Publié par Hélène Keller-Lind le 21 janvier 2023
Israël : un nouveau gouvernement, une attaque du Crif

29 décembre 2022, première réunion du Cabinet du 37ème gouvernement israélien.

Ému, Benyamin Netanyahu déclare : « c’est la sixième fois que je forme le gouvernement d’Israël. Je note que je commence ma seizième année en tant que Premier ministre d’Israël. » Il évoque « la grande confiance que le peuple d’Israël nous fait…, la responsabilité » qui est celle de son gouvernement, « une équipe excellente, avec des personnalités exceptionnelles, avec un grand sens de leur mission et qui travailleront pour tous les citoyens d’Israël. » Et « une vision commune de ses ministres. »  Il décline ensuite les quatre buts principaux de son gouvernement :

« En premier lieu bloquer l’Iran, une question existentielle…

Ensuite restaurer la sécurité et la gouvernance au sein de l’état d’Israël.

Troisièmement traiter la question du coût de la vie et celle du logement.

Quatrièmement, et c’est faisable, étendre considérablement le cercle de la paix. »

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La composition de ce gouvernement n’a pas été aisée, mais le système électoral israélien y est pour beaucoup dans ce type de difficulté. Surtout que les partis centristes ont refusé la main tendue de Benyamin Netanyahu.

Si le Premier ministre dit avoir croisé des gens heureux et souriants en se rendant à cette première réunion, ce qui est vrai pour la majorité l’ayant une nouvelle fois porté au pouvoir, il y ce jour-là aussi bien des déçus. En Israël, mais c’est là le jeu démocratique, mais aussi au sein de la diaspora. La France ne faisant pas exception. D’autant que la plupart des représentants officiels de la communauté juive, réunis sous l’égide du Crif, sont plutôt, soit macronistes, soit de gauche. Ce que l’on a pu constater notamment lors de la dernière élection présidentielle en France. Avec, entre autres, des charges particulièrement violentes contre Éric Zemmour accusé d’être « d’extrême-droite »…*

Un Grand Entretien à charge

Ainsi donc, ne perdant pas de temps, quelques jours à peine après l’arrivée au pouvoir de Benyamin Netanyahu, le Crif réalise un Grand Entretien publié le 11 janvier 2023 *, donnant la parole à Frédéric Encel, spécialiste reconnu en géopolitique et en relations internationales, avec l’accent sur Israël et le Proche-Orient, auteur de nombreux ouvrages, initiateur et organisateur des Assises Nationales contre le négationnisme. On citera notamment la 6è édition de son « Atlas géopolitique d’Israël » (Autrement) qui paraîtra bientôt, et la 2ème édition de sa « Géopolitique du sionisme » qui est disponible (À Colin).

Nombre de sujets sont évoqués. Dont Israël avec cette question que l’on peut qualifier de « suggestive », dans le droit fil de la pensée du Crif : « en Israël, le gouvernement s’est fortement droitisé, il a même intégré une composante d’extrême droite. »

Si la première partie de  la réponse de Frédéric Encel était parfaite, sa chute, le terme utilisé, en heurta plus d’un : « Sur l’État hébreu, ce qui me préoccupe plus que la droitisation et le nationalisme – après tout, un nationaliste fervent, Begin, fit la paix avec l’Égypte, et un autre, Sharon, évacua toute la bande de Gaza – c’est la voyoucratie. » Un terme très fort…

Le géopolitologue désigne alors trois ministres. D’abord Smotrich et Ben Gvir, qu’il accuse d’avoir « tenu des propos et commis des actes tout à fait répréhensibles aux yeux de la loi israélienne » – on aimerait savoir de quoi il s’agit et si condamnations il y a eu – et de n’avoir ‘‘strictement aucune compétence… » – mais serait-ce la première fois que des ministres n’ont aucune compétence, en Israël ou ailleurs ? –  Il incrimine ensuite : « Arié Derhy déjà lourdement condamné dans l’exercice de ses fonctions ministérielles et à nouveau mis en examen ». Cela ayant été écrit avant que la Cour Suprême israélienne ne décide de lui interdire de prendre ses fonctions. Mais ceci est une autre histoire en cours. Nominations qui, selon le géopolitologue « seraient contraires à l’État de Droit ». Ce qu’on s’explique mal, le résultat des élections n’étant pas contesté.

Il poursuit sa réflexion, jugeant que « jamais nulle part la voyoucratie n’est positive » et que cela est « fâcheux non seulement pour la santé des institutions démocratiques mais aussi du point de vue de la relance, – à mon avis nécessaire –, d’un processus de négociations israélo-palestinien. » Ceci étonne car le « processus de paix » est au point mort depuis des lustres, on le sait, mais aussi qu’on ne peut en faire le reproche à Israël. Car le président de l’Autorité palestinienne a refusé toute proposition de paix faite à ce jour, notamment celle que lui a faite Ehud Olmert, alors Premier ministre. Il lui proposait pourtant la totalité de ce que le dirigeant palestinien disait vouloir, allant même au-delà…* Le seul réchauffement constaté concernant la situation avec les Palestiniens étant une augmentation préoccupante des attaques terroristes résultant d’une incitation à la violence de la part de tous les dirigeants palestiniens, Abbas n’étant pas en reste…*

Des accusations de taille quelques jours à peine après l’arrivée de ce gouvernement…

Pour aller plus loin

Dans une conversation ayant fait suite à cette publication, Frédéric Encel nous précisait : « : Israël, justement car authentique démocratie, doit échapper au risque de la voyoucratie existante dans son environnement et dans maints autres États…. Quand Kahana parlait à la Knesset, le nationaliste et ancien chef du Lekhi sortait ; et de grands personnages israéliens ou amis US d’Israel contemporains insoupçonnables de gauchisme ou d’inimitié le disent avec bien plus de sévérité que moi… Quant au processus de paix, il est nécessaire et je rappelle qu’après Ben Gourion en 47, même Netanyahou a dit publiquement que la perspective était celle d’un État palestinien démilitarisé aux côtés d’Israël (2009). »

Précisions qui surprennent quelque peu car comment pourrait-on comparer ce qui se passait ou se disait il y a des années à la situation actuelle, surtout dans le contexte du Proche-Orient…On note que rien de positif n’est dit de ce Premier ministre alors qu’il a mené Israël à une certaine prospérité, un « Âge d’Or » dans un environnement des plus difficiles ou signé des Accords d’Abraham très positifs, réalisés en partie mais aussi en devenir. On notera toutefois une inflexion à propos d’une quelconque « voyoucratie » qui ne serait plus ici qu’un risque…Alors que ce terme s’appliquerait parfaitement à la direction palestinienne, quelle qu’elle soit et dont on peut regretter qu’il n’ait pas été mentionné à son égard, seul Israël étant critiqué…

Un gouvernement au travail

Par ailleurs, dans les six premiers jours depuis son entrée au pouvoir Benyamin Netanyahou s’est notamment entretenu avec le Président ukrainien à propos de ses votes ou abstentions à l’ONU concernant des résolutions anti-israéliennes. Résolutions que le Premier ministre a condamnées par ailleurs – à ce propos les votes négatifs ou abstentions de la France sont à noter -. Le ministre du Tourisme a annoncé le développement d’une région touristique, Benyamin Netanyahou s’est entretenu avec le Président égyptien El Sisi, avec le directeur du Mossad, avec le le Président Mohammed Ben Zayed des EAU, a adressé ses condoléances au monde chrétien pour la mort du Pape Benoît XVI « qui œuvrait pour la réconciliation entre l’Église catholique et le peuple juif, parlait de nos valeurs communes ». Il  a rencontré le Procureur général, Gali Baharav-Miara,  le chef d’État-major Avi Kochavi, nommé des responsables dans les services de sécurité, rappelé que le statut quo était et serait respecté sur le Mont du Temple, lieu instrumentalisé par les Palestiniens et leurs soutiens, réuni un comité ministériel de sécurité pour examiner la réponse à donner à l’Autorité palestinienne qui a décidé de mener une guerre légale et politique contre Israël, avec prise de mesures appropriées, le ministre de la Défense s’est entretenu avec son homologue américain. Contacts avec l’université Ben-Gourion, celle de Tel Aviv et son nanosatellite, de Bar Ilan ou le Technion. Une liste non exhaustive.

Les rencontres, se sont multipliées depuis. Il faut citer encore le 19 janvier l’arrivée importante de Jack Sullivan, conseiller à la Sécurité nationale américaine, envoyé par le président Biden. Ce gouvernement est au travail *. On n’aura noté aucune voyouterie.

Post scriptum

On regrette vivement que cet entretien avec le Crif ait provoqué des insultes ou menaces envers Frédéric Encel. Critiquer, contester, est légitime. Mais insulter, voir menacer, est inacceptable et a conduit à des dépôts de plainte.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Hélène Keller-Lind pour Dreuz.info.

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