Publié par Abbé Alain René Arbez le 10 décembre 2023

Comme il le fait fréquemment, Jésus est occupé à commenter les Ecritures saintes, à l’intérieur même du Temple de Jérusalem, et voici que subitement, il se retrouve confronté à l’histoire d’une femme prise sur le fait pendant un adultère.

Mais, curieusement, l’accusée se retrouve seule face à ses détracteurs. Seule la femme est mise en accusation, le séducteur en cause brille par son absence, ainsi que le mari, qui n’apparaît pas dans le récit.

La lapidation n’était déjà plus pratiquée au temps de Jésus

Ne nous trompons pas de scénario : on n’a pas d’une part les disciples d’un Jésus miséricordieux supposés meilleurs, et d’autre part des légalistes sans cœur (scribes et pharisiens) tous à mettre dans le même sac ! Des études historiques démontrent qu’il y a au sein même du mouvement pharisien des croyants qui interprètent la Thora avec bienveillance. Cette vision humaniste est même majoritaire à l’époque de Jésus, qui lui le premier, se montre d’accord avec ces points de vue de pharisiens éclairés. On sait aussi que la lapidation n’était déjà plus pratiquée au temps de Jésus.

Ce n’est pas au nom d’une nouvelle religion que Jésus  prend cette position de respect de la femme adultère

Ce n’est donc pas au nom d’une nouvelle religion que Jésus  prend cette position de respect de la femme adultère, contre l’avis de ses adversaires légalistes, mais il le fait au nom d’une saine interprétation de la Loi de Moïse et des prophètes, avec un enseignement éthique centré sur la personne, une ouverture à un avenir.

Lorsqu’on lui amène cette femme prise en faute, Jésus ne veut pas se laisser piéger par le dilemme : ou bien condamner ou bien banaliser…: et dans sa réaction intelligente, il n’offense ni le respect de Dieu, ni le respect de cette femme.

Car cette femme est devenue femme-objet: d’abord objet de convoitise pour un homme, puis objet de mépris pour tout un groupe. Avec l’étiquette qu’on lui a infligée, on peut dire qu’elle est déjà morte socialement! Aucun homme ne lui adresse la parole, tout se passe sans elle : en tant que personne, elle est absente du débat.

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Seul Jésus la prend en considération, et par sa réaction très ciblée, il arrive en quelques instants à remettre chacun des détracteurs devant sa propre responsabilité: la loi mise en place à la suite de Moïse n’est plus une question extérieure à eux, mais elle les traverse et les implique, elle vient donner forme humaine à leur jugement.

Alors, grâce au déplacement que Jésus a opéré, ces hommes sont bien obligés de reconsidérer leur propre conduite avant de se prononcer sur cette femme. Et ils s’en vont l’un après l’autre… Le seul juste qui aurait pu jeter la pierre se garde bien de le faire, en prenant un autre angle de vision, il ouvre la voie au renouveau issu du pardon.

Mais l’adultère, dans la Bible, ce n’est pas d’abord une question d’ordre sexuel. Le terme est fréquemment utilisé, mais c’est avant tout pour exprimer une trahison spirituelle de l’alliance, l’illustration de ce qu’est devenu le peuple de Dieu par rapport à ses engagements devant Dieu. C’est pour cette raison que Jésus s’appuie sur la tradition des prophètes, qui ont beaucoup développé ce thème du peuple-adultère, du peuple infidèle à l’amour de Dieu. Dans la Bible, adultère veut dire : infidélité à l’amour de Dieu, et attirance pour l’idolâtrie !

Si nous ouvrons le livre du prophète Osée, ou si nous lisons Isaïe ou Jérémie, nous constatons que le peuple sacerdotal Israël en dérive est comparé à une épouse adultère. Adultère parce qu’il y a eu trahison de l’alliance. Et avec le même critère, c’est vrai également pour l’Eglise épouse du Christ: chaque fois que des membres du peuple de Dieu bafouent son amour, Dieu rappelle qu’il est spontanément jaloux des idoles vers lesquelles nous nous tournons, parce que ces faux dieux nous détruisent ! Si nous nous éloignons de Dieu et de son alliance, alors nous sommes véritablement en état d’adultère, d’infidélité, de rupture. Pour notre plus grand malheur.

C’est ainsi qu’on peut comprendre la prise de position de Jésus en l’approfondissant par rapport à Israël et par rapport à l’Eglise, c’est à dire face à ceux qui accuseraient l’un et l’autre de ne pas avoir été fidèles à leur mission. La fragilité humaine est une réalité, mais elle ne doit pas servir de prétexte à tomber dans l’antijudaïsme ou dans l’antichristianisme !

Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais la fin du péché

En regardant chez cette femme la personne qu’elle est capable de devenir par-delà sa faute, Jésus porte sur elle le regard même de Dieu, le Dieu de la miséricorde, lent à la colère, qui pardonne sans cesse pour redonner vie. Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais la fin du péché.

Jésus ne dit pas que la Loi de Moïse est inutile, puisqu’il affirme clairement ne pas être venu pour l’abolir, mais au contraire pour la réaliser pleinement. Jésus dit que la Loi est indispensable au service du respect de chacun, pour que des règles facilitent l’harmonie d’une vie en commun. Une vie balisée par des repères, pour qu’elle soit vraiment enracinée dans les valeurs de la Parole de Dieu, car Dieu est en même temps créateur et sauveur.

« Va ! » dit Jésus à cette femme qui s’est relevée. Ce petit mot “va” concentre tout un projet de vie nouvelle, de liberté et de dignité. Dans l’évangile, ce mot a toujours un sens constructif, comme lorsque dans l’esprit de l’alliance, Dieu avait dit à Abraham: va ! “lekh lekha! va, et c’est pour ton bien!”

L’évangile d’aujourd’hui invite donc à donner aux fautes personnelles ou collectives leur véritable signification: elles ne sont pas d’abord un manquement à une règle abstraite, sans visage. Elles sont surtout une blessure infligée au cœur de Dieu, ce Dieu qui nous aime depuis qu’il a exprimé son désir d’alliance à Abraham, qu’il a transmis des repères éthiques à Moïse, et un Esprit d’interprétation intelligente aux prophètes…

Jésus n’a rien fait d’autre que d’aller jusqu’au bout de la logique de cette alliance, pour que s’imprime en ses disciples la certitude de l’amour et de la miséricorde toute puissante de Dieu.

Quand Dieu dit, par la bouche de Jésus, « va, n’aie plus de complaisance pour le mal, et choisis la vraie vie pour que tu vives. Fais retour vers Dieu (teschouva) », il réactualise ainsi l’appel de Dieu dans le premier testament « soyez saints comme je suis saint ! » Appel qu’il traduit pour ses disciples par : « en amour, soyez parfaits comme votre père du ciel est parfait ! »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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