Publié par Eduardo Mackenzie le 17 octobre 2022
Un étrange message de Paris à la Colombie

Le gouvernement français a une haute fonctionnaire à New York qui est chargée, entre autres, d’observer les affaires colombiennes. Elle vient de faire une déclaration importante devant le Conseil de sécurité (le 12 octobre) qui montre pourtant la méconnaissance de ce bureau de la réalité colombienne.

Mme Isis Jaraud-Darnaut, « conseillère affaires globales » de la représentation française à l’ONU (c’est semble-t-il son titre officiel), ne connaît pas le nom du ministre colombien des Affaires étrangères. Dans son discours (1), elle a salué la présence de « M. Álvaro Duran » (sic) sans se douter que le nom exact du ministre est Álvaro Leyva Durán.

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Dans la sphère diplomatique, ce manque de précision est incompréhensible, même s’il s’agit d’une erreur mineure par rapport à ce qu’elle a immédiatement dit : « La nouvelle approche des autorités [colombiennes] en matière de substitution des cultures illicites est la bienvenue ». Cette « nouvelle politique » a été résumée par Gustavo Petro le 20 septembre dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies : que la guerre contre le trafic de drogue a échoué, qu’il faut arrêter ce combat, que consommer de la cocaïne ne fait pas « tellement » de dégâts. Petro a voulu y ouvrir un débat mondial et pour cela il a fait une comparaison absurde : « Qu’est-ce qui est le plus toxique pour l’humanité, la cocaïne, le charbon ou le pétrole ? ».

Gustavo Petro a également déclaré que la cocaïne n’a pas d’importance, qu’elle ne cause des décès que lorsqu’elle est altérée par d’autres substances et qu’avec les bénéfices de la légalisation de ce trafic (et de toutes les drogues) des programmes sociaux pourraient être financés. Petro a plaidé devant les Nations unies pour une « nouvelle politique » consistant à croiser les bras face au trafic de drogue et face à l’installation universelle du nouveau courant des narco-communistes-écologistes, compte tenu du fait que les mesures contre le réchauffement climatique « ont aussi échoué ». Résultat : il y a déjà deux propositions en Colombie pour légaliser les drogues. L’une d’elles a été lancée par le directeur des Impôts et Douanes, Luis Carlos Reyes : légaliser la cocaïne et percevoir des taxes « pour contrôler sa consommation » (!!), ce qui a suscité des réactions amères en Colombie.

Isis Jaraud-Darnaut a donné son aval à cette mythologie bizarre. Pourtant, la presse française ne dit pas un mot. Pas un seul responsable du gouvernement ou de l’opposition ne se demande ce que signifie l’approbation par la « conseillère affaires globales » de telles orientations sur les drogues. Qu’en dit le Quai d’Orsay ? Le président Emmanuel Macron soutient-il l’idée de mettre fin à la lutte contre le trafic de drogue ?

« La France salue l’engagement pris par le Président de la Colombie de mettre en œuvre l’Accord de paix dans son intégralité »,  a ajouté la conseillère. La salve d’applaudissements pour Petro s’est poursuivie par un salut à «La reprise des négociations avec l’ELN », à l’hypothétique «appel au cessez le feu lancé par le Président Pétro à destination de tous les groupes armés », au « rapport de la commission de la vérité » et, évidemment, à l’activité de la JEP, un tribunal surréaliste conçu par les FARC pour laisser impunis les chefs de cette vaste organisation criminelle.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’après avoir approuvé de telles directives, la conseillère a admis être très préoccupée « par le niveau de violence qui touche de nombreuses régions en Colombie ». Isis Jaraud-Darnaut ne se demande pas si les violences terroristes que la Colombie continue de subir (assassinats de policiers et d’activistes sociaux, attentats contre des casernes militaires et policières, montée de la criminalité dans les villes, augmentation des cultures illicites et du trafic de cocaïne, invasions d’exploitations agricoles, menaces contre des journalistes ou encore attentat contre Ivan Duque, l’ancien président de la République, à la fin de son mandat) est une suite de l’« accord de paix » de La Havane dont elle se félicite.

Elle salue « l’engagement du gouvernement à faire davantage en matière d’accès à la terre et de réforme rurale ». Ignore-t-elle peut-être qu’une sorte de « réforme agraire » par la force est en cours, à travers des invasions de fermes agricoles et des élevages par des civils armés, contre les propriétaires et cultivateurs qui ne peuvent compter sur l’appui de la force publique car elle a l’ordre de ne pas s’immiscer dans ces affaires?

Mme Jaraud-Darnaut se demande-t-elle pourquoi cet « accord de paix » n’a pas ramené la paix en Colombie ? Elle ignore sans doute que le pacte Timochenko-Santos de 2016 a aggravé la violence, chamboulé les institutions (la Colombie est le seul pays au monde régi par deux constitutions : celle de 1991 et celle de « l’accord définitif » avec les FARC), a aidé à l’expansion des structures narco et narco-communistes et, en même temps, a exigé la détérioration logistique, juridique et psychologique des forces militaires et policières.

C’est pourquoi l’appel de la conseillère à « renforcer la présence de l’Etat dans les zones historiquement négligées par l’Accord », à « renforcer les garanties de sécurité pour les défenseurs des droits de l’Homme et dirigeants sociaux et également pour les anciens combattants ayant déposé les armes », et à adopter la méthode du «dialogue au niveau local », est incohérent. L’orientation du nouveau gouvernement est que la force publique « au niveau local » dialogue avec les criminels au lieu de rétablir l’ordre, se laisse désarmer, kidnapper et humilier par les milices indigènes au lieu de les combattre. Cette approche vise l’effondrement de l’État libéral-démocratique et affaiblit la sécurité des Colombiens.

La vision de la conseillère est donc livresque et superficielle. Elle escamote le travail de dizaines d’hommes d’affaires, d’économistes et de politologues qui montrent que ce qui a été convenu à La Havane est la principale cause de la montée de l’insécurité en Colombie et que cette opinion est partagée par des historiens, des sociologues, des journalistes et des éditorialistes, ainsi que des par les organisations des droits de l’homme.

« Je ne suis pas favorable à la légalisation du cannabis », avait déclaré le président Emmanuel Macron en mars 2022 lors de sa campagne de réélection. La police et la gendarmerie françaises se battent quotidiennement dans une dizaine de villes pour éradiquer les violents réseaux de trafic de drogue, notamment à Marseille, Perpignan, Paris, Nantes et Lille. Si la ligne en France est la tolérance zéro avec les trafiquants de drogue, pourquoi l’approche inverse de Gustavo Petro est-elle déclarée « bienvenue » ?

Une explication de Mme Jaraud-Darnaut ne serait pas superflue.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

(1).- https://onu.delegfrance.org/la-france-salue-le-chemin-parcouru-par-la-colombie-depuis-2016

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