Publié par Eduardo Mackenzie le 27 avril 2023

Le message que Gustavo Petro a voulu adresser aux étudiants latino-américains de l’université de Stanford en Californie est très simple : que le capitalisme est le responsable de la « crise climatique » et que si nous ne mettons pas fin au système capitaliste, « l’effet final » sera « l’extinction de l’humanité ».

Petro ne l’a pas dit explicitement. Il l’a dit entortillant son raisonnement dans un jargon prétendument marxiste-écologiste et historiquement faux : il a dit que la première révolution industrielle avait provoqué la « crise climatique ». La crise climatique a-t-elle commencé donc dès le milieu du XVIIIe siècle ?

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Une courte vidéo circule sur les réseaux sociaux qui reprend les deux paragraphes les plus indigestes et incompréhensibles de son discours, où il a tenté de jouer avec des notions telles que « composition organique du capital », « accumulation du capital », « rotation du capital » et « capital fossile ». Mais Petro n’a pas pu utiliser ces termes exactement : il les a jetés comme des os fantaisistes pour que les jeunes les consomment. Je suppose que cela n’a impressionné que ceux qui ne connaissent pas ces termes (1).

Pour juger de la performance de Petro dans cette université, j’ai recherché la vidéo complète de la conférence (2). J’ai découvert que l’ex-guérillero marxiste a dit des choses terrifiantes dans cette université qui suggèrent qu’à court terme il y aura une radicalisation extrême du régime que lui et son parti Colombia Humana tentent d’ériger contre l’opposition des membres du Congrès les plus courageux et contre des millions de Colombiens.

Dans son discours, Petro a répété la plus grande imposture des groupes verts extrémistes : que le capitalisme mène la planète à l’extinction de la race humaine. Les inventeurs de cette croyance décrètent aussi qu’il faut réduire drastiquement la population pour sauver la planète, qu’il faut aussi détruire une partie de l’environnement pour sauver la planète.

L’idée utopique inventée en 1833 par John Etzler –qu’une société prospère peut vivre grâce aux énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes, roues hydrauliques) –, a échoué et encore aujourd’hui ce type d’énergie n’a pas pu remplacer les énergies fossiles, ni l’énergie atomique civile. Petro ment quand il dit que les capitalistes se sont débarrassés de ces « énergies propres » par égoïsme et non pour des raisons d’efficacité technologique.

Petro a évidemment omis de réciter toute la leçon des verts, afin qu’il ne soit pas vu dans cette université comme un illuminé. Il voulait qu’ils le voient plutôt comme un professeur d’économie accablé par la situation actuelle, qu’il résume ainsi : « Nous marchons vers l’extinction ».

Conformément à cela, Petro a déclaré son pessimisme : « Nos enfants vivront moins bien que nous et nos petits-enfants vivront moins bien que nos enfants. » L’exposé de Petro était en fait un résumé non pas du Capital de Marx mais du Capital Fossile, un essai emphatique d’Andreas Malm, 45 ans, auteur fétiche de Greenpeace, qui permet à ce groupe d’écrire que « la suprématie des riches détruit la planète ». Malm n’est pas un « philosophe », comme le croit Petro, ni un scientifique. Il n’est pas non plus un bonbon rose. En France, il est connu pour promouvoir la thèse de l’extrême gauche selon laquelle la violence et le sabotage sont des actes légitimes dans la cause climatique. Sa théorie a été récemment mise en pratique à Sainte-Soline, où une manifestation contre la construction d’une bassine pour les agriculteurs a provoqué des embuscades, des jets de pierres, des cocktails Molotov, des incendies et fait 35 blessés dont 28 policiers. Je suppose qu’une visite officielle d’Andreas Malm en Colombie doit déjà être prévue.

Considérant l’intégralité de leur conversation, Petro est apparu comme un gourou prêchant l’apocalypse à court terme et cachant mal sa préférence pour la force. Petro estime qu’il y a trois signes de la fin du monde : la montée (supposée) du niveau de la mer, les ouragans et l’apparition de nouveaux virus. Bien que ce triptyque ne résiste pas à l’analyse, Petro a lancé une prophétie : « La Colombie en 2070 sera inhabitable ».

Petro semble moins désespéré que la jeune militante Greta Thumberg qui annonçait, en 2019, que la fin du monde arriverait en 2030. « D’ici 2030, 250 jours et dix heures, nous atteindrons un état où nous déclencherons une réaction en chaîne irréversible, hors du contrôle humain qui mettra fin à la civilisation que nous connaissons. » Thumberg a lancé à son auditoire : « Je ne veux pas que vous soyez optimistes. Je veux que vous paniquiez. »

Comme Thumberg, Petro veut voir les jeunes liés par ce sentiment dangereux, la panique, et en rejetant la rationalité et en ayant recours à la violence pour se débarrasser des tarés qui ne comprennent pas que la fin du monde approche.

Dans sa malheureuse dissertation, Petro a conspué même des économistes qui ne nient pas l’impact relatif du changement climatique sur des « écosystèmes non gérés », comme l’Américain William Nordhaus, prix Nobel d’économie 2018, qui est « le principal théoricien » de la taxe carbone qui, selon Petro, a mis un « prix de marché sur la vie des habitants des pays pauvres ».

Petro a accusé de génocide les gouvernements occidentaux et les théoriciens de l’économie pour lesquels, selon lui, une grande partie de l’humanité est jetable ». En Occident, ils préfèrent la vie des habitants des pays riches et tolèrent la mort des habitants des pays pauvres, a assuré le président colombien.

Quelle solution à cela Gustavo Petro voit-il ? Sa solution est simplement totalitaire, soviétique. Il a déclaré à Stanford que ni le capitalisme ni le marché [libre] ne pourront résoudre la « crise climatique » ni préserver la vie de l’humanité ; que pour résoudre ce problème, il faut emprunter une « voie courte et pragmatique » : une « révolution mondiale contre le capital » menée par une « puissance mondiale ».

Petro a souligné que cette « puissance mondiale » sera en mesure de « réguler le capital et le marché ». Petro disait tantôt « pouvoir politique mondial », tantôt « pouvoir public mondial», comme si c’était la même chose. En tout cas, pour lui, ce « pouvoir » ne doit pas être « national » mais « multilatéral ». Il ne sera pas choisi mais coopté, on ne sait pas par qui ni dans quelles conditions. La proposition de Petro est un gouvernement unique, secret et autoritaire qui ne sera responsable devant personne.

Mais si les pays riches considèrent les pauvres du monde comme « jetables », comment cette « puissance mondiale » pourrait-elle respecter les intérêts des pays pauvres ? Petro veut-il que cette « puissance mondiale » exclue la Colombie, mais aussi les États-Unis et l’Europe ? Qui tire les ficelles de cette proposition biscornue ? La Russie et le Parti communiste chinois?

Petro est contre les acteurs libres des sociétés libres qui, avec leur travail à tous les niveaux (industriel, agricole, intellectuel, philosophique, scientifique) produisent de la richesse et augmentent le bien-être social. Petro pense que les acteurs libres n’apportent rien. Seule une mystérieuse « puissance politique mondiale », où il n’y a pas d’acteurs libres mais des esclaves, pourra sauver la planète.

Le président colombien s’est présenté à Stanford comme un adepte du collectivisme, un système que Friedrich Hayek considérait comme l’une des voies de la servitude.

Ce n’est pas par hasard que Petro a insulté deux importants économistes libéraux, le français Léon Walras (1834-1910) et l’italien Vilfredo Pareto (1848-1923). Leurs travaux, que toutes les facultés d’économie étudient avec respect, sont pour Petro « faux ». « Ces théories nous ont placé au bord de l’extinction », s’exclame-t-il amèrement.

Walras est connu pour son modèle d’équilibre général : il existe un système de prix relatifs qui assure simultanément un équilibre stable entre l’offre et la demande sur les marchés, dans une économie concurrentielle. Pareto, qui dénonçait en son temps l’interventionnisme croissant des Etats dans l’économie, est connu pour sa « courbe d’indifférence » dans ses études sur la relation entre la répartition des revenus et les décisions individuelles.

Petro a parlé dans l’université Stanford de tout ce qui lui passait par la tête – même de la température de la Lune – et a même remis en question la validité des mathématiques dans le domaine économique. Cependant, il a oublié certaines données récentes très sérieuses, comme l’article de septembre dernier de Nicolas Scafetta, un physicien italien qui montre que les modèles de circulation globale, dans 95% des cas, sont « très chauds », c’est-à-dire qu’ils surestiment le réchauffement passé et à venir. Scafetta a constaté que le réchauffement réel de la surface terrestre, entre 1980 et 2021, aurait pu être proche de 0,40°C, soit jusqu’à 30% de moins en moyenne que les calculs du GIEC (3) et que, par conséquent, le réchauffement climatique prévu pour les prochaines décennies pourrait être modéré et peut-être pas particulièrement alarmant. Scafetta partage ce que le climatologue du MIT Richard Lindzen a démontré : que « les modèles ne sont faits que pour justifier les politiques climatiques ».

Quand les pays développés, notamment les États-Unis et l’Europe de l’Ouest, décident de se réindustrialiser, abandonnant la rhétorique des ultra-verts, pourquoi la Colombie, au gré d’un président idéologisé, doit-elle s’engager dans la voie inverse, de la désindustrialisation et de la décroissance ? Pour qui travaille Gustavo Petro ?

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Notes :

(1).- Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Le Capital pour savoir ce que Marx dit sur l’accumulation du capital, le développement des forces productives, etc. Dans un pamphlet de vulgarisation Salaire, prix et profit, de 1865, destiné à l’Internationale ouvrière, Marx travaille sur ces notions. Ce que Petro énonce ne vient pas de Marx mais d’un texte récent Le Capital Fossile, d’Andreas Malm. Petro a dit un jour qu’il avait lu Le Capital (1867) quand il était jeune. Lire Das Kapital est un travail exigeant. Hormis les chapitres sur l’histoire du travail comme créateur de valeur, la première section de cet ouvrage, consacrée à « l’analyse de la marchandise », est « d’une intelligence un peu difficile ». Marx lui-même l’admet. A juste titre : cette partie a été écrite en pure langue hégélienne. L’hypothèse erronée de Marx sur « l’effondrement inéluctable » du capitalisme dû à la baisse tendancielle du taux de profit, est liée à son idée de la composition organique du capital restreinte au périmètre de l’usine anglaise de son temps.

(2).- https://www.youtube.com/watch?v=04fm20sTkow

(3).- Le Groupe international d’études sur le climat, fondé en France en 1988, produit des rapports annuels critiqués par certains comme alarmistes et dénués de la notion d’incertitude, notion au cœur de la question climatique. Le dogme du GIEC est que le réchauffement est d’origine humaine. D’autres facteurs, tels que les cycles solaires, les éruptions volcaniques, sont exclus. Les scientifiques ne sont pas majoritaires dans le GIEC. Le doute méthodique de Descartes est peu y utilisé.

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