Publié par Jean-Patrick Grumberg le 29 décembre 2022
Ron DeSantis ou Donald Trump, lequel choisir ?

Les différences entre l’ancien président Trump et le gouverneur de Floride Ron DeSantis, alors que les deux apparaissent comme des rivaux potentiels dans la compétition présidentielle de 2024, demandent à être clarifiées.

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Pour commencer, rappelons que le soutien de Trump a contribué à propulser DeSantis lors des primaires du GOP dans la course au poste de gouverneur de Floride en 2018. C’est à Trump que DeSantis doit son élection. Puis Donald Trump a voté et l’a fait savoir, et a appelé à voter pour DeSantis en novembre 2022. Cependant, quand il est apparu que les deux hommes allaient probablement s’opposer dans la course à la Maison-Blanche, Trump est parti à l’attaque, avec peu d’élégance.

Vaccin et confinement

Une différence de longue date existe entre les deux hommes sur le vaccin contre le Coronavirus. La réponse de l’un et de l’autre à la pandémie va remonter au premier plan lors des primaires en 2024. Rappelons les faits.

  • Donald Trump a levé ou contourné toutes les réglementations applicables et lenteurs administratives habituellement nécessaires, afin de mettre sur le marché les vaccins contre le COVID19. En août 2020, Trump a promis qu’un vaccin contre le COVID-19 serait disponible d’ici la fin de 2020, un programme qu’il a appelé « Warp Speed ». C’était sa déclaration la plus concrète sur le calendrier de développement d’un vaccin contre le coronavirus.

 » Nous allons fournir des thérapies qui sauvent des vies, et nous produirons un vaccin avant la fin de l’année, ou peut-être même avant », a-t-il déclaré.

  • Ron DeSantis a engagé une pétition pour une enquête de grand jury sur les vaccins COVID-19 pour faire toute la lumière sur d’éventuelles malversations des différents laboratoires qui ont mis le vaccin sur le marché. La Cour suprême de Floride a approuvé sa demande. Le grand jury de l’État enquêtera sur ce qu’il a appelé « les crimes et les actes répréhensibles commis contre les Floridiens liés au vaccin COVID-19 ».

Donald Trump a supervisé l’arrêt de l’économie américaine dans les premiers mois de la pandémie à la demande des experts en Santé publique, tandis que des gouverneurs, tels DeSantis, ont permis aux entreprises de leur État de rester ouvertes, contrairement aux directives fédérales. C’est encore Trump qui a mis Anthony Fauci et Deborah Birx – qui sont devenus les symboles de la dictature et de l’absurdité sanitaire aux yeux de nombreux électeurs du GOP – aux commandes. C’est son administration qui a recommandé un arrêt partiel de l’économie pendant deux semaines pour tenter de stopper la propagation du nouveau coronavirus au printemps 2020 quand DeSantis refusait de fermer les écoles et les entreprises.

Culte de la personnalité

Le style de DeSantis ne correspond pas à un culte de la personnalité, alors que le président Trump se présente comme LE champion toutes catégories, avec emphase et superlatifs, et le rappelle à chaque occasion, tandis que DeSantis, dans ses apparitions publiques, se présente pour le peuple.

Fraude électorale contre Woke

Trump a passé les deux années qui ont suivi son départ du pouvoir à faire une fixation sur l’élection de 2020, continuant à affirmer qu’elle était frauduleuse ou truquée contre lui.

DeSantis, quant à lui, utilise son poste de gouverneur pour être à l’avant-garde des questions de guerre culturelle, de lutte contre le mouvement Woke et la Cancel culture, qui comptent beaucoup pour les électeurs conservateurs.

  • DeSantis a soutenu une loi visant à restreindre les discussions sur le genre et la sexualité chez les jeunes écoliers,
  • Il a transporté des migrants vers l’enclave des richissimes bobos de Martha’s Vineyard (Massachusetts)
  • Il s’est opposé à l’obligation de porter un masque dans les écoles.
  • Il a également approuvé une carte du Congrès fortement favorable aux Républicains, ce qui a permis à son parti de remporter des sièges supplémentaires lors des élections de novembre.

Sondages ? Pour les gogos

Des sondages déterminant lequel des deux hommes est le préféré des électeurs pour 2024 ne cessent d’être publiés, même par des médias très respectables. Pourtant rien n’est moins respectable : 2 ans avant une élection, que peut valoir un sondage ? Je veux dire, sur une échelle de 1 à 10, la valeur d’un sondage deux ans avant une élection est égale à zéro. Zéro ! Il se passe tout le temps tant de choses, comment peut-on, dans un cerveau décent, s’imaginer qu’un sondage de 2022 ait valeur d’indication pour 2024 ! Mon conseil : quand vous entendez le mot sondage, changez de chaîne.

D’autant

Victoire vs échec

  • Le parti républicain n’a pas connu la vague rouge qu’il attendait lors des élections de novembre. Donald Trump est le chef de file de fait du GOP. A ce titre, même si, parmi les 25 candidats au Sénat qu’il a soutenus, l’Associated Press a déclaré que 17 ont été vainqueurs, ce n’est hélas pas la réalité qui compte, mais la perception. Et la perception n’est pas positive pour Trump, sur ce point.
  • En revanche, DeSantis a remporté une victoire retentissante pour sa réélection, écrasant son adversaire Démocrate, Charlie Crist, par environ 20 points. Il a même gagné dans des secteurs fortement hispaniques – je ne parle pas des régions à majorité cubaine, qui votent traditionnellement Républicain, mais des autres latinos.

Collecte de fonds

En ce qui concerne la course à l’argent, une seule chose semble claire – Trump et DeSantis auront tous deux tout l’argent nécessaire.

  • Le trésor de guerre total actuel de Trump est estimé à environ 100 millions de dollars.
  • DeSantis sort de l’une des campagnes de gouverneur les plus richement financées de l’histoire et dispose d’environ 90 millions de dollars.
  • Les deux hommes ont collecté des fonds principalement par le biais de comités d’action politique (PAC) plutôt que par leurs campagnes proprement dites.

Cependant, un article paru en novembre dans le New York Post de Rupert Murdoch, dont les médias ne soutiennent plus ni Trump ni le mouvement MAGA, indiquait que trois milliardaires new-yorkais – l’héritier des cosmétiques Ronald Lauder, le magnat de l’industrie métallurgique Andy Sabin et le PDG de Blackstone Stephen Schwarzman – avaient annoncé qu’ils cessaient de financer Trump, ce qui peut encore changer, bien entendu.

Positions politiques

  • Du fait qu’il ait engagé un processus judiciaire sur le vaccin, et qu’il ait gardé la Floride ouverte pendant la pandémie, DeSantis est souvent considéré comme plus à droite que Donald Trump. C’est une vision très partielle, dans laquelle ne se retrouvent pas trop les électeurs.
  • Concernant l’immigration illégale, Donald Trump a martelé pendant sa campagne, et a engagé les efforts dans ce sens, afin de construire un mur de séparation à la frontière mexicaine. DeSantis a envoyé – et il est connu au niveau national pour cela – les vols de migrants vers Martha’s Vineyard…
  • Après avoir été réélu, DeSantis s’est vanté, dans son discours de victoire, que la Floride était « l’endroit où le Woke allait mourir ». Trump a déclaré la guerre au politiquement correct – le mot Woke n’existait pas encore.
  • En revanche, Trump aura été le premier à dénoncer, et reste le plus puissant adversaire de la désinformation véhiculée par la presse grand public, qu’il a qualifiée « d’ennemie du peuple », et « d’industrie de la Fake News », un terme qui résonne fortement depuis la publication des Twitter Files par Elon Musk.
  • La politique étrangère est un domaine où Trump a fait ses preuves, avec brio. Trump a mis fin à la domination néoconservatrice expansionniste de la politique républicaine, réintroduisant une tendance pro-citoyen américain dans les décisions qui était pratiquement en sommeil depuis des décennies. En tant que membre de la Chambre des représentants des États-Unis, DeSantis a généralement adopté une position plus belliciste. Les deux ont critiqué l’administration Obama pour ses ouvertures à Cuba et à l’Iran.
  • DeSantis a attaqué le mouvement BDS qui cherchait à pénaliser Israël pour son traitement des Arabes, mais Trump restera le grand champion pro-israélien : c’est lui qui a déplacé l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, un symbole très fort, lui encore qui a engagé et réalisé les accords Abraham.
  • En tant que gouverneur, DeSantis a signé des décrets visant à limiter les relations commerciales de son État avec la Chine et la Russie, Trump a imposé des tarifs douaniers à la Chine, une première, il a imposé des sanctions à la Russie, a renforcé l’OTAN, incité l’Allemagne à annuler la construction d’un pipe-line avec la Russie, mais il a traité Poutine en partenaire.
  • Sur l’économie, de DeSantis pourrait avoir des difficultés à convaincre la Rust Belt : les États qui ont voté pour Obama puis Trump sont à la recherche d’un plan économique pour revitaliser leurs industries : Trump le leur avait apporté.
  • Les nouvelles réductions d’impôts de DeSantis et ses projets d’infrastructure ne représentent pas un contraste significatif avec Trump, qui a réussi partout en Amérique, là où DeSantis commence à peine. La loi de réduction de la fiscalité de 2017 reste la réalisation phare de Trump en matière économique, et il veut toujours moderniser les infrastructures (bien qu’il n’ait pas réussi à conclure l’accord sur son projet de loi majeur).

Quel est le message de DeSantis sur le modèle économique américain ? La réponse n’est pas évidente. Celle de Trump est claire.

Cependant, sur les questions qui animent le plus l’électorat lors des primaires Républicaines – l’opposition au président Biden et aux Démocrates, l’immigration illégale, la criminalité et l’insécurité, l’économie et les taxes, le rôle de l’Etat fédéral, la liberté religieuse et l’avortement, le port d’arme – il y a très peu de différences entre Trump et DeSantis.

Avortement

  • DeSantis s’est montré résolument peu enclin à demander de nouvelles restrictions à l’avortement pendant sa campagne de réélection. Bien que l’on pense qu’il soit favorable à une interdiction de six semaines, lui et son bureau ont refusé de dire quelles politiques ils essaieraient de faire passer pendant un second mandat.
  • A l’inverse, l’ancien président peut revendiquer la paternité de la Cour suprême conservatrice qui a annulé l’arrêt Roe, après avoir nommé trois juges constitutionnalistes en seulement quatre ans de mandat. Il a également exprimé de manière constante son opposition à l’avortement à la carte. Sur ce point, il se situe clairement plus à droite que son concurrent.

Alors qui ?

DeSantis est le principal rival de Trump en raison de leurs similitudes, et non de leurs différences.

Leur affrontement aux primaires, s’il a lieu, se résumera vraisemblablement à la question de savoir qui peut enflammer la base le plus efficacement – un rôle où Trump excelle – qui peut persuader le GOP qu’il peut gagner en 2024, qui saura le mieux combattre la gauche Woke.

Cela se résumera donc à une question de confiance. Qui va le mieux combattre la gauche, la désinformation, le politiquement correct, la cancel culture ? Mais l’ADN de Trump, c’est sa combativité. DeSantis a pu, en tant que gouverneur, remporter des combats contre la gauche et gagner les louanges de la droite, il n’a pas l’image du gladiateur qui enflamme les foules dans l’arène en tuant l’un après l’autre les lions avec ses mains nues.

La différence, ce sera à de DeSantis de la faire. A lui de faire ses preuves pendant les deux ans qui nous séparent des primaires : c’est lui qui devra démontrer aux électeurs qu’il représente une alternative possible à Trump. C’est lui qui devra convaincre la base MAGA qu’ils peuvent lui faire confiance sur des sujets où ils placent une confiance absolue dans l’ancien président.

Pour renverser l’actuel leader du parti républicain, DeSantis doit persuader les partisans de Trump. Il a deux ans devant lui. Deux ans où Trump ne pourra rien prouver.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.


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