Publié par Abbé Alain René Arbez le 31 décembre 2022
Et si Jésus était vraiment né un 25 décembre ?

Il semble difficile de déterminer de manière certaine la date de la naissance de Jésus, certes. Certains présentateurs de plateau TV en profitent pour semer le doute dans les esprits.

Mais il vaut la peine d’étudier les diverses probabilités chronologiques, même si en réalité, l’essentiel de la célébration de la Nativité n’est pas de vénérer une date en soi, puisque, dès les origines, il s’agit d’accueillir l’événement d’une manifestation au monde du visage humain de Dieu, appelé incarnation ou accomplissement de l’alliance.

On sait que dans les premiers temps du christianisme, Nativité et Epiphanie étaient reliées dans les liturgies annuelles des communautés. Encore aujourd’hui, les calendriers orientaux et occidentaux ne coïncident pas. Cette théophanie s’exprime en effet par deux approches complémentaires à la fois unies et distinctes : la révélation de l’enfant promis à Israël à travers de pauvres bergers de Bethléem, puis la manifestation de la Bonne Nouvelle reconnue par les mages d’Orient venus au nom des nations.

Les habituelles présentations de Noël dans les médias nous ressassent toujours la soi-disant christianisation abusive du solstice d’hiver par l’Eglise. Il est vrai qu’il y a une étonnante convergence entre le « soleil de justice » (annoncé depuis 5 siècles par le prophète Malachie et reconnu dans l’arrivée de l’enfant de Bethléem) et la fête païenne du solstice au 3ème s. de notre ère. Dans les deux cas, il s’agit d’une lumière montante au milieu des obscurités du monde et le symbole incitant à l’espoir est parlant.

Mais il faut chercher plus loin. Que nous dit l’évangéliste Luc, chapitre 1 ?  Que le jour de l’annonce faite à Marie par l’archange lui disant que la conception de l’enfant viendrait du Très Haut, Elisabeth était enceinte et attendait Jean Baptiste depuis six mois. Il précise également que la conception de Jean Baptiste datait du temps où son père, le prêtre Zakarie, était de service au temple. Or des découvertes archéologiques réalisées dans des manuscrits de Qumrân (sous l’autorité du Dr israélien Talmon) révèlent que le groupe sacerdotal de Zakarie était affecté au service du temple en septembre. Si Zakarie et Elisabeth ont conçu Jean Baptiste à cette période, et que Jésus a été conçu de l’Esprit fin mars, sa naissance survient logiquement neuf mois plus tard, c’est-à-dire fin décembre.

De plus, il y a confusion dans la version médiatique concernant les fêtes de fin d’année. On présente la fête romaine du Sol invictus comme si elle préexistait  à la date de la Nativité du Christ, ce qui aurait incité l’Eglise à la récupérer…Or, cette fête païenne du Soleil invaincu fut instituée par l’empereur Aurélien en 274 avec l’intention d’unifier les provinces de l’empire de Rome sous le culte solaire issu de celui de Mithra. Les seules fêtes romaines antérieures étaient les  saturnales déjà échues le 20 décembre.

Ainsi, la date de la Nativité souvent liée à l’Epiphanie a été d’abord célébrée à des moments différents dans la diaspora, car le but n’était pas de se focaliser sur un anniversaire, mais sur un événement théologique concernant le monde entier à partir d’Israël. Si le pape Libère a officialisé la date du 25 décembre en l’an 354, c’est parce que, à Rome, les communautés avaient antérieurement choisi cette date festive. En 204, déjà, dans son commentaire de Daniel (4,23) Hippolyte de Rome évoquait la célébration de Noël comme étant une date établie. Par conséquent on peut imaginer que la création de la fête païenne du Sol invictus intervenue plus tard ait été une manœuvre de diversion de l’empire romain persécuteur, envers cette foi nouvelle qui prenait de l’ampleur à Rome et dans les provinces.

Parmi les auteurs anti-chrétiens de l’antiquité, beaucoup dénigraient et dénaturaient le christianisme. Si la fête de la Nativité avait vraiment été un copier-coller opportuniste de la fête de Mithra, ils ne se seraient pas privés de discréditer l’Eglise. Mais ils n’en parlent pas. D’autres auteurs modernes ont cru retrouver chez la Vierge Marie le profil de la déesse Isis avec son fils Horus, mais dans cette mythologie, Horus n’est pas né d’une vierge. D’autres encore ont voulu voir en Marie un sosie exalté de la déesse Artémis d’Ephèse, toujours avec ce présupposé d’une récupération de croyances païennes par les chrétiens. Mais la célébration de la manifestation au monde de celui que Jean l’évangéliste nomme le « Verbe de Dieu » dans le 4ème évangile  se situe visiblement sur un registre fondamentalement différent. Cette fête liturgique, en lien avec la proclamation centrale de la Résurrection, a produit, dans la durée, des fruits communautaires et civilisationnels autrement plus porteurs d’humanité.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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