Publié par Gally le 23 octobre 2022
Retenue d’altitude de la Clusaz : quand la bien-pensance devient la goutte d’eau de trop !

Source : skieur.com

Qu’adviendra-t-il le jour où l’on constatera les dégâts irrémédiables infligés à une station de ski laissée à l’abandon la faute de collectifs citoyens ayant soutenus, via les réseau sociaux, l’abandon des investissements de la neige de culture ? Seront-ils amenés à la barre des accusés ou pour le moins, encore là pour assumer leur responsabilité ?

Image à la une : L’emplacement prévu est un site touché par la tempête Alex limitant le défrichement à 400 m3, qui représentent la moitié des arbres coupés chaque année pour entretenir la forêt de La Clusaz. Six fois plus de ces arbres doivent être replantés sur une autre commune, faute de place à La Clusaz.

Peu importe la légalité des projets en question, c’est l’idéologie qui a pris la main, une contestation portée par des gens qui ont décidé que la fin du ski était actée même si aucune étude sérieuse n’arrive à ce constat a minima à l’horizon 2050, bien au contraire. Les contempteurs de la neige de culture abusent de raccourcis et de formules chocs pour faire infuser un sentiment de rébellion contre un « establishment » forcément malveillant. On invoque les millions de litres d’eau stockés pour le plaisir des skieurs (pourquoi, c’est mal ?), en oubliant de noter, comme me le faisait remarquer récemment un spécialiste de la question, que la consommation d’eau des jeux Olympiques de Pékin, l’hiver dernier, de l’eau prélevé puis rendue à la Terre, a à peine représenté la consommation quotidienne des chasses d’eau de Suisse, soit l’équivalent de 60 piscines olympiques. Pourtant, toute la presse s’est épanchée sur le sujet… Que cette consommation soit mise en question pourquoi pas, mais alors avec de vrais arguments, mètre cube contre mètre cube. À ce jeu, pas sûr que le ski soit le perdant lorsqu’on sait que l’économie de la montagne en dépend majoritairement et qu’elle est dans le même temps, le château d’eau de la France. Par quelle facilité morale laisse-t-on des intégristes anti-ski bafouer les règles du bien-vivre, c’est-à-dire les lois, dans un pays où on n’en manque pas ? Oublie-t-on que chaque Français, skieur ou non, consomme quotidiennement 147 litres d’eau potable ? Sans compter les 30 litres supplémentaires qui sont perdus dans les fuites des réseaux, alors que seulement quelques litres sont utilisés pour boire et manger…

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La stratégie de la fin du monde

À La Clusaz, sur la zone où la retenue d’altitude de la Colombière, sur le plateau de Beauregard, une ZAD a été créée. Ceux qui défendent la mise en danger de l’écosystème de cette zone humide, font depuis leurs besoins ici, un contresens moins ironique que symbolique. Une cause peut-elle à la fois fouler du pied les lois et le bon sens tout en entraînant des soutiens populaires sous le prétexte hystérique de la sauvegarde de la planète (qui elle n’est pas en danger, l’humanité peut-être…) ? Dans les personnalités venues soutenir le combat contre cette retenue de La Clusaz, il est ironique de noter la présence de notables du ski comme Franck Piccard, champion olympique de Super-G en 1988, qui a su en homme d’affaire avisé, développer un réseau de magasins de sport aux Saisies, superbe territoire par ailleurs bien équipé en neige de culture. Ironique ? Non, plutôt aussi pathétique que l’époque des réseaux sociaux. Défendre l’environnement et la prise de conscience des efforts à effectuer pour moins impacter la nature est une chose, cracher dans la soupe lorsqu’on est parvenu à un niveau de vie bien supérieur à la moyenne du pays, une autre. Un skieur ne doit pas défendre le ski par atavisme, mais pourquoi oublier, de surcroit lorsqu’on est concerné, que cette industrie demeure le moteur économique de la montagne, comme le sont les vignes en Bourgogne ou les chantiers navals sur les côtes françaises, n’en déplaisent à ceux qui pensent qu’une bonne station de ski est une station de ski fermée ? Au dernier congrès de Domaines Skiables de France, la députée de l’Isère Marie-Noëlle Battistel, qu’on ne peut pas taxer de complaisance avec le « lobby » du ski puisque membre de la Nupes, a résumé la chose avec un très efficace : « ne détruisons pas un modèle qui a mis 60 ans à se mettre en place. Serait-on capable de fermer {dans ce pays} une usine de 400 000 emplois ? La réponse est non. » Beau résumé d’une évidence que plus personne ne semble (vouloir) voir…

Simulation de la crise de 2018 qui, sans les précipitations de dernières minutes, aurait mis en défaut l’alimentation d’eau potable de la commune. Après la sécheresse de cet été, les prochains mois s’annoncent dans les mêmes conditions.

Le fond du problème 

Que le projet soit imparfait ? Peut-être. « Tous les sites proposés (10 au total) par nos opposants ont été étudiés en détail et non retenus, au regard des critères de volume, de sécurité, de mélange d’eau potable et d’eau neige interdite par l’Agence Régionale de Santé. Demain, quand le réchauffement climatique l’imposera puisque le sous-sol de La Clusaz ne retient pas l’eau, ce sera donc d’une retenue d’eau potable à 100% pour La Clusaz, pour les Aravis et pour la communauté de commune de Thônes. On nous oppose qu’il y a déjà 4 retenues mais ça n’a aucun sens car l’ensemble pèse 350 000 m3quand une seule retenue au Grand Bornand stocke 300 000 m3 et celle des Arcs 400 000… S’il y en a 4, c’est avant pour répondre à une meilleure intégration, avec une implantation sur chaque massif pour être au plus près des besoins et limiter les coûts énergétiques, mais aussi intégrer la gestion des risques avalanches, des pluies torrentielles ou du respect de la forêt et des pâturages », résume, dépité, Jean-Christophe Hoff, le patron de Satelc qui exploite le domaine skiable de La Clusaz. « Une étude scientifique de Météo France et du CNRS issue des observations du GIEC estime qu’il faudrait avoir autour de 45% de surface enneigée pour skier jusqu’en 2050 dans les mêmes conditions que les 30 dernières années. Avec seulement 30% aujourd’hui et 45% à terme dans 10 ans maximum, il faut mobiliser 50% d’eau supplémentaire que les 200 000 m3disponibles actuellement donc, 100 000 m3. Sur ce projet, 50 000 m3 sont dédiés à l’eau agricole (aucun point d’eau sur le plateau alors qu’une vache peut boire jusqu’à 100 l/jour), et au réseau d’eau potable pour répondre à la sécheresse de 2018 et qui pourrait nous concerner à nouveau cette année. Nous, on ne veut pas choisir entre les habitants, le ski ou les vaches, nous voulons car nous le pouvons, faire les trois et maintenir la vie dans ce village pour de longues années ! », rajoute-t-il incrédule. La cristallisation des oppositions qui s’opère sur ce projet (et pas un autre), laisse interrogateur sur le fonctionnement actuel de la société : on veut des totems, des symboles, le bon sens semble devenir optionnel. Ces gens s’opposent-ils à la création d’un parking, à l’agrandissement d’une zone commerciale, ou autre ? Un point d’eau, c’est pire qu’un immeuble ? « Au total, ces 150 000 m3 ne représentent que 5/1000e de la pluviométrie du bassin versant, sans compter la neige produite l’hiver précédent qui refond à nouveau au printemps d’après, celle qui provient de ces mêmes m3 ! Les chiffres sont têtus mais reposent au moins sur des études… D’une manière générale, La Clusaz est en retard sur la neige de culture par rapport à la moyenne des stations, très en retard s’il on se compare à nos voisins Italiens ou Autrichiens. Prélever l’eau quand elle est en abondance pour la restituer quand l’intérêt local (neige et eau potable) et général (eau potable) le nécessite, semble découler du bon sens et se pratique dans de nombreuses agglomérations qui utilisent ce principe. Actuellement, le territoire se trouve dans une situation plus tendue qu’en 2018 où il y avait déjà eu une crise sévère. Il n’est pas interdit de penser que l’on va devoir piocher dans nos réserves d’eau de neige cet hiver pour la transformer en eau potable afin de garantir l’accueil des touristes pour les vacances de Noël. C’est le sens du projet à l’aulne du réchauffement climatique.  Au demeurant, 150 000 m3, c’est 1% de la consommation du Grand Annecy qui puise son eau dans la « retenue collinaire » naturelle du lac d’Annecy, mais c’est aussi seulement, 1/20 des pertes d’eau potable dans ce réseau. Pour le coup, La Clusaz est une fois de plus exemplaire dans la gestion de son réseau d’eau potable avec 86% d’efficacité. Ça fait beaucoup de chiffres, mais comme personne n’en donne, ça permet de poser les choses de manière concrète et irréfutable », souligne Jean-Christophe Hoff.

 Image de synthèse représentant l’intégration de la retenue d’altitude dans le bois de la Colombière.

La symbolique

Car ne nous trompons pas de discours : ce qui est attaqué au travers ce projet, c’est le ski tel qu’il est organisé aujourd’hui. Mais quelles sont les propositions des néo-contempteurs de l’activité ? Rien de concret puisque rien d’incarné. Des grandes phrases pleines de green-washing (le directeur général de Red Bull France vient de rejoindre un collectif pour évoluer le modèle actuel du ski, une blague quand on soutient deux écuries de formule 1 et les sports mécaniques en général, les activités qui demandent de prendre l’avion en permanence, ou Tom Pages sautant en base jump à Avoriaz avec sa moto… C’est écolo ? C’est ça la nouvelle vision pour la montagne ? Franchement ? La problématique de l’eau, contrairement à ce que pensent les bien-pensants bobos, va rattraper une grande partie des habitants des villes. On le voit déjà avec cet été caniculaire qui a créé des tensions (voire pire), sur la distribution d’eau potable mais aussi le refroidissement des centrales nucléaires par exemple. La stocker devient un enjeu de société, pas réduit au petit monde du ski. Créer de grands barrages devient compliqué, voire impossible. En créer des plus petits (mois 1 million de m3), beaucoup plus simple et efficient, d’autant que le modèle peut être encore plus vertueux comme le montre le modèle de Serre-Chevalier qui génère 30% de sa consommation annuelle d’électricité en turbinant son eau destinée à la neige de culture. Un modèle qui va faire essaimer petit à petit. D’ailleurs, l’État l’a très bien compris et pousse à la construction d’une centaine de retenue à court terme. Alors, pensez-vous qu’il soit possible de renoncer à la première qui se présente pour répondre à l’idéologie de quelques-uns ?

Graphique des flux sur le bassin versant de la source de la Gonière, qui montre le faible prélèvement pour la retenue de la Colombière, équivalent à 0,5 pour cent. L’excédent d’eau sur les mois de mars, avril et mai permet un prélèvement pour la neige de culture limitant l’impact sur le milieu naturel.

L’inégalité des territoires face à l’eau

« L’eau prélevée dans la source de la Gonière, pour cette fameuse retenue d’altitude, répond à un arrêté préfectoral qui impose des quantités, dates, étiages de prélèvement, tout est contrôlé pour maîtriser l’impact sur le milieu naturel. Cela fait 5 ans que l’on travaille sur ce dossier avec les services de l’État. La Clusaz est en environnement karstique comme le Vercors par exemple, qui ne peut stocker naturellement d’eau dans son sous-sol. Il pleut, il y a de l’eau. Il ne pleut pas, il n’y a plus d’eau dans les sources, tout est parti dans les très-fonds, comme actuellement, d’où le besoin de la stocker, pour une raison ou pour une autre. Le mieux étant pour toutes les bonnes raisons ! », reprend Jean-Christophe Hoff. Puisque les prévisions de Météo France sur les précipitations dans la perspective du réchauffement climatique imaginent dans les Alpes un climat plutôt méditerranéen, les volumes de précipitations seront à peu près identiques mais plus concentrés sur l’hiver. La stratégie de diversification sur les quatre saisons impose donc d’accueillir plus de clients en été et en automne, ce qui va amplifier encore plus la pression sur l’eau potable pendant ces saisons. C’est bien le bon sens de stocker de l’eau quand elle est en abondance, à moins de vouloir la périclitation du village de La Clusaz… Et contrairement aux chiffres entre 25 à 40% avancés par des opposants, les retours des exploitants et des cabinets d’études sur l’évaporation de l’eau stockée donnent une estimation autour de 1%, hors fuites, toujours possibles ! », poursuit le directeur de la Satelc.

Enfin, tout ceci pose le débat du développement et de cet équilibre ténu entre le durable et l’économique. Cette question qui s’impose d’ailleurs à nous dans notre vie de tous les jours comme dans notre activité professionnelle a été prise à bras le corps par La Clusaz. « Nous ne nous levons pas tous les matins pour démolir la montagne. Au contraire, nous sommes conscients de notre impact sur la nature. Nous sommes d’ailleurs la seule station à avoir réalisé notre bilan carbone sur tout le périmètre du territoire ! Tous les jours, nous nous interrogeons pour nous positionner idéalement sur cette ligne de crète étroite entre notre impact sur la planète et notre besoin d’avancer pour maintenir du travail, des écoles et des services dans notre village. Ces choix ne sont pas toujours faciles mais ils ont été tranchés sans état d’âme par l’équipe municipale, soutenue par les électeurs en 2020. Pouvons-nous faire la retenue et le Club Med ? Non, nous devons donc faire un choix entre un projet stratégique sur les 30 prochaines années pour le ski et le siècle à venir pour l’eau potable, la retenue collinaire et un projet d’agrément économique qui nous aurait rendu la vie un peu plus facile, le Club Med. Ce choix responsable, cette approche de la sobriété est à mettre au crédit des élus de La Clusaz, parce que je n’en connais pas beaucoup qui ont agi avec une telle responsabilité sociétale et environnementale », insiste Jean-Christophe Hoff.

On m’opposera que n’est cité qu’un acteur moteur du projet. Non, l’espace médiatique est saturé par les opposants, avec souvent peu de chiffres crédibles à l’appui. Quand les règles sont respectées, que le projet est validé par le Préfet ce qui signe la fin des études, de la concertation et que l’on peut passer à la réalisation, pourquoi faut-il toujours dans ce pays ne voir que la contestation ? Ou alors, il faut le faire pour tout, ce qui revient à promouvoir la loi du plus fort et du plus riche. Oui, un espace non bâti jusqu’alors va devenir une grande piscine. Et donc ? Les grenouilles préfèrent-elles accueillir une zone d’activité au sol artificialisé d’une emprise bien plus grande ?

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