Publié par Drieu Godefridi le 24 novembre 2022
La crypto pour les nuls

Les cryptos, en fait, c’est facile à comprendre. Que tu prends un programme d’ordinateur qui créée des unités en nombre limité par des impératifs techniques (algorithmes). Que tu baptises ces unités ‘monnaie’ (‘coins’). Que tu vends cette ‘monnaie’ à des gens qui te donnent des vrais dollars pour acheter ta camelote, pardon ‘monnaie’. 

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Que face à l’enthousiasme pour ces nouvelles ‘monnaies’ — présentées comme refuge face au dollar ! — des bourses d’échanges se créent, sur lesquelles la valeur des ‘monnaies’ crypto s’envole (car la demande est forte). Et c’est le miracle ! La multiplication des gains façon Jésus ! Dix unités de monnaie crypto que tu as achetées 10,000 US$ valent bientôt 100,000 US$. Dix fois plus ! En quelques mois !

Se lève une fière génération de crypto-millionnaires roulant en Maseratti plaqué or qui aurait porté une dizaine de Rolex au bras s’il avait été encore plus long. Dans le monde inouï de ces rois du monde — oh, so gorgeous ! — si à 25 ans tu n’as pas tes dix Rolex et autant de Patek, tu as raté ta vie. 

J’ai moi-même eu la chance de rencontrer la crypto. Personnifiée par Mademoiselle Vanessa.

C’était il y a tout juste un an. Par une belle après-midi d’automne, je me trouve sur une terrasse de la place Brugmann. Un ami tient absolument à me présenter sa nouvelle relation. Dans les 21-22 ans, celle-ci s’avance sur la terrasse comme Lauren Bacall entre dans un enclos de chimpanzés, et me lance d’emblée un regard qui me fait sentir comme passant au-dessous de la chaise sur laquelle je suis assis. Vanessa ne me tend d’ailleurs pas vraiment la main ; elle la laisse prendre en l’air, vaguement dans ma direction, dans l’attente que je me saisisse avidement de cette opportunité d’effleurer le génie. Mon ami est aux petits soins pour Vanessa, jusqu’à lui allumer ses cigarettes extra-longues extra-fines. 

Soudainement, Vanessa Ière, impératrice de toutes les Cryptos, prend la parole, sans jamais me regarder. Le spectacle de ses faux ongles lumineux (de l’or ?) accapare en effet Son attention. Vanessa tient à m’expliquer ce qu’elle fait. Hosanna, mon Dieu ! Le secret de l’alchimie me sera-t-il révélé ? Vanessa est, dans ses propres termes, une ‘crypto-millionnaire’ et, précise-t-elle dans un foisonnement de concepts et stratégies d’investissement dont je ne comprends pas le tiers du quart, ‘j’ai gagné assez d’argent pour que mes enfants et les enfants de mes enfants, et les leurs, n’aient jamais à se soucier de leur subsistance.’ 

Je sirote humblement mon café, conscient de vivre ce qui est probablement l’apothéose de mon existence. Bêtement, comme le font les limaces arithmétiques dans mon genre, je tente de comprendre de combien de millions on parle. Étant donné que Vanessa nous a partagé le montant, forcément dérisoire !, de son investissement initial, un rapide calcul m’indique que si l’impératrice Crypto est en effet millionnaire, elle est tout au plus détentrice d’un seul million. N’importe ! Elle n’a que 21 ans ! Qui suis-je pour interroger la Transcendance quand moi, à 21 ans, j’étudiais stupidement le droit et la philosophie au quatrième étage de la bibliothèque de Louvain ?!

Lorsque la conversation a cessé de l’intéresser, c’est-à-dire quand elle eût fini de parler, Vanessa s’est simplement levée, et elle est partie sans un mot, nous partageant généreusement, en pleins naseaux, le Channel N°5 dont elle semblait s’être enduite de la tête aux pieds, ainsi que les gaz d’échappement de son Aston Martin série spéciale aux sièges cousus main (fil rouge, pour les connaisseurs). ‘Sacrée bonne femme !’, se crut obligé de commenter mon ami, ce qui me parut sur l’instant aussi grossièrement inadéquat que ‘Quel peï, ce Jésus !’.

Il y a trois jours, j’ai recroisé l’impératrice crypto dans le même établissement de la place Brugmann. Elle y travaille désormais comme serveuse et semble avoir remplacé le Channel N°5 par la transpiration de quand on travaille.

Je lui aurais bien laissé un pourboire. 

Malheureusement, je n’avais pas de coin-coin sur moi.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Drieu Godefridi pour Dreuz.info.

Chronique publiée par l’hebdomadaire ‘PAN’, pan.be

La réalité augmentée*, vient de paraître.

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