Publié par Jean-Patrick Grumberg le 22 janvier 2023
100 000 manifestants de gauche contre la réforme de la justice en Israël. Pas plus ? C’est pour ça qu’ils ont perdu l’élection !

Ce n’est certainement pas avec 100 000 personnes que la gauche parviendra à convaincre que la démocratie israélienne est en danger !

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Certes, Israël est un petit pays. Mais 100 000 personnes, après la manifestation du samedi précédent, où ils affirment avoir réuni 80 000 personnes, c’est bien peu, si l’on considère le battage médiatique assourdissant, incessant, que tous les médias, toutes les chaînes de télévision et toutes les radios ont assuré toute la semaine, ajouté au talent organisationnel de la gauche, dont la droite ferait bien de s’inspirer, pour organiser des protestations publiques (je sais, la droite n’a pas son George Soros).

Avec les messages incendiaires, les prises de position radicales et les déclarations démagogiques ; avec les annonces que le gouvernement Netanyahou « détruit l’idéal sioniste », que c’est la fin « d’Israël tel qu’on le connaît », que la coalition d’extrême droite met en place « un régime totalitaire », que la « démocratie israélienne est morte », et autres messages de fin du monde disant que « la maison brûle », cette manifestation est un échec retentissant : j’attendais au moins un million de personnes, dans les rues.

Je sais, je rêve. J’oublie qu’ils ont encore une fois perdu les élections, j’oublie que les deux partis de gauche, Meretz à l’extrême gauche et le Parti socialiste Havoda, ont été éliminés de la Knesset pour le premier, et est à peine représenté pour l’autre, et j’oublie que 1977 est la dernière année où la gauche a dirigé le pays.

Voici les points clés de la réforme judiciaire du ministre de la Justice Levin

  • Un comité de la Knesset interviewera les candidats à la Cour suprême.
  • Le comité de sélection des juges sera désormais composé d’une majorité d’élus (plus de membres de la coalition majoritaire, moins de membres de l’opposition) et non plus d’une majorité de juges nommés de manière totalement opaque – dont une partie par appartenance politique à gauche.
  • Les conseillers juridiques de chaque ministère seront sélectionnés par les ministres, afin que leur tâche soit de les aider à faire avancer leur programme législatif dans le respect de la loi, et non, comme aujourd’hui, à contrer les décisions qui heurtent leur opinion politique.
  • L’annulation des lois par la Haute Cour sera réglementée.

    La Cour ne pourra plus remettre en question les lois fondamentales de la Knesset, qui sont l’équivalent israélien d’une constitution. Les tribunaux – et encore moins des juges nommés et non élus – ne doivent pas modifier la constitution, leur rôle est de l’appliquer. Seul le peuple peut changer la constitution.

    Le même débat faisait rage aux Etats-Unis, où des juges de gauche voulaient « faire évoluer » la constitution au gré des changements sociétaux, tandis que les constitutionnalistes, et ils ont raison, disent que le juge n’a pas le rôle de faire des lois, mais de vérifier qu’elles sont conformes à la constitution.
  • La Haute Cour ne pourra plus utiliser l’argument « c’est extrêmement déraisonnable », qui est le cheval de Troie politique de la gauche, pour invalider une action gouvernementale parfaitement légale ou un vote de la Knesset qui ne viole pas la constitution.

Dites-moi, en toute objectivité et sans parti-pris, là où le projet de réforme déborde du domaine démocratique pour s’enfoncer dans celui de la dictature.

Dans la rue pour le pouvoir

La gauche comprend que ces changements lui enlèveront – enlèveraient, si le gouvernement Netanyahou plie – sa domination sur le système judiciaire, sa domination sur le pays, et surtout, son combat historique contre la réalisation du sionisme.

Contrôler les décisions des gouvernements à majorité de droite, par l’intermédiaire de la justice, est leur seul moyen de contrôler encore le pays, et de forcer Israël à passer du statut « d’Etat juif » à « Etat pour tous les peuples » dont ils rêvent. C’est le seul moyen d’assurer la transition vers le « post-sionisme », une démocratie laïque sur le modèle européen, avec une immigration massive, et la relégation de la religion à la sphère privée.

Seul petit problème : leur message ne passe pas. Leur projet de société, les Israéliens n’en veulent pas. Leur électorat diminue encore et encore.

Quand des gens qui ne leur ressemblent pas (la gauche israélienne est essentiellement ashkénaze), avec des valeurs qui ne sont pas les leurs, dirigent le pays, la seule façon pour la gauche de les arrêter serait par les urnes, ce qu’elle ne peut plus faire.

Ils étaient 100 000, parce que la gauche ne survit qu’avec l’aide des médias, de l’académie et des arts. En face, ils sont 2,3 millions à avoir voté pour la réforme de la justice.

Je n’aimerais pas être à leur place, aujourd’hui. Ils s’apprêtent à perdre le peu de pouvoir qu’ils avaient soigneusement, patiemment et vicieusement capturé : les institutions.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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