Publié par Eduardo Mackenzie le 8 décembre 2022
Les pressions illégales exercées par Petro sur le pouvoir judiciaire

Un président ne peut pas s’inventer des droits et des pouvoirs. Si Gustavo Petro viole les normes de la Constitution colombienne il pourrait être accusé devant la Commission des accusations du Congrès pour violation du système juridique du pays.

Le chef de l’exécutif, Gustavo Petro, est en train d’exercer des pressions illégales sur le pouvoir judiciaire. Ceci constitue une nouvelle insulte du chef du pouvoir exécutif / à la / à l’encontre de la / Constitution colombienne. Petro le fait sans vergogne, comme si c’était la chose la plus valable au monde. Mais ce n’est pas le cas. La presse rapporte que Gustavo Petro a annoncé qu’il rencontrera le procureur général de la Nation, Francisco Barbosa, afin qu’il accepte et collabore à la libération de 230 membres d’un gang de droit commun, connu sous le nom de « primera línea » (PL), qui se trouvent en prison et font l’objet d’enquêtes du Parquet général.

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Le Président de la République ne peut pas faire ce qu’il veut, mais plutôt ce que la Constitution nationale, dans son titre VII, l’autorise à faire.  Il faut rappeler cela à Petro qui fait mine d’oublier ce précepte fondamental. Si Gustavo Petro viole les normes les plus élevées, il pourrait être dénoncé devant la Commission des accusations du Congrès colombien pour violation du système juridique du pays.

Dans un État de droit, la politique, la volonté, l’initiative, les annonces, correctes ou non, du chef de l’Etat ne sont pas au-dessus de la Constitution. Un président ne peut pas inventer des droits et des pouvoirs.

« Le Parquet général de la Nation fait partie du pouvoir judiciaire et disposera de l’autonomie administrative et budgétaireʺ (article 249 de la CN). Cela signifie que dans les décisions judiciaires du Parquet général, le présidente de la République  ne peut intervenir. De même, selon l’article 250 de la CN, le Parquet ne peut suspendre, interrompre ou renoncer aux poursuites pénales des membres de la bande ʺpremière ligne » détenus pour des crimes et délits dont certains sont qualifiés d’actes terroristes, qu’ils auraient commis à Cali et dans d’autres villes lors des graves émeutes urbaines de 2021.

Si Petro délivre un décret pour libérer ces justiciables, il commettra une nouvelle infraction parce que le chef du pouvoir exécutif ne peut pas le faire. La Constitution l’autorise à « accorder des indults politiques selon la loi » (Art 201 of the CN). Par contre, le président de la République ne peut pas ordonner la libération de criminels communs ou de justiciables en train d’être jugés. La loi colombienne est très claire. L’indult politique est une catégorie juridique précise. Le groupe « première ligne » n’a rien à voir avec cette notion.

Avec ses entretiens, ses instructions et ses menaces sur la libération de ces individus,  par décret, si nécessaire, Petro force le procureur général à lui faire partager la violation de la Constitution nationale.

Jusqu’à présent, Francisco Barbosa Delgado, le procureur général, semble être  conscient de ce qui est en jeu. Il est réticent à la volonté de Petro concernant les accusés PL. Il sait qu’il prend personnellement des risques en acceptant de discuter de ces questions avec Petro et, ce qui serait pire, s’il se conforme finalement à l’ordre de l’exécutif. Une revue de Bogota a rapporté que « Barbosa a déclaré à plusieurs reprises que s’il [Petro] veut la libération de ces justiciables il doit demander au Congrès de changer la loi et non au procureurʺ. C’est la bonne attitude. Mais jusqu’à quand Barbosa maintiendra cette position ?

Quant à l’opinion publique, elle s’étonne, disent les médias, de la manière pernicieuse dont Petro parle de ces prévenus, qu’il glorifie et exonère en les qualifiant de « jeunes », « animateurs de jeunesse », « dirigeants sociaux » et « militants » (la qualification exacte de ces détenus est de criminels présumés). Ces frappes n’étaient même pas des « manifestants ». Ils ont profité des émeutes urbaines promues par l’extrême gauche et par les cartels narcoterroristes, pour laisser libre cours à leurs instincts les plus bas : ils ont procédé à des enlèvements, ils ont torturé physiquement et psychologiquement des citoyens, incendié des bâtiments publics et privés, tué des innocents, dont deux bébés, et tranché la gorge d’un motocycliste à Cali, à l’un de leurs « points de contrôle » illégaux.

Au cours des seules émeutes de juin 2021, il y a eu 3 425 barrages routiers illégaux, 21 personnes ont perdu la vie et 1 113 civils ont été blessés. Il y a également eu 1 362 policiers blessés. La Colombie garde dans sa mémoire l’horreur de ces jours. Ce sont ces personnes que Gustavo Petro décrit comme des « jeunes leaders ». Ce sont ces personnes que Petro veut faire sortir de prison et les déclarer « gestionnaires de paix » et  leur faire ce « cadeau de Noël ». Etrange chef d’Etat qui vante ce désastre humanitaire avec un cynisme consommé.

En prononçant ces phrases, Gustavo Petro montre qu’il continue d’être le leader de la minorité insurgée et que, depuis le 7 août dernier, il est l’anti-président des Colombiens, un dangereux liberticide au sommet de l’État qui déteste les majorités et qui n’hésite pas à les provoquer.

Alfonso Prada, le nouveau ministre de l’Intérieur, a chanté le dernier couplet de cette triste zarzuela en affirmant : ʺIl ne s’agit pas d’une amnistie, ni d’un indult, ni d’une libération judiciaire ». Et, comme s’il était le chef du parquet général, il a conclu : « Tous les procès judiciaires de ceux qui ont été arrêtés pendant les manifestations continueront entre les mains des juges jusqu’à leur achèvement ». C’est-à-dire : Petro et Prada, brisant les préceptes de la justice, veulent ouvrir les portes de la prison à 230 détenus pour qu’ils puissent s’enfuir et se cacher. Plus tard, comme cela s’est produit dans l’affaire d’alias Santrich, les juges pleureront sur le fait accompli et la presse déplorera que les procès judiciaires se poursuivent avec 230 malfrats absents. Cette intention cache quelque chose de très laid : le crime d’évasion de prisonnier (article 449 du Code pénal colombien). Si Gustavo Petro, chef de l’Etat, insiste sur ces jeux malfaisants, il pourrait être accusé devant la Commission des accusations du Congrès colombien pour violation du système juridique du pays.

Le ministre Prada tente donc de dicter l’agenda au pouvoir judiciaire. Il confirme que ceux qui libéreront les 230 seront « les juges de la République », mais non pas de façon  normale, selon la loi, mais à cause de la pression de l’exécutif sur le judiciaire. Le ministre de l’Intérieur prétend que la loi 2272 de 2022 pourrait être appliquée au cas du PL. Cette approche est inacceptable. Cette loi autorise le pouvoir exécutif à « négocier [la démobilisation] avec les groupes armés illégaux du pays », c’est-à-dire avec les structures armées organisées à fort impact criminel, dans le jargon actuel. Mais ce n’est pas le cas de la ʺpremière ligne ».

Comme la croisade en faveur du PL est variée, d’autres tentent de mettre sur la table un argument non moins fou : celui du « pardon socialʺ. Cependant, cette proposition tombe également dans le vide. Le ʺpardon social » n’est pas une norme. Cette expression n’existe pas en droit. C’est une formule démagogique de Gustavo Petro lorsqu’il était candidat pour attirer les voix des délinquants en col blanc emprisonnés, comme Ivan Moreno Rojas et d’autres politiciens reconnus coupables de corruption.

La presse ne peut cacher que ces artifices grotesques pour favoriser le PL font croire à la population que le chef de l’Etat est en train d’instaurer un climat de confusion et d’impunité qui finira, si on le laisse faire, par démolir, du jour au lendemain, la séparation des pouvoirs et les fondements de l’État de droit. Au rythme où nous allons, dans peu de temps personne ne pourra, pour défendre la démocratie libérale, invoquer la Constitution politique, ni le code pénal, ni le code civil, ni le code du travail, ni le code administratif. Nous ne pourrons plus rien invoquer, pas même le plus humble décret.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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