Publié par Abbé Alain René Arbez le 7 mai 2023

L’abbaye de Westminster a toute une histoire.

Son nom vient du vieux français « ouestmoustier » le monastère de l’ouest dans la ville de Londres. C’était une cathédrale gothique édifiée au XIIème siècle. Elle a passé au culte protestant lorsqu’au XVIème siècle le roi Henri VIII a décidé de se remarier, ce qui a provoqué un schisme et que l’Eglise d’Angleterre s’est autoproclamée indépendante de Rome. A partir de là, la succession apostolique a été brisée, ce qui a eu pour conséquence que les évêques et les prêtres n’ont plus reçu, selon les critères catholiques, une ordination valide. Cependant, à l’instar du canada dry, les liturgies anglicanes ressemblent à des liturgies catholiques sans en être réellement, sinon par les apparences superficielles et démonstratives.

Aujourd’hui, l’ancienne pompe liturgique romaine a été visiblement dépassée par l’exubérance liturgique du sacre anglican de Charles III. En réalité la riche profusion d’ornements sacerdotaux et épiscopaux, le triomphalisme des trompettes et des orgues cachaient les caractéristiques théologiques fort discutables  de cette cérémonie royale.

Deux signes de ce grand écart ont pu être relevés au cours de ce qui était dénommé « eucharistie » et qui ne peuvent qu’interpeller une oreille attentive en connaissance de cause. En effet, l’archevêque de Cantorbery a prononcé lors de la louange de la préface le terme de « satisfaction » en évoquant le sacrifice du Christ.

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Précisément, cette théologie de la satisfaction est issue d’Anselme de Cantorbery au XIème siècle. Présente alors dans l’Eglise catholique parmi d’autres approches traditionnelles, elle avait dû être recadrée par Thomas d’Aquin, car propice à des déviances faisant de la souffrance humaine le summum de la foi, alors que c’est l’amour qui révèle le point culminant du sacrifice du Christ. C’est là le problème, car la satisfaction est une théorie qui relève de la logique mercantile : Dieu ne pardonne qu’à condition qu’on paye son rachat par le sang. Les êtres humains étant surendettés de péchés, Dieu, dans sa colère, aurait donc exigé que son Fils règle la note en souffrant à notre place, ceci pour satisfaire l’implacable justice divine.

Cette théorie – professée ce matin lors du sacre royal –  est une incroyable régression par rapport au message de l’évangile. Et même par rapport au texte de la Genèse, lorsqu’Abraham apprend de Dieu qu’il n’y a pas de sacrifice humain pour honorer Dieu. La satisfaction présente au contraire la nécessité de la mort sanglante du Fils bien aimé comme indispensable pour compenser l’abîme du péché. Or le Dieu de la Bible n’est pas le moloch, l’idée de Dieu qui est ainsi donnée est répulsive. On en trouve un lointain écho dans les paroles du « Minuit chrétien » : « c’est l’heure solennelle où l’homme-Dieu descendit jusqu’à nous. Pour effacer la tache originelle et de son Père apaiser le courroux ! ». Le 4ème évangile nous dit au contraire : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque ayant foi grâce à lui ne meure pas mais ait la vie éternelle » (3,16)

En utilisant le terme « satisfaction » aujourd’hui dans sa louange, l’archevêque de Cantorbéry a montré la distance théologique qui persiste avec la spiritualité de l’Eglise de Rome dont il emprunte pourtant les ornements solennels. Depuis Vatican II la théorie de la satisfaction a été laissée de côté. En 1976, Joseph Ratzinger explique qu’on ne peut pas croire que Dieu soit devenu miséricordieux qu’une fois sa vengeance accomplie. Il dénonce la satisfaction qui situait la croix à l’intérieur d’un mécanisme de droit lésé et rétabli dans le sang. Il rejette la doctrine d’un Dieu dont la justice inexorable réclamait un sacrifice humain, celui de son propre Fils. « Autant cette image est répandue, autant elle est fausse ! » concluait le futur Benoît XVI. Ce Dieu sanguinaire n’est pas celui de la Révélation, car il rend la résurrection sans importance si tout est payé et racheté par la mort. Il est sacrilège de transférer la violence des hommes pécheurs à Dieu lui-même, alors que l’essentiel de la foi n’est pas celui d’une transaction, mais un don gratuit fondé sur l’amour.

Deuxième signe problématique relevé au cours de la liturgie anglicane du sacre royal de Charles III : l’archevêque, entouré des femmes-évêques, évoque le mémorial du Christ confié aux apôtres (hommes) dans le pain et vin de la cène, et il parle de ce rituel comme d’un « souvenir » du Christ. C’est la position protestante classique qui réduit le mémorial à un simple souvenir du passé et s’autorise quelques libertés. Or, le terme hébreu qui correspond à ce rite est « zakhor » qui, dans la tradition hébraïque de Jésus, signifie l’actualisation d’un événement. Le célébrer c’est le rendre présent pour les participants. C’est ainsi que des juifs célébrant la Pâque se sentent contemporains de ce qu’ils célèbrent et c’est ce qui apporte son sens au cœur de leur aujourd’hui. Idem dans l’eucharistie chrétienne instituée au sein du rituel pascal, ce n’est donc pas un « souvenir » ou une évocation, c’est une présence réelle qui est à la base de la foi eucharistique.

Conclusion : la puissance des orgues et la brillance des ornements ne peuvent pas remplacer la valeur intrinsèque de ce qui est célébré, car la seule condition de validité, c’est de rester fidèle à la transmission de la foi de nos prédécesseurs.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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