Publié par Guy Millière le 19 avril 2023
La Russie en chute libre

Je parcours régulièrement la presse française.

Il arrive parfois que j’y trouve des informations dignes de ce nom. J’y trouve aussi, bien trop souvent, des articles ineptes. Certains d’entre eux sont ignobles. D’autres prêtent à sourire. C’est le cas d’un article que j’ai lu voici peu.

Le titre était “Pourquoi la Russie a déjà gagné économiquement”. Il est possible d’écrire quelque chose de plus stupide, mais il faut faire un effort pour cela, et même un très gros effort.

Il existe en France au sein de la droite nationale un aveuglement dans le regard porté sur la Russie qui est pour le moins aussi puissant que l’aveuglement dans le regard que les communistes les plus fervents portaient sur l’Union Soviétique au temps de Joseph Staline.

Les communistes en 1950 décrivaient l’économie soviétique comme extraordinairement performante, et les citoyens soviétiques comme construisant le socialisme dans la béatitude. Pour les communistes des années 1950, les camps de concentration soviétiques n’existaient pas. Ce discours consternant a persisté, à peine atténué, jusqu’à l’effondrement de l’Union Soviétique quand bien même il avait reçu, avant que l’effondrement vienne, beaucoup de plomb dans l’aile.

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Aujourd’hui, la droite nationale française est prête à parer Vladimir Poutine de toutes les vertus et à présenter la Russie comme un pays efficace, dynamique, riche, avec lequel des pays européens auraient dû s’allier au lieu de se tourner vers l’horrible ”empire américain ». Jusqu’au déclenchement de l’agression russe contre l’Ukraine, on pouvait entendre des propos disant qu’il faudrait à la France un homme d’Etat tel que Poutine. On pouvait même lire des articles disant que Vladimir Poutine était l’incarnation des valeurs éthiques du christianisme. Et bien sûr, la Russie était présentée comme un pays dont les ressources étaient mirifiques.

Quasiment plus personne en France n’ose présenter aujourd’hui Poutine comme un homme d’Etat remarquable, ou tout au moins quasiment plus personne ne le fait explicitement : dire que Poutine n’a pas subi une débâcle aux portes de Kiev ne peut être fait désormais que par des gens qui entendent faire carrière dans la comédie burlesque.

Présenter Poutine comme un chrétien et un rempart contre l’esprit décadent censé imprégner le monde occidental se fait encore, mais ceux qui tiennent de tels propos savent que les crimes atroces qui ont valu à Poutine d’être l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime de guerre peuvent difficilement être qualifiés d’actes chrétiens, et savent aussi qu’il vaut mieux ne pas parler du tout de la débauche qui règne chez tant d’oligarques amis de Poutine et de la déchéance de la population russe, au sein de laquelle l’alcoolisme extrême fait que les hommes russes ont une espérance de vie inférieure à celle des habitants du Zimbabwe.

On ose présenter, en France, la Russie comme économiquement saine. Et là, il faut beaucoup d’imagination pour le faire, et il faut prendre les discours sur l’économie russe émanant du Kremlin pour des discours fiables (des économistes prétendant être sérieux le font, je sais).

La Russie est, je l’ai déjà dit et je dois le répéter, un pays qui a une industrie déficiente, incapable de produire des marchandises exportables, sinon des armes qui, au vu de ce qui se passe sur le front ukrainien, vont vite cesser d’apparaitre comme du matériel de premier choix (et même dans le secteur de l’armement, la Russie a de plus en plus de mal à produire, ce qui la conduit à utiliser en Ukraine du matériel obsolète datant des années 1950).

La Russie produit essentiellement du gaz et du pétrole, donc des matières premières énergétiques, ce qui en fait une économie du tiers-monde. Elle ne vend peu ou prou plus de gaz ou de pétrole au monde occidental, et ce qu’elle vend à la Chine et à l’Inde l’est à des prix trente pour cent inférieurs à ceux que payaient les pays européens, et en des quantités bien moindres. L’entretien en Russie des sites d’extraction de gaz et de pétrole était effectué par des entreprises américaines, ce qui signifie qu’il n’y a plus d’entretien et que des détériorations commencent à survenir.

La plupart des ingénieurs qualifiés et des informaticiens que la Russie comptait ont quitté le pays depuis le début de la guerre et sont en Géorgie, en Turquie ou en Europe.

Les réserves de devises du pays fondent aussi vite que la neige au Sahara.

Et si je parlais de démographie, ce qui resterait à dire deviendrait tragique : la dénatalité russe est aussi forte que celle qui touche l’Europe occidentale, mais se trouve désormais aggravée par le nombre de morts russes, tombés comme chair à canon en Ukraine. La main d’œuvre manque dans un nombre croissant d’entreprises russes : ceux envoyés au front ne sont plus à leur poste de travail et la plupart n’y reviendront pas.

La Russie était en déclin. Depuis la guerre, ce déclin devient chute libre. Que des gens qui se prétendent pro-russes ne le voient pas est pathétique et lamentable.

Les propagandistes russes qui parlent à la télévision d’Etat commencent eux-mêmes à préparer les esprits de la population à la défaite de la Russie.

Les propagandistes pro-Poutine en France vont bientôt être plus propagandistes que les propagandistes russes. Cela prêterait à sourire si ce n’était grotesque et tragique.

Poutine aura réussi à ruiner l’économie russe, à détruire la population russe, à faire de la Russie un paria international et à se retrouver dans une situation où il doit faire allégeance à Xi Jinping, qui entend racheter la Russie en solde.

Poutine prend des précautions pour ne pas être éliminé. Nombre de ceux qui le contestent tombent par une fenêtre ou meurent empoisonnés, mais des rumeurs insistantes disent que certains préparent son élimination. Ces rumeurs semblent crédibles. Un dictateur qui perd une guerre est le plus souvent un dictateur qui perd le pouvoir. Je l’ai déjà dit. Je le redis.

La divulgation de documents classés secret défense par un jeune Américain qui y a eu accès, et qui va sans doute passer le reste de sa vie en prison, montre que les services du Pentagone doutent de la possibilité d’une victoire de l’Ukraine. (Ces documents, je le souligne, ont été, pour une partie d’entre eux, falsifiés : ils ont circulé sur le net, la Russie y a eu accès, et a procédé à des falsifications. Le nombre de morts russes qui figure sur l’un des documents -qui n’est plus le document original-, 17.000 environ, est totalement fantaisiste et doit être multiplié par douze pour s’approcher de la réalité, et l’ensemble de documents dont on parle sont les documents tels qu’ils circulent sur le net, pas la copie des documents originaux).

Il est clair que la lenteur des livraisons de matériel indispensable à l’armée ukrainienne par l’administration Biden rend la situation plus âpre pour l’Ukraine, et il est clair aussi que l’administration Biden ne veut pas d’une victoire pleine et entière de l’Ukraine. Le lamentable Général Milley, l’un des hommes qui ont trahi Trump, l’a fait comprendre il y a quelques semaines.

Ce qui doit être dit clairement, avant que la contre-offensive ukrainienne ait lieu, et s’enclenche, en mai ou en juin, quand l’armée ukrainienne considèrera qu’elle est prête, est que la Russie a déjà perdu. Je l’ai déjà dit et je dois le redire. L’offensive d’hiver de l’armée russe (largement menée par le groupe Wagner, constitué désormais essentiellement de criminels recrutés en prison) ne lui a pas même permis de prendre Bakhmut, 71.000 habitants avant la guerre.

Il reste à infliger à Poutine une défaite irrémédiable qui ne lui permettra pas d’insister. C’est le but de l’armée ukrainienne. Cette défaite viendra. Ne voulant pas d’une victoire pleine et entière de l’Ukraine, l’administration Biden ne veut pas de cette défaite irrémédiable, et cela signifie que des morts ukrainiens sont à attendre en plus grand nombre, hélas. Mais les dirigeants ukrainiens savent qu’ils n’ont pas le choix.

Les dirigeants des pays d’Europe centrale (sauf Viktor Orban) savent eux-mêmes qu’il n’y a pas le choix, et que la défaite irrémédiable de la Russie doit venir et ils feront tout pour que l’Ukraine l’obtienne. Ils savent que c’est la condition indispensable pour que l’Europe retrouve la stabilité, et c’est aussi ce que je ne cesse de dire depuis des semaines.

La plupart des dirigeants d’Europe occidentale commencent à comprendre ce que les dirigeants d’Europe centrale ont compris depuis longtemps.

L’enjeu crucial de la contre-offensive ukrainienne sera la Crimée, et la Crimée peut et doit absolument tomber et revenir à l’Ukraine. Sans quoi l’Europe ne retrouvera pas la stabilité : c’est là encore ce que je ne cesse de dire depuis des semaines.

Même si l’administration Biden ne lui a pas donné tout ce dont elle aurait besoin, l’armée ukrainienne est plus forte qu’avant l’agression russe : elle a plus de chars, de véhicules blindés, de pièces d’artillerie. Elles manquait de munitions et de missiles sol-air quand les documents divulgués ont été rédigés (début février). Les manques sont en train d’être, en large partie, comblés (ils ne le seront pas totalement, hélas : l’administration Biden ne donnera pas à l’Ukraine tout ce dont elle aurait besoin).

La Russie a des centaines de milliers de Russes que Poutine est prêt à sacrifier (entre 500.000 et 600.000), ce qui devrait être suffisant pour montrer que Poutine est un criminel abominable.

La bataille qui s’engagera dans quelques semaines sera la bataille décisive.

Evgueni Prigojine vient de publier un texte dans lequel il dit que la Russie a intérêt à mettre fin à la guerre. Il utilise des arguments de propagande sans fondements, dit que la Russie a obtenu les résultats qu’elle avait prévus (bien sûr, bien sûr), a détruit une large partie de la population masculine ukrainienne (bien sûr, bien sûr), a créé un couloir terrestre vers la Crimée, et s’est emparée d’une bonne partie du territoire ukrainien.

La réalité est qu’il voudrait, comme Poutine sans doute, un armistice avant la bataille aux fins que celle-ci n’ait pas lieu. L’Ukraine n’accordera pas d’armistice. Tôt ou tard, le territoire ukrainien sera libéré.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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