Publié par Thierry Martin le 22 novembre 2023

Dans une Amérique Latine gangrénée par le gauchisme, c’est une véritable bronca qui a porté la victoire de Javier Milei en Argentine, « el loco », candidat libéral de droite aux cheveux hirsutes et aux rouflaquettes.

Celui qui brandissait une tronçonneuse à la manière de Schwarzenegger dans la pub Parkside, pour illustrer comment il taillerait dans les dépenses publiques. Celui qui clamait : «Vive la liberté, bordel !», dans ses meetings où il promettait de rendre à l’Argentine sa grandeur passée obtient près de 56% face à son rival péroniste (socialiste) Sergio Massa.

Cette phrase : « L’État est le problème, pas la solution » prononcée dimanche 13 novembre, lors du dernier débat télévisé n’était pas sans rappeler un certain Ronald Reagan.

“On est très content, on voit le bonheur des gens. Regardez tous ces jeunes avec le drapeau argentin ! Les gens sont enthousiastes. Ils ont changé leur expression sur leur visage”, remarque un vieil argentin au milieu d’une foule de militants en liesse.

Ministre de l’Économie du président péroniste Fernández, qui à l’instar du socialiste Hollande a renoncé à se représenter, Massa ne pouvait pas miser sur son bilan ; c’est en vain qu’il a pris ses distances avec la gestion du pays et tenté de convaincre d’une prochaine inversion de tendance.

Estimés à environ 10 % des quelque 35 millions d’électeurs appelés aux urnes dimanche, les indécis ont joué un rôle clé dans le résultat ; le vote dont le droit s’acquiert à 16 ans est obligatoire pour tous les citoyens âgés de 18 à 70 ans.

Sergio Massa, le candidat de gauche, et Javier Milei le libertarien, ont été qualifié pour le second tour avec respectivement, 36,68 et 29,98 %. Patricia Bullrich, la candidate de droite arrivée troisième avec 23,83 a fait alliance avec Milei au second tour.

Les appels à dire « Non à Milei » et à « l’essstrême drouate » s’étaient multipliés ces derniers jours, émanant du monde de la politique, du journalisme, de l’art, du football, ou des victimes de la dictature (1976-1983).  

L’effondrement complet de l’économie de la nation sud-américaine sous Fernández a laissé aux Argentins un peso presque sans valeur qui a perdu plus de 1000 pour cent de sa valeur au cours des quatre dernières années. L’Argentine a également été confrontée à des années d’inflation continue. Le taux d’inflation de septembre a atteint 12,7 %, soit le double des 6 % enregistrés ce mois-là par le Venezuela, le géant de l’inflation de la région.

Comment est-ce possible dans notre pays qui est si riche que les gens meurent de faim et qu’il n’y ait rien à manger, qu’il y ait tant de pauvres dans la rue ?” rappelle Osvaldo, 76 ans.

Buenos-Aires, ville haussmannienne, avait des airs de Paris en 1913, à son apogée économique. On oublie que l’Argentine était l’un des pays les plus riches du monde. Son PIB par habitant le positionnait au douzième rang mondial, juste devant la France. D’ailleurs une station de métro parisienne est renommée Argentine en 1948, pour remercier ce pays de la généreuse aide alimentaire apportée au cours des premiers temps de la reconstruction de l’après-guerre.

Traité de Trump de la Pampa, de libertaire, de populiste, de climatosceptique, lui-même n’hésitant pas pratiquer l’insulte à l’encontre de ses adversaires. Une lettre ouverte a été signée par 170 économistes argentins alertant sur les dangers de son programme dit « ultralibéral ».

Issus de la mouvance libertarienne américaine (ne pas confondre libertarien et libertaire comme le font certains journalistes) qui est vraiment celui qui sera le nouvel occupant de la Casa Rosada à partir du 10 décembre ? Cet économiste libéral disruptif de 53 ans au look de rock star, fan de Bolsonaro ou de Trump, a surpris, et la droite traditionnelle, et la gauche. On le dit populiste pour ses positions anti-establishment parce qu’il s’en est pris à plusieurs reprises aux politiciens de son pays, « la caste parasite ».

Liberté ! Liberté !“, dans les rues de Buenos-Aires au milieu des drapeaux argentins mais aussi des drapeaux jaunes avec une tête de lion en référence à la crinière de Milei, les militants laissent éclater leur joie. “On en avait vraiment marre de tomber toujours plus profond dans un trou. On avait besoin de lumière et Milei est notre chance de voir la lumière”, se réjouit une Argentine.

C’est en tant que polémiste de plateaux télévisés à la manière d’un Zemmour qu’il a été connu du grand public. Il a eu l’audace et le courage de contredire l'”écologisme ambiant”, cette nouvelle doxa obligatoire devenu lassante pour ceux qui subissent la crise économique. Les injonctions écologistes sont pour une grande partie à l’origine de l’inflation. Mieux le sacro-saint « changement climatique » n’est qu’un « cycle » et non le fruit d’une responsabilité humaine.

Milei a proposé d’éliminer la Banque centrale argentine en remplaçant le peso argentin par le dollar américain, un processus communément appelé « dollarisation » pour juguler l’inflation galopante. D’autres pays régionaux tels que l’Équateur, le Panama et le Salvador ont mis en œuvre avec succès la dollarisation pour contrôler l’inflation.

Anticommuniste véhément – une idéologie qui a séduit beaucoup de latino-américain, souvenons-nous de la fameuse théologie de la libération – qu’il dénonce comme un « système meurtrier », favorable au libéralisme, Javier Milei a néanmoins rejeté les accords de « libre échange » avec les pays communistes, notamment la Chine. Milei a promis pendant la campagne qu’il couperait les liens du gouvernement fédéral argentin avec Pékin parce qu’il « ne fait pas d’affaires avec les communistes ». La politique pro-chinoise de Fernández a également permis au Parti communiste de répandre son influence et d’exercer un contrôle sur certains des secteurs stratégiques clés de l’Argentine tels que l’énergie.

Sur le plan diplomatique, il défend le droit d’Israël à l’autodéfense et condamne clairement le terrorisme islamique, particulièrement les massacres du Hamas le 7 octobre. Dans The times of Israël, il s’est déclaré prêt à transférer l’ambassade d’Israël de Tel-Aviv à Jérusalem comme l’a fait Donald Trump. Très proche du judaïsme, il se dit : « très admiratif de voir comment ils parviennent à conjuguer le monde spirituel et le monde réel. »

Conservateur au point de critiquer les positions gauchistes du pape argentin François, Javier Milei reviendra sur le droit à l’avortement qui dans ce grand pays catholique n’a été légalisé qu’en 2021.

Par ailleurs Javier Milei propose notamment de légaliser le port d’arme afin que les honnêtes gens puissent être armés, et pas seulement les délinquants. Il réduira l’Etat et les services publics à leur strict minimum. Il propose d’éliminer dix des dix-huit ministères du gouvernement fédéral argentin.

Luisa Corradini correspondante à Paris pour La Nacion (un équivalent hispanisant de notre Figaro) écrivait que « la vision des droits de l’homme du candidat d’extrême droite est un autre sujet de profonde inquiétude pour les observateurs européens (…) tout en considérant que le candidat d’extrême droite “profite de la colère justifiée des Argentins, qui ont cessé de croire que les partis traditionnels pourront les sortir de la crise dans laquelle le pays est plongé depuis des décennies”, puis elle rapportait qu’une « source diplomatique de Bruxelles point[ait] les futures relations extérieures de l’Argentine en cas de triomphe de Javier Milei. Pour la grande majorité, le scénario d’un gouvernement dirigé par une personne qui se définit comme “anarcho-capitaliste” représente un véritable cauchemar. D’autant plus que l’Argentine est l’un des pays membres du G20. »

Désormais président élu, Javier Milei sera investi le 10 décembre.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry Martin pour Dreuz.info.

Abonnez-vous sans tarder à notre chaîne Telegram, pour le cas où Dreuz soit censuré, ou son accès coupé. Cliquez ici : Dreuz.Info.Telegram.

Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir chaque jour notre newsletter dans votre boîte de réception

Si vous êtes chez Orange, Wanadoo, Free etc, ils bloquent notre newsletter. Prenez un compte chez Protonmail, qui protège votre anonymat

Dreuz ne spam pas ! Votre adresse email n'est ni vendue, louée ou confiée à quiconque. L'inscription est gratuite et ouverte à tous