Publié par Abbé Alain Arbez le 21 novembre 2022
Dimanche du Christ-Roi

La fête du Christ-Roi correspond à la clôture de l’année liturgique. C’est une fête instituée en 1925 par le pape Pie XI. On peut constater que la question du règne de Dieu est omniprésente dans l’Ecriture sainte !

Lorsque le pape Pie XI l’instaure, c’est avant tout pour affirmer que l’Eglise a un témoignage à exprimer dans le domaine public : il le fait à l’époque où les courants laïcistes veulent restreindre l’impact de la religion. Les idéologues antireligieux du début du 20ème siècle mais aussi certains courants protestants sont à l’origine de l’affirmation fausse que la foi est une affaire privée dont rien ne doit apparaître à l’extérieur.

        Or, nous le savons: on n’est pas chrétien seulement en priant entre les murs de sa chambre, ou en rejoignant l’assemblée une heure par semaine à l’église! C’est essentiellement à travers notre témoignage quotidien dans la vie de tous les jours que notre foi s’exprime. Car nous sommes une communauté de croyants, insérés dans le tissu social pour y manifester toutes les valeurs liées à la Révélation. Etre chrétiens, c’est surtout ce que nous réalisons dans notre vie personnelle, familiale, sociale, professionnelle, et cela rejaillit aux différents niveaux de la société.

L’histoire des siècles passés nous montre aussi à quel point la foi a généré toute une civilisation, riche de ses valeurs et de son idéal. Les institutions chrétiennes ont produit leurs fruits au service de tous : c’est l’Eglise qui a initié et géré – durant de longs siècles – l’éducation des enfants dans des écoles ouvertes à tous, la formation des étudiants et des savants dans ses couvents et dans ses universités, les soins aux malades dans ses hôpitaux, le secours aux orphelins et aux pauvres dans ses maisons d’accueil. Puis au début du 20ème siècle, tous ces services sont passés aux mains de l’Etat laïc.

        C’est par conséquent sous d’autres formes que l’Eglise et les chrétiens ont la mission d’être aujourd’hui présents et de témoigner dans la sphère publique et politique. Avec le devoir prophétique de rappeler aux responsables civils leur obligation d’être au service de l’humain, car personne ne détient la puissance absolue sur terre. L’objectif de l’Eglise catholique, c’est l’universalisme, pas la mondialisation. C’est précisément pour cette raison qu’à la fin du concile Vatican II, Paul VI a transformé la fête du Christ-Roi en fête du Christ-Roi de l’univers. La royauté universelle en question ne se réfère pas à la royauté humaine, mais à la notion biblique de règne de Dieu, dont les bénédictions doivent bénéficier à tous les êtres vivants sur la planète.

        Il faut comprendre que cette célébration du Règne de Dieu par le Christ appartient à une tradition très ancienne, au-delà de la modernité du propos : en effet, les premiers Chrétiens, dans le droit fil de leurs pères dans la foi hébraïque, ont cherché à donner la priorité au règne de Dieu: si l’on se réclame du Christ, il s’agit « d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) Jésus dans le Notre Père associe la sanctification du Nom de Dieu à la venue de son Règne dans l’humanité.

        Ce témoignage a été souvent au prix de persécutions: les nombreux martyrs connus et inconnus ont manifesté la résistance de la foi judéo-chrétienne à la prétention impériale de dominer les âmes. Comme les martyrs d’Israël, quelques siècles auparavant, les disciples de Jésus ont dénoncé la divinisation de l’empereur (qui se faisait appeler « Kyrios »)  ils ont voulu marquer leur réprobation en décernant au seul Christ le titre de « Kyrios »,  seigneur de nos vies. C’est le sens du Kyrie conservé au début de la messe.

Les textes de la liturgie de ce jour ne nous proposent pas une vision de toute-puissance du Christ et de l’Eglise…Mais, en relativisant et en désacralisant les pouvoirs de ce monde, la Parole de Dieu veut nous rappeler que la royauté du Christ est d’abord une seigneurie de service et d’humilité. Nous ne pouvons pas oublier que la couronne de ce roi est faite d’épines, et que c’est la croix qui est son trône de gloire. L’évangile de la passion nous en offre une saisissante méditation, avec ce dialogue émouvant entre Jésus en croix et les deux brigands à ses côtés.

Mais historiquement, ce Christ proclamé roi de l’univers a d’abord été appelé roi des juifs ! D’ailleurs, le supplice de crucifixion qui lui était infligé était très courant de la part des Romains, même si sur l’écriteau accroché à la croix on peut lire écrit en hébreu, en grec et en latin le titulus « roi des Juifs » ce qui est exceptionnel.

A Bethlehem déjà, à la naissance de Jésus, les mages venus de loin recherchaient l’enfant qui dans son humilité était digne d’être « roi des juifs ». Mais au Golgotha, cette appellation destinée à Jésus correspond à autre chose : c’est une dérision antisémite imposée par Pilate afin de l’humilier et le ridiculiser tout en exaltant la supériorité romaine: pourtant Jésus ne s’est jamais mis en avant, il ne s’est jamais annoncé lui-même, il n’a pas revendiqué de pouvoir, il s’est toujours effacé pour annoncer le royaume de Dieu à venir, c’est-à-dire le règne du Père.

        Nous en avons la preuve, lorsque chaque fois que des foules enthousiastes voulaient le couronner, Jésus s’est retiré à l’écart : son choix n’était pas de régner au nom d’un pouvoir humain, mais de laisser apparaître le règne de Dieu, transcendant, mais à l’oeuvre parmi nous.

        Le récit de la passion nous montre que la croix va se révéler comme le seul trône réservé à Jésus: mais ce n’est pas pour autant l’échec de son projet. En effet, ce projet s’inscrit dans l’histoire sainte, c’est celui qu’a voulu assumer non sans peine le peuple de l’alliance au cours des époques précédentes. Israël a connu comme Jésus, l’épreuve de l’échec apparent, mais c’est celui d’un peuple-témoin envoyé en mission pour transmettre la Parole de Dieu aux nations.

        Le royaume des cieux ouvert à tous par le pardon accueillant de Dieu, Jésus l’a manifesté par le don de sa vie. Là où ne règnent bien souvent que les rapports de force liés à l’argent et au pouvoir, là où les opinions publiques sont le produit des ambiguïtés médiatiques, nous devons témoigner de l’essentiel : le respect de la vérité – vérité de Dieu, vérité de l’homme – et la possibilité réelle de faire des choix d’avenir en toute conscience.

        Jésus nous invite à prier le Notre Père chaque jour, en demandant que le règne vienne ! C’est un règne de service, de partage et d’accueil que le Christ veut ouvrir à tous, mais aussi un règne fondé sur la vérité qui sait dénoncer les attirances illusoires des idoles.

C’est le sens de cette fête du Christ Roi : que cet amour proclamé nous rende plus lucides, plus forts, plus déterminés à vivre notre foi la tête haute, malgré les crises, les inévitables problèmes et les difficultés de toutes sortes qu’il nous faut affronter aujourd’hui.

Mais nous croyons que le Christ vivant nous accompagne sur nos chemins de vie…  Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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