Publié par Abbé Alain René Arbez le 14 mai 2023

Chaque jour, les actualités à la télévision nous entraînent dans un tour d’horizon, correspondant à un tour du monde, sous ses aspects les plus tragiques.

Que nous montre-t-on? Des foules qui fuient la guerre ethnique et la persécution religieuse, des innocents massacrés par des fanatiques, des enfants abandonnés à la famine, de manifestations de rue dans la violence : en somme les médias ciblent les aspects les plus sombres des remous de la planète, avec des images choquantes… Et finalement, en voyant tous ces visages tourmentés, désespérés, des questions, inévitablement, nous assiègent : quel est le sens de ces soubresauts sans fin, où vont ces mouvements de masses humaines sans garde-fous, et pourquoi tant de souffrances ? Alors une question fondamentale apparaît, et que l’on pourrait résumer dans le langage biblique : « qu’est-ce donc que l’homme ? » que nous disent aujourd’hui ces silhouettes humaines en péril, à la fois si différentes et si semblables à nous?

De nombreuses voix philosophiquement désabusées nous disent que nous sommes sortis du néant pour tout simplement y retourner, après un court laps de temps passé sur cette terre…Cette terre, que l’on appelait « vallée de larmes » il y a quelques siècles, en raison de l’adversité qui s’acharnait jour après jour sur des populations meurtries par les guerres, les famines et les épidémies.

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Mais si nous ouvrons la Bible, nous allons découvrir d’autres échos qui contrebalancent fortement ces constats pessimistes. Nous découvrons alors à côté des drames humains, au-delà des fautes et des péchés,  d’impressionnants signes d’espérance qui surgissent et prennent corps : la tradition biblique est experte en humanité, elle connaît en profondeur les paradoxes de l’être humain, ses abîmes de contradictions, en un mot, le combat interminable entre la vie et la mort. Et heureusement, à travers ses récits, la Parole de Dieu nous rappelle que chacun  de nous est un maillon vivant de cette longue pérégrination de générations, de cette humanité attirée par le monde à venir où l’énigme de l’existence ne sera dévoilée que par la révélation de l’amour…

L’évangile de ce jour est un extrait de la grande prière de Jésus, le Serviteur souffrant, le Juste persécuté, lui en qui des êtres humains de tous les temps peuvent se reconnaître. Lorsque Jésus se retrouve confronté à cet horizon de douleur qui va l’engloutir, que fait-il? Dépassant sa déréliction, il se tourne vers le Père, et selon la manière juive de prier en levant les yeux et les mains vers le ciel, il adresse à Dieu l’oraison la plus expressive que les évangiles nous aient laissée.

Le 4ème évangile met en scène, dans son genre littéraire, ce moment où Jésus passe de ce monde au Père. Il nous montre en effet, avec insistance Jésus en prière, presque dans un cadre hors du temps, pour nous faire comprendre que ce qui s’accomplit en ce moment réel et historique déborde les limites spatio-temporelles de notre perception.

Au cœur du message qui se dégage du texte, il y a déjà un puissant appel à l’unité, et il est vrai que les chrétiens d’aujourd’hui, encore trop divisés, ont un besoin urgent de vivre cette unité. Mais comme l’ajoute l’évangile, ils se retrouveront unis à une condition : c’est d’être dans la vérité de la foi.

En réalité, cette longue prière du Christ n’est pas une demande d’éviter ce qui va se passer, ce n’est pas une évasion de l’inévitable passage par la souffrance et la mort. Jésus accueille son heure, il offre sa vie et il croit que, puisqu’il s’est entièrement livré à la vérité, Dieu va le glorifier.  

N’oublions pas que c’est flagellé, torturé, méprisé, que Jésus va rendre gloire à Dieu par le don de soi en faisant face à sa destinée. Le sacrifice de Jésus a eu pour effet de démasquer le visage du mal, de dénoncer la destruction de l’humain. Grâce à ce don total, le mal et la mort n’auront plus le même pouvoir, car une brèche libératrice a été ouverte dans l’enfermement du péché. La voie sera possible vers une manière différente d’assumer la vie humaine, sans égoïsme et sans repli, c’est ce chemin qui seul conduit aux joies éternelles auprès de Dieu.

St Jean veut nous faire contempler le Christ de la gloire par la croix. C’est ainsi que nous pouvons rejoindre le Christ aux outrages, celui qui a tenu tête à Hérode, à Pilate, à certains chefs du peuple, il est ce Jésus dont le cœur rayonne de la tendresse de Dieu pour les humbles et les souffrants, il est celui qui fréquente les mal aimés, les égarés, les blessés de la  vie, les mal croyants…Ainsi, sur tout son itinéraire, de l’atelier de Nazareth jusqu’aux prières du Temple, en passant par les guérisons et les annonces prophétiques, Jésus a constamment rendu gloire à Dieu en aidant l’homme à se reconstruire, et il peut sincèrement dire dans sa dernière prière: “Je t’ai glorifié sur terre en accomplissant l’œuvre que tu m’as confiée”.

L’évangile de Jean nous rappelle, par cette approche mêlée d’ombre et de clarté, que nous vivons dans un monde paradoxal, ambivalent et éprouvant. Ces deux facettes contrastées du monde, elles font partie aussi de nos vies aujourd’hui. Comment allons-nous humaniser le monde en relation avec Dieu, c’est à dire en luttant contre tout ce qui est destructeur de vie et de dignité ? Comment allons-nous restaurer l’humain à la suite de Jésus ?

Dans nos célébrations eucharistiques, nous affirmons à plusieurs reprises cette gloire de Dieu qui est la récompense ultime de notre existence humaine. Nous la chantons dans le “gloire à Dieu“, en relation avec la paix sur terre, nous l’exprimons dans le credo, en disant que l’Esprit reçoit, avec le Père et le Fils, même adoration et même gloire; nous chantons amen après la doxologie “Par lui, avec lui et en lui…tout honneur et toute gloire“. Sans oublier la conclusion du Notre Père, “car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire…”

Nous savons que dans notre monde, tant qu’il y a des êtres qui peinent et qui souffrent, cette lumineuse gloire finale de la résurrection est encore voilée…il nous faudra donc donner de nous-mêmes pour que la présence éclairante de Dieu fasse reculer toutes les obscurités de nos nuits humaines.       

Et Jésus l’a résumé dans sa prière filiale au Père : « la seule manière de m’aimer, pour mes disciples, c’est qu’ils vivent le commandement de l’amour que je leur ai confié… »

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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