Publié par Gertrude Lamy le 21 janvier 2023
Les ingérences d’Amnesty International en Hongrie. Deuxième partie

Source : OJIM

Ce que les médias de grand chemin français ne vous diront jamais

Amnesty International (AI), c’est ce mastodonte au budget annuel de plus 300 millions d’euros distribuant les bons et les mauvais points sur la scène internationale en matière de droits de l’homme et gardant les totems de la bien-pensance. En Hongrie, cette ONG est très active aux cotés de l’ambassade des États-Unis à Budapest contre le gouvernement de Viktor Orbán. En toute indépendance et au nom de la Démocratie, bien sûr ! Aujourd’hui, la branche hongroise de cette organisation est accusée par d’anciennes employées de discrimination et de harcèlement. En Hongrie, cette ONG est tout sauf dormante, à tel point qu’il n’est pas exagéré de se demander si ses activités ne peuvent pas être qualifiées d’ingérence. La deuxième partie de notre enquête.

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Au pays de Viktor Orbán tous les coups sont permis

Depuis le Paris bobo sous perfusion Médiapart-Libération-StreetPress, on imagine la Hongrie comme étant un pays fermé sous la coupe d’un homme aux ordres de son commanditaire Poutine. Il n’en est évidemment rien : les nouvelles générations urbaines sont biberonnées par des médias hongrois wokistes et orbanophobes, la capitale est dirigée depuis 2019 par une sorte de Hidalgo hongrois masculin qui, pour à peine caricaturer, voudrait faire de Budapest un safe-space LBGT interdit aux voitures, alors que les ONG d’obédiences bruxelloise et anglo-américaine disposent de la même liberté dans leurs activités qu’en Europe de l’Ouest.

Cette liberté d’activité des ONG en Hongrie concerne aussi une des plus influentes d’entre elles au niveau mondial, Amnesty International. Dans un quartier cossu de Budapest, à deux pas du Parlement, cette ONG dispose d’une section hongroise de plus de trente collaborateurs. Cette équipe a officiellement une casquette de défenseur des droits, mais la satisfaction que lui procure son glorieux combat en faveur des personnes lésées a tendance à lui monter à la tête et à lui donner d’autres idées. En Hongrie, AI se sent pousser des ailes et met le pieds dans le plat politique sans sourciller. Cette organisation est en première ligne de l’agit-prop anti-Orbán et son affiliation politique ne fait pas l’ombre d’un doute. La directrice adjointe d’AI Budapest, Edit Zgut-Przybylska, ne fait pas grand mystère de ses opinions politiques et s’en ouvre d’ailleurs sur le site de la fondation Heinrich Böll, affiliée aux Verts allemands, qui collabore par ailleurs avec le Courrier d’Europe centrale.

Amnesty en tête de cortège des manifestations

En octobre 2022, des manifestations d’enseignants et d’étudiants se sont tenues à Budapest et dans plusieurs villes de province pour demander une meilleure rémunération des professeurs et de meilleures conditions de travail. Ce mouvement s’est bien installé et il est vrai que certaines demandes des manifestants étaient incontestablement légitimes, les enseignants n’ayant pas bénéficié d’augmentation de leur traitement depuis belle lurette, alors que l’inflation en Hongrie caresse les 40% sur les produits alimentaires. D’ailleurs certains membres de la majorité gouvernementale avaient alors pris position pour des augmentations, qui devraient finalement intervenir sur les années 2023 et 2024.

Une fois la légitimité de ces manifestations actée, la forme sous laquelle elles ont lieu peut néanmoins interroger. En réalité, elles étaient bien plus que de simples revendications du corps enseignant et avaient tout l’air d’un mouvement destiné à déstabiliser le gouvernement Orbán. Ces manifestations ont bien sûr fait l’objet d’une récupération de la part des adversaires politiques du Premier ministre hongrois, qui savent pertinemment que leur chance d’accéder au pouvoir par les urnes sont réduites du fait de leur division, et de leur incapacité à porter un projet alternatif autre que celui consistant à vociférer contre Orbán. Mais cette récupération ne saurait être suffisante, tant l’opposition hongroise suinte l’amateurisme.

Place donc aux professionnels : Amnesty International était à la manœuvre dans les rangs des manifestants. Son personnel est formé, il sait comment sonder un mouvement, le manipuler, le canaliser pour le faire prendre, décupler de sa forcer, et pourquoi pas, entraîner des remous politiques irréversibles. Une autre ONG, Action for Democracy, a quant à elle, selon l’aveu de l’ancien candidat de l’opposition unie, permis de proposer une aide financière, dès septembre, aux enseignants qui se verraient licencier pour désobéissance civile. Notons que c’est cette même ONG américaine qui a mis la main à la poche pour financer la campagne de l’opposition aux législatives d’avril 2022 à hauteur de plus de 7 millions.

La méthode « non-gouvernementale » de déstabilisation

Encadrer des manifestants, les couvrir financièrement, financer la campagne électorale d’opposants à un gouvernement, etc. En bon français, il faudrait appeler cela une ingérence. Oui, sauf qu’aux manettes on ne trouve pas directement un ou des États étrangers, mais des organisations juridiquement non-gouvernementales. Certes, les sources de financement de campagne électorale sont en Hongrie aussi encadrées, et l’affaire Action for Democracy fait l’objet d’une enquête. Mais pour ce qui est du reste, les activités des ces ONG en Hongrie sont légales et ne peut être directement qualifiées d’ingérence sur le plan juridique.

On touche là au cœur d’une méthode bien répandue dans les pays post-socialistes : la méthode de la révolution orange, la méthode du Maïdan. N’en déplaise aux adeptes de discrédit jeté par le qualificatif « complotiste », ces procédés sont employés depuis deux décennies et ont été théorisées en 2015 par l’activiste serbe Srdja Popovic dans un ouvrage intitulé Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes (« Blueprint for Revolution » dans son original anglais). Il s’agit des principes tactiques des réseaux Otpor, qui ont joué un grand rôle dans la chute de Slobodan Milošević. Ces méthodes sont en bonne partie dues au politologue américain Gene Sharp, surnommé le « Machiavel de la lutte non-violente » ou le « Clausewitz de la guerre nonviolente ».

Ces procédés sont ouvertement assumés par l’ONG fondée par Popovic, le CANVAS (Centre pour les actions et stratégies non violentes appliquées). Or, qui tient les finances de cette brave entreprise de salut public ? L’Open Society de George Soros, bien sûr, mais aussi l’International Republican Institute et la Freedom House. Popovic est d’ailleurs, selon WikiLeaks, un ancien employé de la firme de renseignement américaine Stratfor, un bras de la CIA, alors que le travail d’Otpor était financé par la National Endowment for Democracy, une émanation des services américains, qui met aussi la main à la poche pour financer AI  La boucle est bouclée !

AI se place clairement dans cet héritage d’agitation orchestrée par les services américains sous couvert d’action non-gouvernementale. Mais attention, il ne faudrait pas penser que ce genre de mouvement est susceptible de naître du néant. Popovic insiste d’ailleurs sur ce point dans son ouvrage : l’organisation d’un mouvement — comprendre sa manipulation au service d’intérêts américains et/ou mondialistes — doit s’appuyer sur des revendications bien réelles dans la société du pays concerné. Force est de constater qu’au vu de la situation économique et internationale, ces revendications réelles ne risquent que d’augmenter dans les mois à venir en Hongrie. Il y aura ainsi plus de points d’entrée pour ces actions proxy destinées à faire chavirer le gouvernement Orbán, qui a bien une peur bleue qu’un « Maïdan hongrois » ne se produise. Une ambiance que reflète bien un article, paru en octobre en pleine période de gronde des enseignants, de Márton Békés, un historien proche du gouvernement hongrois, au titre sans détour : Államcsínytevők, à traduire par « Les putschistes » ou « Les faiseurs de coups d’État ».

Quand Amnesty pose avec l’ambassadeur US à Budapest

Deux jours après la manifestation du 23 octobre 2022, l’ambassadeur des États-Unis en Hongrie, David Pressmann, accueille dans son bureau trois personnalités hongroises de ce que la bien-pensance nous demande d’appeler la « société civile » : Stefánia Kapronczay, directrice de TASZ Hongrie (une association hongroise de défense des droits dont la majeure partie des fonds provient de l’étranger), András Kováts, directeur du Menedék Migránsokat Segítő Egyesület (une association de défense des migrants) et Dávid Víg, directeur d’AI Hongrie.

Source : page Facebook US Embassy Budapest.

Faut-il avoir le cerveau malade pour voir dans cette rencontre des obligés venant prendre leurs ordres dans les quartiers de leur maître ? Deux jours après la date anniversaire de la révolte de 1956, il s’agissait peut-être d’une discussion détendues entre amateurs d’histoire sur la manière avec laquelle les Américains ont sans trembler laissé tomber ces braves insurgés hongrois de 1956 après les avoir chauffé à blanc et encouragé à aller au carton avec les colons moscovites.

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