Publié par Abbé Alain René Arbez le 22 janvier 2023
Pêcheurs d’hommes

En ce temps annuel de prière pour l’unité des chrétiens, la parole de Dieu se place au centre de toutes nos démarches.

En effet, éclairés par la même Parole de Dieu, les chrétiens de toutes les Eglises croient qu’au matin de Pâques Jésus a vaincu le mal, la mort et tout ce qui détruit l’homme : cela signifie qu’il y a devant nous une grande espérance, malgré le poids historique des hostilités et des incompréhensions dont parle l’apôtre Paul dans son épître. Pour parler d’une même voix à notre monde déchiré, il nous faudra donc – comme à Pâques – rouler la pierre de la fatalité et de la résignation. C’est-à-dire enlever ce qui obstrue l’arrivée de l’aurore pascale jusqu’à nous, laisser nos découragements au tombeau, afin que se lève cette lumière libératrice qui ressuscite notre témoignage commun autour de l’essentiel! La révélation du Dieu d’amour…

C’est bien le sens des évangiles du temps ordinaire : l’Esprit de Dieu communiqué par le Christ – vainqueur du mal et de la mort – vient nous transformer, nous rapprocher du cœur aimant de Dieu. Alors, que retenir du message de ce dimanche? Nous voyons que Jésus reprend le flambeau de l’annonce du Règne de Dieu, après l’emprisonnement de Jean Baptiste par le roi Hérode. Jésus annonce que les temps nouveaux sont là, à portée de mains. Il faudra donc acquérir de nouveaux comportements, pour ne pas rater la nouvelle étape de l’histoire qui s’ouvre dans ces derniers temps.

Et c’est en vue de ce programme de vie que dans la foulée, Jésus appelle des jeunes gens courageux, pêcheurs professionnels sur le lac Kinnereth (Tibériade), à devenir disciples. Jésus – dont le nom même signifie « Dieu sauve », habite un hameau appelé Kapher-Nahoum c’est à dire « Le hameau du Consolateur » – appellation qui correspond bien à la mission qu’il a reçue du Père ! Alors, il propose à Simon et André, puis à Jacques et à Jean de faire équipe avec lui. Il leur offre pas moins que de devenir pêcheurs d’hommes. Habituellement ils pêchent du poisson, qu’ils retirent du lac avec leurs filets, même en pleine nuit, quel que soit le temps, au risque de leur vie, c’est leur métier. Cette fois-ci, Jésus leur demande de venir avec lui pour tendre la main à des êtres humains qui se noient, submergés par les difficultés de la vie, et qui pourraient devenir de véritables naufragés de l’existence. A l’époque, on se représente la mer comme le lieu symbolique des puissances maléfiques qui menacent nos vies. C’est pour cela qu’après la résurrection, les évangélistes représentent Jésus vainqueur qui marche sur les eaux.
Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle ! Alors que les contemporains de Jésus et nous aujourd’hui nous sommes assaillis chaque jour de mauvaises nouvelles, voici un message d’espérance qui tranche avec la morosité et le désespoir. Un message qui mobilise, car pour concrétiser l’appel à devenir pêcheurs d’hommes, les quatre Galiléens laissent tout en plan et ils suivent Jésus : aussitôt, ils le suivent, précise le texte pour souligner l’urgence de la situation. Aussitôt.

Ils ont en effet tout quitté pour suivre Jésus, métier, barque, filets, famille, compagnons de route…. Ils ont voulu partager sa passion du royaume de Dieu, sur un coup de cœur, ce qui prouve qu’ils accordaient une fiabilité sans limites à la parole du Maître. En abandonnant leur métier pour l’évangile, ils n’ont pas demandé si leur niveau de vie serait garanti, ils n’ont pas exigé une assurance tout risque en cas de troubles publics. Ils ont misé leur engagement volontaire exclusivement sur la relation de confiance avec Jésus. Aussitôt, ils le suivirent…Comment ce message d’appel peut-il nous mobiliser aujourd’hui, au sein de nos communautés, dans nos efforts pour témoigner d’une même voix dans cette société en crise de valeurs ? C’est vrai, en considérant l’urgence du message lancé par Jésus, nous constatons combien nous sommes ralentis par nos préoccupations d’organisation ecclésiale, ou par nos inquiétudes personnelles, et même par nos soucis légitimes…

Et voici un appel qui nous remet en face de notre vocation de baptisés, en nous rendant attentifs aux situations humaines qui nécessitent un appui spirituel puissant et adapté. Pour poser les jalons du Royaume, et pour susciter des vocations, Jésus a prolongé à sa manière le cri de Jean-Baptiste, l’appel à la conversion, qui reprenait celui des prophètes. Il s’agit de se donner les moyens de vivre l’alliance avec Dieu.

D’où la prise de conscience proposée par Jésus : s’il est retiré en Galilée, ce n’est pas seulement en raison des dangers autour de Jérusalem à cause des complices des Romains. Car soucieux des brebis perdue de la maison d’Israël, Jésus mesure lucidement l’ambiguïté de l’environnement multiculturel de cette province du nord, appelée « Galilée, carrefour des nations païennes ». C’est un milieu en effet très mélangé suite à des migrations, et dans cette province, les membres de l’alliance côtoient au quotidien des adeptes de croyances superstitieuses et idolâtriques. Par conséquent les commandements bénéfiques du Dieu vivant sont battus en brèche par des religions venues d’ailleurs et qui violentent la dignité humaine par leurs pratiques malsaines.

C’est pour ce motif que – même s’il respecte toujours les personnes, quelles qu’elles soient – Jésus n’accorde aucune valeur à ces conceptions de l’existence bâties autour de faux dieux. Il en connaît trop bien les illusions et les dérives générées par ces croyances, et face à ce multiculturel, nous voyons qu’il ne veut pas relativiser les engagements de la foi au Dieu d’Israël, mais qu’au contraire, il cherche à les renforcer. Et à ce sujet, Jésus serait sans doute surpris de nos complaisances modernes dans ce domaine, avec la confusion qui règne sous prétexte de tolérance ou de dialogue. « Sur les ténèbres du pays de Nephtali et Zabulon, une lumière resplendit »…en effet, hier comme aujourd’hui, les « ténèbres » correspondent à la menace diffuse qui plane sur le peuple des croyants.

S’il est question de l’ombre de la mort, c’est que l’enjeu est vital, car seule la Parole inspirée engage à respecter à la fois Dieu et les êtres humains. Elle seule peut produire de bons comportements personnels et engendrer ainsi lumière et vie dans la vie commune de tous. Ce règne de Dieu que Jésus proclame à contre-courant des mentalités de son temps, et sans doute du nôtre, c’est précisément le monde à venir pour lequel il embauche des disciples au bord du lac. Pour cette cause ultime, Jésus ira jusqu’à donne sa vie par fidélité au Père. « Alors, laissant tout, ils le suivirent… » Jésus n’est pas seulement celui qui enseigne, il est celui qui appelle à la vie engendrée par le Père. On retrouve clairement ici un écho du premier commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus tout et tu ne suivras que lui seul ». On voit ainsi le sens profond que revêt le fait de suivre Jésus. Aujourd’hui, c’est le monde entier qui est devenu le « carrefour des nations ». Avec la même ambiguïté de mélanges des genres qui sévissait du temps de Jésus, et les risques que cela implique dans la déroute des jeunes générations, qui n’ont plus de repères et de critères. De nos jours, dans nos sociétés occidentales où les anciens supports culturels de la foi se sont effacés, il nous revient d’avoir du discernement et de faire passer le message, de faire apparaître clairement la vision biblique de l’être humain avec son espérance et ses valeurs éthiques incomparables.

Il nous faudra nous aussi, à l’appel de Jésus, faire comme les pêcheurs de Galilée: abandonner les filets rassurants de nos habitudes passées, laisser tomber les embarcations routinières des anciennes facilités, et nous mettre à la suite exigeante du Maître. C’est ainsi que nous chercherons à traduire les valeurs du Royaume de Dieu. Conscients des ambiguïtés redoutables du monde actuel, nous irons pacifiquement à la rencontre de ceux et celles qui aujourd’hui attendent une heureuse nouvelle dans leur vie, afin qu’elle devienne plus digne et plus humaine. Amen

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