Publié par Jean-Patrick Grumberg le 10 décembre 2022
Oui, Twitter a bien censuré, blacklisté, shadow banni et viré des conservateurs, révèlent les nouveaux « Twitter files »

Je me souviens de l’audition de Jack Dorsey au Congrès en 2018, quand il a témoigné que le shadowbanning de Twitter n’était pas politiquement biaisé. A ce moment, Dreuz.info subissait un shadowban violent.

Le shadowban est la forme la plus sordide et cynique de la censure : vous êtes censuré à votre insu, car les censeurs n’osent pas vous dire en face qu’ils vous punissent pour vos idées. Comme tout mouvement communiste lorsqu’il prend le pouvoir (les activistes de Twitter devenus les maîtres du monde de l’information, du débat d’idées et de la politique), les cadres de Twitter ont créé des comités secrets pour déterminer quels citoyens étaient coupables de pensées et d’actions contre-révolutionnaires à punir, et ont trouvé les justifications après – ou ont carrément nié.

La deuxième vague des Twitter files vient d’être rendue publique.

Après les nouvelles révélations, Musk lui-même a confirmé que la plateforme pratiquait le shadowbanning et a promis un nouvel outil pour aider les utilisateurs à détecter s’ils étaient affectés afin qu’ils puissent faire appel.

« Twitter travaille sur une mise à jour logicielle qui montrera le véritable statut de votre compte, afin que vous sachiez clairement si vous avez été shadowbanned, la raison pour laquelle et comment faire appel », a-t-il tweeté.

J’attends cela avec impatience. Je me souviens avoir été étonné de constater que les tweets de Dreuz.info, qui avait 25 000 abonnés, étaient retweetés 5 ou 6 fois, tandis que les tweets de comptes possédant 1000 ou 1500 abonnés, voyaient certains de leurs tweets avec 400 ou 500 retweets et des centaines de citations.

Bari Weiss, une jeune journaliste de gauche, ancienne du New York Times, qui a dû partir en raison de l’antisémitisme qu’elle subissait dans le quotidien de référence, a publié un fleuve d’informations, expliquant tous les procédés par lesquels les voyous de Twitter censuraient.

Voici :

  • Une nouvelle enquête #TwitterFiles révèle que des équipes d’employés de Twitter établissent des listes noires, empêchent les tweets désapprouvés d’être diffusés et limitent activement la visibilité de comptes entiers ou même de sujets d’actualité – tout cela en secret, sans en informer les utilisateurs.
  • Twitter avait autrefois pour mission de « donner à chacun le pouvoir de créer et de partager des idées et des informations instantanément, sans barrières ». En cours de route, des barrières ont néanmoins été érigées.
  • Prenez, par exemple, le Dr Jay Bhattacharya (@DrJBhattacharya), de Stanford, qui a soutenu que les verrouillages de Covid nuiraient aux enfants. Twitter l’a secrètement placé sur une « liste noire des tendances », ce qui a empêché ses tweets de devenir des tendances.
  • Ou encore le populaire animateur de talk-show de droite, Dan Bongino (@dbongino), qui a été placé à un moment donné sur une « liste noire des recherches ». (Dreuz a connu cela : pendant une période, si vous tapiez « Dreuz » dans le champ de recherche, vous obteniez zéro résultat comme si Dreuz n’était pas sur Twitter, bien qu’il y ait deux comptes (la lettre d’information et les 15 à 20 tweets quotidiens).
  • Twitter a mis le compte de l’activiste conservateur Charlie Kirk (@charliekirk11) en « Do Not Amplify », ce qui veut dire qu’il ne pouvait pas buzzer. Et Twitter a nié qu’il faisait de telles choses. En 2018, Vijaya Gadde (alors responsable de la politique juridique « et de la confiance », quel cynisme) et Kayvon Beykpour (responsable du produit) de Twitter ont déclaré : « Nous ne faisons pas de shadowban ». Ils ont ajouté : « Et nous ne faisons certainement pas de shadowban sur la base de points de vue politiques ou idéologiques. »
  • Ce que beaucoup de gens appellent « shadow banning », les cadres et les employés de Twitter l’appelle « Visibility Filtering » (filtrage de la visibilité) ou « VF ». De multiples sources de haut niveau ont confirmé sa signification.
  • « Pensez au filtrage de visibilité comme étant un moyen pour nous de supprimer ce que les gens voient à différents niveaux. C’est un outil très puissant », nous a dit un cadre de Twitter. « VF » fait référence au contrôle que Twitter exerce sur la visibilité des utilisateurs. Twitter a utilisé le filtrage de visibilité pour bloquer les recherches sur des utilisateurs individuels, pour limiter la portée de la découverte d’un tweet particulier, pour empêcher les messages de certains utilisateurs d’apparaître sur la page des tendances et pour empêcher leur inclusion dans les recherches par hashtag. Tout cela à l’insu des utilisateurs.
  • « Nous contrôlons en grande partie la visibilité. Et nous contrôlons en grande partie l’amplification de votre contenu. Et les gens normaux ne savent pas à quel point nous le faisons », nous a dit un ingénieur de Twitter. Deux autres employés de Twitter ont confirmé.
  • Le groupe qui décidait de limiter la portée de certains utilisateurs était le Strategic Response Team – Global Escalation Team, ou SRT-GET. Il traitait souvent jusqu’à 200 « cas » par jour. Mais il existait un niveau au-delà des cas officiels, au-delà des modérateurs de base qui suivaient la politique de l’entreprise sur le papier. Il s’agissait du « Site Integrity Policy, Policy Escalation Support », connu sous le nom de « SIP-PES ». Ce groupe secret comprenait le responsable des Affaires juridiques, des politiques et de la confiance (Vijaya Gadde), le responsable mondial de la confiance (sic) et de la sécurité (Yoel Roth), les PDG Jack Dorsey et Parag Agrawal, ainsi que d’autres personnes. C’est là que les décisions les plus importantes et les plus sensibles sur le plan politique ont été prises. « Pensez ‘compte de followers élevé et controversé' », nous a dit un autre employé de Twitter. Pour ces derniers « il n’y aurait pas de traces ou quoi que ce soit ».
  • L’un des comptes qui a atteint ce niveau d’examen minutieux est le suivant . @libsoftiktok -un compte qui figurait sur la « Trends Blacklist » et qui était désigné comme « Ne pas agir sur l’utilisateur sans consulter le SIP-PES ».
  • Le compte – que Chaya Raichik a lancé en novembre 2020 et qui compte aujourd’hui plus de 1,4 million de followers – a fait l’objet de six suspensions rien qu’en 2022, selon Raichik. À chaque fois, Raichik a été empêchée de publier pendant une semaine. Twitter a informé à plusieurs reprises Raichik qu’elle avait été suspendue pour avoir violé la politique de Twitter contre les « comportements haineux ». Mais dans un mémo interne du SIP-PES datant d’octobre 2022, après sa septième suspension, le comité a reconnu que « LTT n’a pas eu de comportement directement contraire à la politique de conduite haineuse ». Voir ici :

« Le comité a justifié ses suspensions en interne en affirmant que ses posts encourageaient le harcèlement en ligne des « hôpitaux et des prestataires médicaux » en insinuant « que les soins de santé respectueux de l’identité sexuelle sont équivalents à la maltraitance des enfants »

  • Comparez cela à ce qui s’est passé lorsque Raichik elle-même a été doxxée le 21 novembre 2022. Une photo de sa maison avec son adresse a été publiée dans un tweet qui a recueilli plus de 10 000 likes.

    Lorsque Raichik a signalé à Twitter que son adresse avait été diffusée, l’assistance de Twitter a répondu par ce message : « Nous avons examiné le contenu signalé, et n’avons pas trouvé qu’il était en violation des règles de Twitter. »

    Aucune mesure n’a été prise. Le tweet de doxxing est toujours en ligne.
  • Dans des messages internes sur Slack, des employés de Twitter ont parlé d’utiliser des techniques pour restreindre la visibilité des tweets et des sujets. Voici Yoel Roth, alors responsable mondial de la confiance (quel cynisme) et de la sécurité chez Twitter, dans un message direct à un collègue au début de 2021 :

« Bien souvent, S.I. a utilisé le prétexte de spam comme un moyen de résoudre un problème de « sécurité sous-application de leurs politiques ». Ce qui, encore une fois, n’est pas un problème en soi – mais cela nous empêche de nous attaquer à la cause profonde du problème, à savoir que nos politiques de sécurité ont besoin d’une certaine attention. »

  • Six jours plus tard, dans un message privé avec un employé de l’équipe de recherche sur la santé, la désinformation, la vie privée et l’identité, Roth a demandé plus de recherche pour soutenir l’expansion des « interventions de politique de suppression comme la désactivation du buzz, et le filtrage de la visibilité ». Roth a écrit :

« L’hypothèse qui sous-tend une grande partie de ce que nous avons mis en œuvre est que si l’exposition à, par exemple, la désinformation, cause directement des dommages, nous devrions utiliser des remèdes qui réduisent l’exposition, et limiter la diffusion/viralité du contenu est un bon moyen d’y parvenir. »

Il ajoute :

« Nous avons obtenu l’adhésion de Jack à la mise en œuvre de cette approche pour ‘l’intégrité civique’ à court terme, mais nous devrons présenter des arguments plus solides pour l’intégrer à notre répertoire de mesures correctives, en particulier dans d’autres domaines politiques. »

Bari Weiss :

Nous ne faisons que commencer notre reportage. Les documents ne peuvent pas raconter toute l’histoire ici. Un grand merci à tous ceux qui nous ont parlé jusqu’à présent. Si vous êtes un employé actuel ou ancien de Twitter, nous aimerions avoir de vos nouvelles. Veuillez écrire à : [email protected]

Surveillez @mtaibbi pour le prochain épisode.

Voici ce que Jack Dorsey a tweeté à l’époque pour démentir l’existence du shadowban. Notez l’immense mépris, l’impudence et le cynisme :

« Je fais un suivi de cette affaire avec beaucoup plus de détails. Nous ne faisons pas de shadowban, et nous ne le faisons certainement pas sur la base de points de vue politiques. Nous classons les tweets par défaut pour rendre Twitter plus immédiatement pertinent (ce qui peut être désactivé). »

Vous savez que vous faites quelque chose de bien quand la police de la pensée s’en prend à vous. Cela ne vous rend pas plus visible, mais vous encourage à vous battre.

Toute la presse a parlé de shadowban. Oh, pas pour la dénoncer (ils étaient trop contents de cette censure de la droite), mais pour traiter de conspirationnistes ceux qui s’en disaient les victimes. J’attends leurs excuses pour s’être à ce point trompé. Je sais, je peux attendre longtemps.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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