Publié par Abbé Alain Arbez le 25 octobre 2022
L’immigration, quels enjeux ?

La question brûlante des flux migratoires et de la gestion des migrants souvent appelés « réfugiés » ne semble pas en voie de trouver des solutions satisfaisantes. La question des crimes liés aux OQTF en France retentit comme un ultime signal d’alarme.

On constate que les discours officiels politiques et religieux se suivent dans leurs contradictions qui manifestent un déni abyssal de la gravité des problèmes. Le problème est-il réellement ingérable ?

La référence aux droits humains, à la libre circulation des personnes, et à l’accueil de l’autre, est constamment invoquée selon le langage convenu pour masquer l’absence de volonté politique de maîtriser les flux illégaux de migrants dans les pays européens.

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Les paramètres essentiels ne sont pas pris en compte face au mouvement migratoire qui continue de s’amplifier : le coût astronomique des prises en charge sociales illimitées, la réelle menace sécuritaire avec les dérives potentielles de délinquance, d’attentats, et de criminalité.

Sans oublier l’absurdité de la transplantation de jeunes Africains ou Asiatiques hors de leur propre environnement social et culturel. C’est d’abord sur place, en Afrique, en Orient, en Asie, que les pays européens devraient apporter une aide aux potentiels migrants, en octroyant des moyens significatifs de développement, sous contrôle totalement indépendant des pouvoirs locaux souvent corrompus.

De plus en plus, la coexistence dite multiculturelle entre groupes humains d’origines et de civilisations différentes se montre conflictuelle dans nos pays occidentaux aux multiples fragilités et au consensus social fracturé.  Malgré toutes les initiatives positives d’apprivoisement mutuel, le « vivre-ensemble » a du plomb dans l’aile.

Si les consciences humanistes sont à juste titre interpellées par les recommandations des instances internationales reconnaissant la détresse des réfugiés réellement menacés dans leur pays par la guerre, les violences ou la persécution religieuse, il apparaît que le système mis en place par les passeurs et les ONG ne fonctionne pas selon ces critères précis. Les médias jouent la carte de l’émotionnel auprès des opinions en ciblant des photos impliquant des enfants qui sont pourtant très minoritaires dans les embarcations de migrants.

Rocard l’avait dit en son temps : impossible d’accueillir toute la misère du monde !

De ce fait, lorsque certains discours, (angélisme gauchiste ou ecclésiastique) tendent à globaliser par avance les mécaniques migratoires, et à écarter d’emblée de manière compassionnelle tout discernement dans les problématiques, cela veut dire qu’on abandonne arbitrairement toute maîtrise des flux grandissants. 

Peut-on continuer de laisser croire à un accueil inconditionnel et illimité sans analyser ce qui se joue derrière ces transbordements ? S’il est vrai qu’une proportion minime d’individus et de groupes fuient des conjonctures de guerre et de persécution, d’autres – l’immense majorité – viennent tenter leur chance dans des économies généreuses où les aides sociales restent attractives et substantielles.

Ainsi, depuis une quarantaine d’années, des millions d’individus provenant majoritairement de pays musulmans en crise ont migré et se sont installés dans les cités des nations européennes de civilisation judéo-chrétienne. Un tel transfert de population allogène en si peu de temps ne s’était jamais produit auparavant sur le vieux continent.

Les conséquences de ces colonies massives de peuplement en période de dénatalité occidentale n’ont pas été évaluées lucidement par les dirigeants auxquels les citoyens ont confié la défense de leurs personnes et de leurs biens. Un impressionnant transfert de population est en cours sur fond de menaces multiples. Il suffit de constater cette impression d’étrangeté que l’on ressent dans les rues et les marchés des grandes villes d’Europe ainsi que dans les transports en commun.

Il est par ailleurs évident que nos pays occidentaux – en temps de resserrement des budgets – n’ont plus les moyens d’accueillir tous les requérants qui se présenteront au guichet social, légalement ou illégalement. La seule véritable solution d’avenir serait d’investir significativement sur place, dans les pays de départ prêts à se doter de structures productives afin d’assurer un avenir décent à leur jeunesse..

Il s’agit par conséquent d’exiger des dirigeants européens qu’ils précisent quels paramètres humains, économiques et culturels il faut privilégier pour répondre au défi éthique de « l’accueil de l’étranger » devenu un slogan sacralisé et manipulable en tous sens.

Systématiquement, les Eglises se réfèrent à l’Ecriture sainte en faveur d’un « accueil de l’étranger » totalement idéalisé. On fait donc appel à de grands principes, mais en déconnection avec les réalités concrètes du terrain d’aujourd’hui, au départ comme à l’arrivée. Or, si l’on transforme en slogan idéologique et affectif les principes de solidarité émanant de la Tradition judéo-chrétienne, le risque est grand de signer un chèque en blanc et de dériver vers des lendemains incontrôlés.

Les textes bibliques sont là pour nous nous éclairer, certes, mais à condition de les contextualiser ! Faisons un rapide retour aux sources.

Hospitalité, accueil, entraide, les hommes et les femmes de la Bible savent de quoi ils parlent. Dans un tout autre environnement que celui de nos nations modernes aux contours délimités, ils ont migré il y a quatre mille ans du Croissant fertile vers les terres de Canaan. Livrées à l’insécurité permanente, ces régions d’Orient n’avaient pas le profil des nations modernes. Ces territoires ont longtemps connu toutes sortes de mouvements de peuples dans de grands espaces où sédentarité et itinérance ne correspondaient en rien à la migration massive d’aujourd’hui. Les concepts modernes de frontières historiques n’existaient pas, mais ce sont uniquement ceux de peuple ou de nation qui donnaient sens aux déplacements de populations d’une région à l’autre. Ceux qui se sont installés dans les pays du Proche Orient se sont dotés de règles de vie en commun, afin de contrer les abus de la loi du plus fort.

Mais de nos jours, les réalités ont changé, on est dans le cadre d’états-nations référencés par l’ONU, et qui se retrouvent de plus en plus confrontés à des cultures religieuses ou politiques exogènes dont l’intégration en Occident reste aléatoire et problématique.

Dans l’histoire d’Israël, on sait qu’à certaines périodes de vaches maigres, des tribus sont parties travailler en Egypte. Dans l’antiquité, ces mouvements de peuples étaient occasionnels. L’épisode fondateur de l’Exode est issu de cette situation du peuple hébreu aux prises avec les conditions de vie du pays d’accueil devenues captatrices de son avenir. Avec compassion, rapporte l’Ecriture, le Dieu d’Abraham et de Moïse a pris parti pour les Hébreux devenus esclaves, et il les a aidés, non pas à s’assimiler en devenant comme des Egyptiens, mais à conquérir leur propre destin en regagnant librement leur terre, une terre de promesses, dont ils prendraient en mains le développement sur des bases spirituelles et éthiques. A partir d’un pacte, et dans une urgence providentielle, Dieu encourageait ce peuple à s’approprier son histoire et à renforcer son identité spirituelle dans son espace civilisationnel en cours d’élaboration.

C’est donc exactement la démarche inverse de ce qui est préconisé aujourd’hui lorsqu’on intime aux Européens d’accueillir sans conditions tous les migrants qui se présenteront ! Dieu a aidé puissamment son peuple à revenir sur sa terre, et aujourd’hui, on voudrait que Dieu encourage les migrants à investir des territoires avec des civilisations qui leur sont incompatibles.

Dans la foi biblique, l’être humain est « image de Dieu », par conséquent le respect de la dignité humaine est à la base même de la charte de l’alliance. On saisit pourquoi la qualité d’accueil de l’immigré en terre d’Israël a été si fortement soulignée dans les Ecritures:

« Tu ne maltraiteras pas l’étranger, et tu ne l’opprimeras pas, car vous avez vous-mêmes été étrangers au pays d’Egypte ». (Ex 22/21)

Et encore :« Cet étranger qui vit chez vous, vous le traiterez comme un natif du pays, comme l’un de vous. Tu l’aimeras comme toi-même ». (Lv 19/33)

Faut-il préciser, pour éclairer les débats d’aujourd’hui, qu’un étranger était accueilli et respecté dans le cadre obligatoire d’une réciprocité qui fait totalement défaut de nos jours. On lit en Ex 12/49 : « La même loi existera pour l’indigène et pour l’étranger en séjour au milieu de vous ! » C’est donc avec un éclairage volontariste qu’il faut comprendre l’appel d’ouverture lancé par Jésus à ses disciples en vue du jugement dernier : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ! » (Mt 25/35) Sans oublier que ce passage a été rédigé sous cette forme par les évangélistes qui pensaient aux disciples persécutés et obligés de fuir la répression romaine d’un pays à l’autre. L’étranger en question n’était pas un immigrant économique, c’était un frère de conviction pourchassé qu’il faut protéger.

Les étrangers n’arrivaient pas en Israël de manière invasive. Les proportions n’avaient aucun rapport avec celles d’aujourd’hui. Si tout étranger s’attendait à être traité dignement – selon les règles religieuses en vigueur – il devait en retour respecter les lois et coutumes hébraïques du pays d’accueil, c’est-à-dire clairement renoncer à imposer à ses hôtes ses propres coutumes. Les prophètes étaient certainement les premiers à dénoncer l’égoïsme des fils d’Israël quand il le fallait, mais ils refusaient aussi avec vigueur toute importation de coutumes allogènes dangereuses pour la cohésion spirituelle des habitants légitimes du pays. Les multiples croyances issues du paganisme étaient en effet incompatibles avec les valeurs de la Tradition biblique, où sagesse et prophétie refusent que soient idolâtrés le pouvoir, l’argent, le sexe. Ainsi furent interdites toutes formes de magie et superstition, néfastes pour l’être humain, seul le Dieu des pères étant le garant de la justice et de l’harmonie sociale. C’est pour défendre ces valeurs communautaires essentielles que les Maccabîm ont organisé leur résistance victorieuse face aux agressions du païen Antiochus Epiphane.

Même si des règles de vie en commun instauraient des limites préventives, il n’y avait pas pour autant de xénophobie dans la tradition d’Israël, pensons aux épisodes de Naaman le Syrien ou à l’histoire d’Elie chez la veuve de Sarepta.

On le constate, le recours à l’asile existe déjà dans la Bible : Moïse l’a institué en établissant six cités-refuge afin de permettre par exemple à un homme poursuivi pour un meurtre involontaire d’échapper aux châtiments expéditifs. Il parlait par expérience! Le livre d’Isaïe nous donne également un aperçu de ce droit, lorsqu’il est question d’accueillir les malheureux rescapés des massacres du royaume voisin de Moab. (Is 16/3). Très tôt, après avoir fait l’expérience de féroces persécutions, l’Eglise chrétienne a confirmé et recadré ce recours à l’asile dans son droit canonique et le code de Théodose en garantit les modalités, même si à partir du Concile de Tolède (7ème siècle) de véritables restrictions y sont apportées pour lutter contre les abus et débordements.

Concernant l’accueil des étrangers, migrants et réfugiés, au 21ème siècle, l’enseignement de l’Eglise est censé offrir un éclairage utile. Contrairement à certains discours dominants, des textes officiels insistent sur l’obligation de faire coexister les droits et les devoirs, afin d’éviter les dérives à sens unique.

Retenons à ce sujet le § 2241 du catéchisme de l’Eglise catholique :

« Les nations les mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine.

Mais n’oublions pas les lignes qui suivent :

Les autorités politiques peuvent, en vue du bien commun, subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption.

L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. »

Dans ce qui subsiste de nos états-providence, une prééminence idéologique s’est emparée du « multiculturel » qui recouvre tout et son contraire. Une telle prédisposition à tout accepter compromet fortement l’avenir des nations du vieux continent. Car si l’identité culturelle et spirituelle du pays d’accueil s’efface peu à peu au profit d’un relativisme flou sous un déferlement de coutumes ingérables, l’idée même d’intégration des étrangers perd tout sens. S’intégrer à quoi ?

Au nom du multiculturel érigé en principe, on efface les mémoires culturelles locales et on fabrique des habitants hors-sol, sans racines et sans références. Elles sont nombreuses les banlieues de France, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Italie où ce sont les autochtones qui doivent maintenant se faire « intégrer » par les nouveaux habitants venus d’ailleurs et occupant le terrain sans ménagement. Au nom de bons sentiments dépourvus d’analyse socio-politique, les Eglises ont bien de la peine à formuler une parole commune incitant à la fois à la générosité et au discernement. L’appel au respect du prochain garde évidemment toute sa valeur, mais la question du nombre change radicalement la donne !

C’est pourquoi une légitime inquiétude à la fois sécuritaire, identitaire et économique ne fait que s’accélérer au sein des peuples européens. Les signes en sont tangibles dans la nouvelle répartition des options au sein de l’Europe et dans les changements de pouvoir en cours. Les autorités politiques et religieuses concernées auraient tort de ne pas en tirer les leçons.

Lors de sa visite à Madagascar, le pape François avait à juste titre encouragé la jeunesse locale à prendre en mains l’avenir du pays, en développant sur place les dynamiques nécessaires. Et en ce qui concerne l’aide internationale pour ce pays parmi les plus pauvres du monde, il a exprimé un souhait qui devrait s’appliquer à l’Europe :

« L’aide ne doit pas entraîner vers une prétendue culture universelle qui méprise, enterre et supprime le patrimoine culturel de chaque peuple ! »

Les Occidentaux eux-mêmes sont hautement concernés par cette sage mise en garde d’un pape habituellement connu pour ses options personnelles focalisées sur un accueil inconditionnel des migrants, message qui met un peu trop en sourdine la défense urgente du patrimoine spirituel judéo-chrétien.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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