ce problème est toujours d’actualité.

La situation des Juifs et des Arabes était de fait incomparable. Les Juifs avaient été chassés de leur terre biblique. Leur territoire ne représentait qu’un pour cent de l’immense territoire habité par le peuple arabe, dont les tribus peuplaient la Syrie, la péninsule arabique, la Mésopotamie, le Yémen, l’Egypte, Tripoli, le Maghreb etc. Pays qu’ils avaient du reste conquis depuis les invasions arabes puis ottomane.

Jabotinsky s’appuie sur des arguments politiques justes et donc moraux. Alors que les pacifistes de gauche, s’appuient, eux, sur des arguments émotionnels, utopiques, révélant une méconnaissance de l’histoire, et qui font des Arabes des victimes. Et sur ce point précis, on peut constater aujourd’hui qu’Israël n’est pas seul à être confronté à cette perversion du politique. En effet, nous voyons chaque jour en Europe et en France en particulier, les arabo-musulmans se poser en victimes dès lors qu’on ne répond pas à leurs revendications qui contreviennent aux lois et au mode de vie des pays d’accueil. Quant à Israël, nous pouvons constater que chaque concession faite par les Israéliens n’a fait que durcir les prétentions palestiniennes. Les accords d’Oslo en sont l’exemple désastreux. Il apparaît bien que, depuis la création de l’État Hébreu, le Dôme de fer[3] n’est là que pour protéger la population israélienne des roquettes envoyées depuis la bande de Gaza. Il s’agit donc d’une politique défensive. Et Pierre Lurçat, dans sa présentation des textes de Jabotinsky « rappelle les propos de ce dernier concernant le pacifisme, au lendemain des terribles pogromes de 1929 » :

« Comment se fait-il que vous ne prêchiez vos conceptions que parmi les Juifs ? » Et de rappeler les critiques du pacifiste Martin Buber, s’exprimant au 12ème Congrès sioniste, réuni à Berlin en 1921 :

« Le peuple juif, minorité violentée depuis deux mille ans dans toutes les contrées, se détourne avec horreur des méthodes du nationalisme dominateur dont il a été si longtemps la victime. Ce n’est pas pour chasser ou pour dominer un autre peuple que nous aspirons à retourner dans le pays auquel nous sommes attachés par des liens historiques et spirituels indestructibles ».[4] Et pierre Lurçat de conclure que c’est précisément contre cette forme d’argumentation que Jabotinsky a élaboré la conception du « Mur de fer ».

Jabotinsky et la pensée de Julien Freund

En cela, Jabotinsky rejoint la pensée de Julien Freund[5]. En effet, le philosophe Français déclare : « Le politique c’est l’art de désigner l’ennemi ». Et d’ajouter : « Le politique est avant tout affaire de puissance. Agir politiquement, c’est exercer une puissance. Y renoncer, c’est se soumettre par avance à la puissance des autres. La souveraineté elle-même n’est pas fondamentalement un concept juridique, mais c’est d’abord un phénomène de puissance. »

Pour Jabotinsky, la recherche de la paix est une bonne chose, mais sans oublier que pour faire la paix, il faut être deux. Et l’auteur du Mur de fer ne s’illusionne guère :

[…Tant qu’il existera chez les Arabes le moindre espoir de se débarrasser de nous, ils ne renonceront pas à cet espoir, contre aucun agrément ni contre les promesses les plus grandioses, et la raison en est précisément, qu’ils ne constituent pas une populace, mais bien un peuple vivant. »] Toutefois, ajoute Jabotinsky : « le seul moyen de parvenir à un tel accord est d’ériger un mur de fer, à savoir, garantir l’existence en Eretz Israël au moyen d’une force telle, qu’elle ne pourra être ébranlée par aucune influence arabe. »

L’histoire donne raison à Jabotinsky. La Nation israélienne s’est développée au-delà de ses espérances. Son armée a su être offensive pendant la guerre des Six jours, mais elle reste aussi défensive en répondant aux attaques des groupes terroristes, qui eux, n’ont pas renoncé à reprendre cette terre qu’ils considèrent être la leur, et qui veulent chasser les Juifs jusqu’à la mer. L’État d’Israël a donné les mêmes droits aux Arabes qui vivent parmi les Juifs, et même si beaucoup sont satisfaits de leur sort, une minorité d’entre eux s’identifie aux Palestiniens, et n’a pas renoncé à prendre le pouvoir. Des représentants arabes de la Knesset oeuvrent ouvertement pour détruire le pays de l’intérieur. Ce sont les mêmes qui ont protesté lorsque Netanyahu, le 19 juillet 2018, a déclaré Israël, tat Nation du peuple Juif, l’hébreu devenant la langue officielle, et Jérusalem la capitale. Cette annonce a déclenché l’indignation des pays arabes et occidentaux qui ont feint de laisser croire que la population arabe vivant en Israël serait discriminée.  Ce qui n’est évidemment pas le cas puisque les Arabes israéliens jouissent des mêmes droits que les Juifs. En réaffirmant le caractère juif d’Israël, Netanyahu rappelait l’évidence du Mur de fer, afin que la gauche complaisante, comprenne que les concessions à l’égard des Palestiniens sont vaines et ne peuvent qu’affaiblir Israël et finalement déclencher une guerre.

En fait, les pacifistes agissent comme des dhimmis. Ils pensent que plus ils feront de concessions, plus ils amadoueront les Arabes, ces derniers renonceront alors à leur désir de conquête. Or c’est l’inverse qui se produit. Le pacifisme excite la violence ; en effet, les Arabes ne pensent pas comme les occidentaux, leur vision du monde est celle du rapport de forces et ils méprisent les faibles. Eux savent ce qu’ils veulent : imposer leur religion et leurs mœurs au reste du monde. Ce que nous, occidentaux refusons de voir et d’entendre.

Jabotinsky et Julien Freund, avaient tous deux une vision rationnelle de la réalité et ils savaient que « En politique, il faut envisager, non pas le mieux, mais le pire, pour que ce pire ne se produise pas, pour que l’on se donne les moyens de le combattre. »

En conclusion, « Les Arabes et nous, le Mur de fer » est un petit livre essentiel qui permet d’appréhender sainement le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens, toujours présent, après la création de l’tat d’Israël depuis soixante-quatorze ans. Si j’ai comparé « le Mur de fer » à la pensée du philosophe Julien Freund, c’est parce que tous deux avaient une vision réaliste concernant la guerre et la paix. Il faut noter que tous deux n’ont pas toujours été compris de leurs contemporains. Jabotinsky en Israël et Freund en France, qui malgré une œuvre importante, reste largement méconnu du grand public.

Evelyne Tschirhart

  • [1] Haganah : programme d’autodéfense juive créée en 1920 à Jérusalem, suite à des émeute anti-juives et antisionistes.
  • [2] Martin Buber, philosophe né à Vienne en 1878 et mort en 1965 à Jérusalem.
  • [3] Le dôme de fer : bouclier antimissiles mis en place par l’état hébreu pour protéger la population des tirs de roquettes palestiniens.
  • [4] Martin Buber, proposition de résolution sur la question arabe, 1921, repris dans « Une terre et deux peuples, Paris, Lieu commun 1985.
  • [5] Julien Freund : « L’essence du politique », Thèse de doctorat en philosophie, soutenue en 1965 et sous l’autorité de son directeur Raymond Aron.

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