Publié par Jean-Patrick Grumberg le 7 janvier 2023
L’Iran ferme un institut français pour protester contre les caricatures de Khamenei dans Charlie Hebdo

L’Iran a annoncé jeudi la fermeture d’un institut de recherche français basé à Téhéran en signe de protestation contre les caricatures du guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, publiées par l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo.

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«Le ministère met fin aux activités de l’Institut français de recherche en Iran comme première étape », a déclaré le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué, un jour après que Téhéran ait averti Paris des conséquences.

La réaction de l’Iran est difficile à comprendre. Lorsque je lis la presse française, Khamenei est présenté comme un « conservateur ». Je ne peux pas supposer que les médias mentent ou diffusent de la désinformation.

D’ailleurs, bien que le pays soit secoué par plus de trois mois de protestations déclenchées par la mort en détention, le 16 septembre, de Mahsa Amini, 22 ans, une Kurde iranienne arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire pour les femmes, la répression n’a fait que 476 morts lors des manifestations.

Charlie Hebdo, donc, que l’islam, décidément, gratouille chatouille et irrite, a recommencé, alors que tous les médias français se taisent. Ils avaient déjà menti en clamant « Je suis Charlie » – cette fois c’était bien réel et documenté, puisqu’aucun, à l’époque, n’avait repris la Une de Charlie en signe de solidarité.

Mercredi, les caricatures de Khamenei, en soutien aux protestations, faisaient l’objet d’une édition spéciale pour marquer l’anniversaire de l’attaque terroriste de 2015 contre son bureau parisien, qui a fait 12 morts, dont certains de ses dessinateurs les plus connus, dont mon ex-patron et ami, Georges Wolinsky. Pendant ce temps, Amnesty International soutient que les femmes doivent être voilées. C’est la diversité.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a réagi en déclarant sur Twitter :

 » L’acte insultant et indécent d’une publication française qui a publié des caricatures contre l’autorité religieuse et politique ne restera pas sans réponse efficace et décisive ».

Voilà un Etat conservateur. Et Israël est un Etat terroriste.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a également convoqué l’ambassadeur français Nicolas Roche mercredi, pour lui faire part de son incompréhension qu’une presse libre, et une relative liberté d’expression, puissent exister.

 » La France n’a pas le droit d’insulter le caractère sacré d’autres pays et nations musulmans sous le prétexte de la liberté d’expression », a déclaré Nasser Kanani, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Autrement dit : oui à la liberté d’expression, tant qu’elle se plie à la liberté que nous lui accordons. Voilà une définition conforme aux exigences de la gauche française et américaine. Et des médias. Et des soi-disant organes de fact-checking. Entre autres.

L’IFRI, affilié au ministère français des Affaires étrangères, est un institut historique et archéologique fondé en 1983 après la fusion de la Délégation archéologique française en Iran et de l’Institut français d’iranologie à Téhéran. Que fait-il de l’argent dont les contribuables français l’arrosent ? La liberté d’expression ne va pas aussi loin, passez-votre chemin.

Situé dans le centre de Téhéran, il avait été fermé pendant de nombreuses années, mais a été rouvert sous la présidence 2013-2021 du président modéré Hassan Rouhani, en signe de réchauffement des relations bilatérales. Les Français, d’ailleurs, ont tellement senti ce réchauffement qu’ils ont imposé des taxes nouvelles aux citoyens pour lutter contre le changement climatique. Qui avait besoin d’un réchauffement de plus dans cet enfer en devenir ?

Ne montrons pas notre soutien

Charlie Hebdo est un média que beaucoup détestent. C’est cependant le seul qui fait la démonstration de ce à quoi sert la liberté d’expression, que les opposants considèrent comme une provocation inutile.

Le directeur de Charlie Hebdo, Laurent Sourisseau, dit Riss, a écrit dans un éditorial que les caricatures sont « une manière de montrer notre soutien aux hommes et aux femmes iraniens qui risquent leur vie pour défendre leur liberté contre la théocratie qui les opprime depuis 1979 ».

À Washington, le porte-parole du département d’État, Ned Price, interrogé sur cette affaire mercredi, a déclaré que les États-Unis étaient « du côté de la liberté d’expression », que ce soit « en France, en Iran ou ailleurs » – ce qui est mensonger, puisque les Twitter Files ont révélé que l’administration Biden a réclamé que des centaines de milliers de comptes Twitter soient censurés.

Khamenei est nommé à vie. Toute critique à son égard est interdite en Iran. Les journalistes français respectent cette interdiction. C’est pourquoi il est décrit comme « conservateur » tandis que Benjamin Netanyahou est un dirigeant « d’extrême droite », et Itamar Ben Gvir, un « suprémaciste juif ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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