Publié par Jean-Patrick Grumberg le 29 avril 2023

Sous le titre « Non les musulmans ne sont pas interdits de citoyenneté au Japon », le journaliste de l’AFP Alexis Orsini, qui s’est décidé à vérifier les faits publiés ailleurs, tient des propos conspirationnistes, et maintient intentionnellement le flou pour tromper. Vérifier les autres c’est bien, mais un peu de rigueur serait bienvenue.

Il écrit : « Un texte partagé sur les réseaux sociaux depuis fin avril 2023 soutient que le Japon “impose des restrictions strictes à l’islam et aux musulmans”. Ce visuel aux relents islamophobes détaille, à travers une quinzaine d’affirmations, la prétendue sévérité du pays à l’égard des pratiquants de cette religion, en affirmant notamment qu’ils n’y ont “pas droit à la citoyenneté” ni à la “résidence permanente”, que “l’arabe et l’islam” ne sont pas enseignés dans les universités ou encore qu’on ne trouve pas de nourriture halal sur l’archipel. Toutes ces affirmations sont fausses… »

  1. Il écrit : « l’essentiel du contenu avait déjà été relayé sur le blog d’extrême droite Dreuz en mai 2013 »
  2. Il écrit : « sur le blog d’extrême droite Dreuz ».
  3. Il écrit que “la prétendue sévérité du pays à l’égard des pratiquants de cette religion” est fausse.
  4. Il écrit : « Le Japon compte aussi sur son territoire des mosquées, des lieux de prière et autres dispositifs à destination des musulmans pratiquants. Ces espaces sont notamment recensés dans le guide (lien archivé) de l’Office national du tourisme japonais… »
  5. Il écrit : « …on dénombrerait environ 230.000 musulmans dans l’archipel fin 2020, contre environ 110.000 en 2010. »

Vérification du vérificateur des faits

  1. Tout au long de son article, Orsini mentionne des sources archivées, et le précise :
    1. Ici : « citées dans la presse japonaise (archive) comme britannique (archive) », ici : « dans le guide (lien archivé) », « La Japan Halal Association (lien archivé), “l’Islamic Center Japan (lien archivé)”, ou encore ici : “Japan Muslim Association (lien archivé),” Keio Gaigo (lien archivé), Takushoku (lien archivé) et de l’université des études étrangères de Tokyo (lien archivé), ou encore l’université de Kyoto, dotée d’un Centre d’études sur l’islam (lien archivé). »
    2. Concernant Dreuz, l’auteur ne précise rien. Pourquoi ? Parce qu’il ment par omission intentionnelle. En effet, l’article de Dreuz n’existe pas. Il a été supprimé depuis très longtemps, lorsque Dreuz a constaté que les informations publiées n’étaient pas fiables. Orsini est allé chercher une version archivée par la web.archive.org, mais contrairement aux liens que je mentionne ci-dessus, pour Dreuz, il n’écrit pas « archive ».
    3. Orsini, ici, fait dans la désinformation destinée à tromper ses lecteurs, en omettant de signaler, comme pour les autres liens, qu’il a consulté une archive, et surtout, que l’article de Dreuz qu’il cite n’existe plus.
  2. Non, Dreuz n’est pas un « blog d’extrême droite ». Là, Orsini se livre au complotisme de bas étage et diffuse de fausses informations.

    S’il s’était donné la peine de vérifier, il aurait lu que « Dreuz.info est un média chrétien américain francophone, conservateur et pro-israélien, qui traite de géopolitique ». C’est comme le Port-Salut, c’est écrit dessus. Encore faut-il pouvoir faire son métier de journaliste avec un peu d’honnêteté, ce dont le vérificateur de faits Orsini semble incapable.

    En outre, s’il avait la compétence professionnelle nécessaire, il aurait constaté que Dreuz critique le RN, et son prédécesseur le FN, avec constance depuis la naissance de Dreuz.info. En décembre 2013, je consacrais un article extrêmement critique envers le FN : « Marine Le Pen et son programme économique pour redresser la France : entre ineptie et démagogie. Il y en a des dizaines. Orsini n’a pas été capable de les trouver.
  3. Non, la sévérité envers les musulmans n’est pas fausse. Un nombre relativement important de tentatives de construction de mosquées a rencontré l’hostilité de la population.

    Diverses tentatives de construction de mosquées dans différents endroits du Japon ont échoué en raison de l’hostilité des Japonais. Voici quelques-uns des cas :
    1. Tokyo : En 1984, le Centre islamique du Japon (CIJ) a été créé à Tokyo, servant de mosquée et de centre communautaire. Le bâtiment a été offert par le gouvernement d’Arabie Saoudite et est devenu une plaque tournante pour les musulmans du Japon. Toutefois, l’ICJ s’est heurté à l’opposition de certains groupes de droite et a été la cible de plusieurs attaques.
    2. Kobe : au début des années 1990, la mosquée musulmane de Kobe a été construite avec le soutien du gouvernement local et des dons de musulmans du Japon et de l’étranger. La mosquée a été créée pour servir la communauté musulmane croissante de la ville, qui avait augmenté en raison de l’afflux de travailleurs étrangers musulmans. Toutefois, la mosquée s’est heurtée à l’opposition de certains habitants, et des actes de vandalisme et des menaces ont été signalées.
    3. Nagoya : La mosquée de Nagoya a été créée dans les années 1980 par un groupe d’étudiants et d’érudits musulmans. Au départ, la mosquée était située dans un petit local loué, mais la communauté s’est vite retrouvée à l’étroit dans ce local et a commencé à collecter des fonds pour construire une mosquée plus grande. En 2003, une nouvelle mosquée a été construite grâce aux dons de musulmans japonais et étrangers. La mosquée est devenue un centre pour la communauté musulmane de Nagoya, mais il y a eu des incidents de vandalisme et des protestations de la part de groupes d’extrême droite.
    4. Hiroshima : En 2018, un groupe de musulmans d’Hiroshima a commencé à collecter des fonds pour la construction d’une mosquée dans la ville, qui en est actuellement dépourvue. Le groupe s’est heurté à l’opposition de certains habitants, qui ont exprimé des inquiétudes concernant le bruit et la circulation, ainsi que des craintes de terrorisme.
    5. Okayama : en 2019, un groupe musulman d’Okayama a commencé à collecter des fonds pour la construction d’une mosquée dans la ville, qui n’en compte pas non plus à l’heure actuelle. Le groupe s’est heurté à l’opposition de certains habitants, qui ont exprimé des inquiétudes concernant le bruit et la circulation, ainsi que des craintes de terrorisme.
    6. En 2013, une organisation musulmane a annoncé son intention de construire une mosquée à Okinawa, une préfecture du sud du Japon. La mosquée était destinée à desservir la population musulmane croissante de la région, qui comprenait à la fois des résidents japonais locaux et des travailleurs étrangers. Toutefois, les plans se sont heurtés à l’opposition de certains résidents locaux qui ont invoqué des préoccupations concernant le bruit et la circulation, et le projet a finalement été abandonné.
    7. En 2014, une proposition de construction d’une mosquée à Kawasaki, une ville proche de Tokyo, a suscité des protestations de la part de résidents locaux qui ont exprimé des craintes concernant le terrorisme et les différences culturelles. La proposition a finalement été retirée.
    8. Un autre exemple est le projet de construction d’une mosquée à Toyonaka, dans la préfecture d’Osaka, qui s’est heurté à l’opposition de résidents locaux qui ont exprimé des préoccupations similaires.
    9. En 2018, une organisation musulmane d’Hiroshima a annoncé son intention de construire une mosquée et un centre communautaire dans la ville. Le projet visait à desservir la population musulmane croissante dans la région et à promouvoir le dialogue interconfessionnel. Le projet a toutefois suscité l’opposition de certains résidents locaux, qui ont fait part de leurs inquiétudes quant au bruit et à la circulation. Le projet est actuellement examiné par les autorités locales.
    10. En 2010, un projet de construction d’une mosquée à Kawasaki, dans la préfecture de Kanagawa, a été abandonné en raison des protestations des résidents locaux qui s’opposaient au projet.
    11. En 2015, un projet de mosquée à Tsukuba, dans la préfecture d’Ibaraki, s’est heurté à une forte opposition de la part des habitants qui ont organisé une pétition contre ce projet. La mosquée n’a finalement pas été construite.
    12. En 2017, le projet de construction d’une mosquée à Kumamoto, dans la préfecture de Kumamoto, a été abandonné à la suite de l’opposition de résidents locaux qui se sont inquiétés des risques de pollution sonore et d’encombrement de la circulation.
    13. En 2020, une organisation musulmane de Nagoya a annoncé son intention de construire une mosquée dans la ville. Le projet visait à desservir la population musulmane croissante dans la région et à fournir un espace pour la prière et les événements communautaires. Les plans ont été approuvés par les autorités locales et la construction est actuellement en cours.
  1. Orsini laisse supposer qu’il existe un nombre appréciable de mosquées au Japon. Cependant, il confond les musallas, qui sont des salles de prière temporaires qui peuvent accueillir un nombre très petit de fidèles, de 1 à 10 généralement, et les mosquées, qui sont très peu nombreuses.

    Voici la liste des mosquées du Japon (non exhaustive, elles ne sont pas toutes documentées) :
    1. Mosquée de Kobe : La mosquée de Kobe a été fondée en 1935 à Kobe. C’est la plus ancienne mosquée du Japon et elle fonctionne sans interruption depuis sa création.
    2. Mosquée d’Otsuka : La mosquée d’Otsuka, également connue sous le nom de mosquée de Tokyo, a été fondée en 1938. C’est la deuxième mosquée à avoir été créée au Japon et elle est toujours en activité aujourd’hui.
    3. Mosquée de Kyoto : La mosquée de Kyoto, également connue sous le nom de Kyoto Masjid, a été créée en 1953. Elle est toujours en activité aujourd’hui.
    4. Mosquée Masjid Abu Bakar Siddique. Egalement connue sous le nom de Mosquée de Mito, elle est située dans la ville de Mito, dans la préfecture d’Ibaraki. Fondée en 1988.
    5. Mosquée Hira, située à Ichikawa, dans la préfecture de Chiba, construite en 1997.
    6. Mosquée d’Iwate : La mosquée d’Iwate a été fondée en 1999 à Morioka, Iwate.
    7. Mosquée de Yokohama : La mosquée de Yokohama a été fondée en 2000. Il s’agit de la première mosquée créée dans la région du Kanto depuis plus de 30 ans.
    8. Mosquée de Kamata, située dans le district de Kamata, à Ōta, Tokyo, établie en 2001. 
    9. Mosquée d’Hiroshima : La mosquée d’Hiroshima a été créée en 2011. C’est la première mosquée à être établie dans la région de Chugoku au Japon.
    10. Mosquée de Toyama : La mosquée de Toyama a été fondée en 2012. Il s’agit de la première mosquée établie dans la région de Hokuriku.
    11. Mosquée de Fukuoka : La mosquée de Fukuoka a été fondée en 2015. Il s’agit de la première mosquée établie dans la région de Kyushu.
    12. “Mosquée du Japon” : c’est une mosquée ahmadi située à Tsushima, dans la banlieue de Nagoya, dans la préfecture d’Aichi. Elle a été inaugurée le 20 novembre 2015 par Mirza Masroor Ahmad, le cinquième calife de la communauté musulmane Ahmadiyya.
    13. Mosquée de Sendai : La mosquée de Sendai a été fondée en 2018 à Sendai, Miyagi. Il s’agit de la deuxième mosquée établie dans la région de Tohoku.
    14. Mosquée de Sapporo : La mosquée de Sapporo a été créée en 2019 à Sapporo, Hokkaido. Il s’agit de la première mosquée établie dans la région de Hokkaido.
    15. Asakusa mosuku, est une mosquée située à Asakusa, dans le centre de Tokyo, qui a été construite en 1998.
    16. La mosquée de Gifu ou mosquée Bab al-Islam de Gifu est une mosquée établie en 2015 dans la ville de Gifu, dans la préfecture de Gifu.

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  1. Affirmer qu’il y a « 230.000 musulmans dans l’archipel » est trompeur. Bien que ce chiffre soit très modeste, Orsini veut gonfler le nombre en restant dans le flou. La réalité demande à être précisée :
    • Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles sur la population musulmane actuelle au Japon, la taille de la population musulmane, selon l’estimation de Hirofumi Tanada, était, d’après les données de 2016, d’environ 120 000 musulmans d’outre-mer et 10 000 musulmans japonais vivant au Japon.
    • Toujours selon le professeur émérite Hirofumi Tanada, expert japonais de la question de l’islam, en dix ans, ce nombre a pratiquement doublé pour atteindre environ 230 000.
    • A la fin du mois de juin 2018, il y avait :
      • environ 157 000 musulmans non japonais et 43 000 musulmans japonais.
      • 13 000 sont présumés être ceux qui se sont convertis par mariage,
      • 25 000 sont des enfants nés de parents japonais musulmans ou d’un parent japonais ethnique et d’un parent non japonais,
      • 3 000 sont des citoyens japonais naturalisés et leurs conjoints japonais,
      • et les 2 000 autres sont ceux qui se sont convertis pour des raisons autres que le mariage.
      • La population musulmane au Japon représentait en 2018 environ 0,16 % de la population totale du Japon en 2018, soit environ 127 202 000 personnes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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