Publié par Jean-Patrick Grumberg le 21 novembre 2022
Au secours, ils sont fous ! Une mère en prison pour avoir fait marcher son fils désobéissant 800 m pour rentrer chez lui

Heather Wallace a plaidé coupable de mise en danger d’enfant.

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Le fils aîné de Heather Wallace, Aiden, 8 ans, rendait ses deux frères fous dans la voiture alors qu’ils revenaient tous du karaté, un après-midi d’octobre 2021. Mme Wallace, après avoir tenté de le calmer, l’a puni : elle lui a dit que s’il n’arrêtait pas, il devrait faire le reste du chemin à pied, soit 800 mètres dans la banlieue tranquille de Waco, au Texas, pour qu’il se calme.

Pour cela, elle a été arrêtée, menottée, jetée en prison et accusée de mise en danger d’un enfant, un délit passible d’une peine de deux ans de prison.

Son arrestation reste inscrite dans son casier judiciaire – facilement consultable par les employeurs – ce qui est désastreux : elle est titulaire d’un baccalauréat en Education.

Comment elle en est arrivée là

Aiden a accepté de rentrer chez lui à pied ; d’autant que ce n’est pas la première fois : il n’est pas enfermé chez lui. Et il y a des trottoirs tout le long du chemin, et pratiquement aucun trafic.

15 minutes plus tard, deux policiers frappent à leur porte. Aiden est dans leur voiture de patrouille. Un autre officier est garé de l’autre côté de la rue.

Une femme, à un pâté de maisons de là, a appelé la police pour signaler un garçon marchant seul dehors. Cette femme a demandé à Aiden où il habitait, a vérifié que c’était juste en bas de la rue et a quand même appelé la police. La patrouille a donc arrêté Aiden dans son propre quartier.

Les officiers ont dit à Wallace que son fils aurait pu être kidnappé et faire l’objet d’un trafic sexuel. Selon Wallace, l’un des policiers a déclaré :

« Vous ne voyez pas beaucoup de trafic sexuel là où vous êtes, mais là où je patrouille dans le centre-ville de Waco, nous en voyons ».

Cette déclaration lui a paru étrange.

« Ils admettaient en fait que le quartier où vivait Wallace est sûr », dit-elle.

L’officier a ensuite demandé à Wallace si elle laisserait à nouveau son fils rentrer chez lui à pied, maintenant qu’elle était au courant du trafic sexuel.

Je ne savais pas encore que c’était illégal et j’ai répondu : « Je ne sais pas », raconte Wallace. C’est alors que le policier a répondu : « D’accord, je vais devoir vous arrêter ».

Il a procédé à l’arrestation devant les enfants, en menottant Wallace derrière son dos.

À ce moment-là, les policiers ont permis à Aiden de sortir de leur voiture et ont appelé le mari de Wallace, qui est arrivé à la maison. Puis ils ont fait monter Wallace dans la voiture de patrouille. Elle n’avait pas de chaussures, mais les policiers lui ont dit que la prison lui en fournirait une paire. Ce qui n’est pas le cas.

Sur la banquette arrière, toujours menottée, Wallace a été interrogée par un agent des services de protection de l’enfance du Texas. En tout, il s’est écoulé environ trois heures entre le moment où les policiers se sont présentés et celui où ils ont conduit Wallace à la prison du comté de McLennan, où elle a été enfermée (vers 20 h 30).

« Je suis une mère de famille de banlieue, je ne savais pas ce que je faisais », dit Wallace. « J’ai été enregistrée à 4 heures du matin ».

Le lendemain, le mari de Wallace a payé sa caution de 300 dollars et ils sont rentrés chez eux.

Quand Aiden a entendu sa mère entrer, il a levé les yeux, pris de panique. « J’ai mangé ta part de gâteau ! » avoue-t-il. « Je ne savais pas que tu rentrerais un jour à la maison ».

Les services de l’enfance ont fait accepter à la famille un plan de rééducation, ce qui signifie que Wallace et son mari ne pouvaient pas être seuls avec leurs enfants, même une seconde. Les grands-mères des enfants devaient leur rendre visite et se relayer la nuit afin de garantir une surveillance constante des parents.

Après deux semaines, les services de l’enfance ont classé le dossier de Wallace, estimant que la plainte n’était pas fondée.

Wallace pense que sa mésaventure pourrait être due à la loi sur l’indépendance de l’enfance que le Texas a adoptée en 2021 avec l’aide de Let Grow, une association à but non lucratif. Cette loi fait partie d’un projet de réforme plus large de la protection de l’enfance, et précise que les parents sont autorisés à laisser leurs enfants s’engager dans des activités indépendantes tant qu’ils ne les mettent pas en danger grave et probable.

La plainte civile a été levée, pas la plainte pénale

Wallace a contacté un avocat. Il lui a dit que si elle reconnaissait sa culpabilité, elle pourrait participer à un programme de déjudiciarisation avant le procès, ce qui permettrait de clore l’affaire. D’un autre côté, si elle allait au procès et perdait, elle risquait un minimum de deux ans derrière les barreaux (et tenez-vous bien : 20 ans maximum). Elle a donc accepté l’accord de plaidoyer.

Kafka

  • Son programme de déjudiciarisation exigeait 65 heures de travaux d’intérêt général.
  • Wallace a dû l’effectuer dans un centre de la petite enfance.
  • Le programme exigeait qu’elle y travaille uniquement le week-end, lorsqu’il n’y avait pas d’enfants à mettre en danger.
  • Elle a aidé à développer le programme du centre et a également fait du nettoyage.

Entre-temps, elle a été obligée de démissionner de l’entreprise de conseil en sommeil pédiatrique où elle travaillait, puisqu’elle « met des enfants en danger ».

  • Pour se conformer au programme, Wallace a également dû suivre un cours d’éducation parentale et passer huit tests anti-drogue aléatoires.
  • Cela signifie qu’elle doit parfois laisser les enfants seuls à la maison pendant une heure.

« Nous n’avions pas les moyens de payer une baby-sitter », dit-elle.

La sœur de Wallace a lancé un GoFundMe pour elle. Elle est endettée après avoir perdu son emploi et payé pour l’avocat et le programme de déjudiciarisation. Elle espère également engager un avocat pour obtenir l’effacement de son dossier afin de pouvoir travailler à nouveau avec des enfants.

Wallace a remercié les policiers de lui avoir appris à quel point elle avait tort de faire marcher son fils sur 800 mètres par une chaude journée dans son propre quartier. Désormais, a écrit Wallace, « je vais continuer à grandir en tant que parent et en tant que personne ».

La prochaine fois que dans une série, vous voyez des enfants en vélo dans la rue, ou à pied, appelez la police.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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