Publié par Jean-Patrick Grumberg le 4 décembre 2023

En réponse à un journaliste qui lui demandait s’il ne faisait jamais d’erreurs, Warren Buffett, l’un des investisseurs les plus célèbres au monde dans le domaine des affaires et la bourse répondait : « j’en fais énormément, j’espère juste que j’en fais moins que mes concurrents. »

Israël est un tout petit pays. Il n’a pas le droit à l’erreur. Surtout pas en ce moment. Et il persiste à en faire plein. Moins que les autres pays, raison pour laquelle il réussit brillamment, mais ses erreurs coûtent cher. Elles ont coûté la vie de 1 200 personnes massacrées par le Hamas le 7 octobre, et 250 kidnappés. Croyez-vous qu’il ait appris de cette récente erreur ? Que nenni ! Voici les pires du moment :

1 Les plans d’attaque du Hamas ont été découverts par Israël il y a plus d’un an, affirme le New York Times, qui en a eu connaissance et les a traduits. Le document d’une quarantaine de pages, dont le nom de code est « Mur de Jéricho », décrivait point par point le type d’invasion dévastatrice qui a entraîné la mort d’environ 1 200 personnes le 7 octobre au sud d’Israël. A l’époque, ils ont été jugés ridicules, exagérés, trop audacieux pour être crédibles. Les services de renseignement ont considéré que le Hamas n’avait pas les moyens humains de le mettre à exécution : ils nécessitaient quelques milliers de combattants, et le Hamas était considéré comment ne pouvant pas en réunir plus d’une poignée.

Lorsque les observatrices de Tsahal ont remonté à leurs supérieurs, dans les semaines et les mois précédents l’attaque du 7 octobre, que des manœuvres anormales du Hamas se produisaient qui ressemblaient au plan découvert l’année précédente, les hauts gradés se sont moqué d’elles, ne les ont pas écoutées, ont même menacé de les sanctionner s’ils elles s’obstinaient dans ces « fantaisies ».

2 Avant la guerre de Kippour, en 1973, les signes avant-coureurs n’ont pas été pris au sérieux par les dirigeants militaires et politiques d’Israël, qui n’ont pas pleinement anticipé l’ampleur ou le moment de l’attaque. Ils n’ont pas mobilisé leurs réserves ni pris les autres mesures nécessaires pour se préparer de manière adéquate. Il régnait un sentiment de complaisance, de sous-estimation de la préparation et de la détermination des forces arabes à lancer une attaque.

Pourtant :

  • L’Égypte et la Syrie avaient toutes deux accumulé des troupes le long des frontières israéliennes dans les mois qui ont précédé la guerre. Cette accumulation était importante et aurait dû être un signe clair de l’imminence d’un conflit.
  • Des rapports de renseignements provenant de diverses sources indiquaient la possibilité d’une attaque. Certains rapports précisaient même la date, mais en raison d’un excès de confiance lié aux succès militaires antérieurs d’Israël, ces avertissements n’étaient pas pris aussi sérieusement qu’ils auraient dû l’être.
  • Les dirigeants arabes ont proféré des menaces verbales et des déclarations laissant entrevoir la possibilité d’une confrontation militaire avec Israël. Par exemple, le président égyptien Anouar el-Sadate a prononcé des discours faisant allusion à un conflit.
  • Des changements sont intervenus dans les positions défensives des armées arabes, suggérant qu’elles se préparaient à une offensive plutôt qu’à une action défensive.

Le fait de ne pas avoir pris les avertissements au sérieux a été un des facteurs critiques qui ont contribué aux revers initiaux d’Israël au début de la guerre du Kippour.

Le document « Mur de Jéricho » avait largement circulé parmi les dirigeants de l’armée et des services de renseignement israéliens, mais les experts ont estimé qu’une attaque d’une telle ampleur et d’une telle ambition dépassait les capacités du Hamas, ils n’ont pas pris le plan au sérieux.

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Attaques de Tsahal dans la région de Kafr Shuba (Mont Dov), au Liban

3 Le colonel de réserve Kobi Marom affirme qu’Israël, en ce moment même, est en train de commettre une erreur stratégique grave dans le nord du pays. Kobi Marom dans une interview à la radio israélienne 103FM, explique que selon lui, « Israël commet une grave erreur stratégique, il y a ici [à la frontière libanaise] un défi énorme, et nous nous comportons comme si le 7 octobre n’avait pas eu lieu. Depuis des semaines, nous avons une directive immédiatement prudente, une situation qui est impossible. L’armée israélienne doit faire payer au Hezbollah le prix du fait qu’il a ouvert le feu contre Israël », explique Marom. Mais Israël se limite à des tirs en réplique, comme il le fait toujours en période de calme, chaque fois que Gaza tire une roquette sur Israël.

4 En pleine guerre, le procès Netanyahou vient de reprendre. Ce n’est pas un gag. On croirait être dans un mauvais film. Les audiences ont été interrompues pendant trois mois en raison des suspensions des tribunaux, puis lorsque la guerre a éclaté et que l’activité des institutions judiciaires s’est arrêtée, mais les ennemis ont la haine si forte, qu’ils sont repartis en guerre… pour abattre celui qui les protège du Hamas. Le procès du Premier ministre Benjamin Netanyahou a repris ce matin, lundi 4 décembre, au tribunal de district de Jérusalem devant le collège des juges Rivka Friedman-Feldman, Moshe Bar-Am et Oded Shaham.

L’audience d’aujourd’hui portera sur l’affaire 4000 et les juges entendront les témoignages des enquêteurs de police Eran Bohnik et Dadan Malihi, ainsi que de l’enquêteur de la Securities Authority, Lior Spitz.

Je pose une question simple parce que je suis un homme simple : est-ce vraiment le moment ? Est-il raisonnable de détourner l’attention du Premier ministre, en ce moment ? Ne serait-il pas plus sage de ne pas lui encombrer le cerveau avec d’autres préoccupations que les difficiles décisions qui doivent être prises pour faire revenir les otages en vie, éliminer le Hamas, gagner la guerre ? L’aider à garder les idées claires, au lieu de le forcer à se soucier du procès pénal contre lui ? Où est l’urgence : le procès a été entamé il y a deux ans et demi. Ca ne peut pas attendre ? Israël commet selon moi une autre erreur majeure, en reprenant maintenant ce procès.

5 Israël aurait accepté que Tsahal continue les combats, mais les mains attachées dans le dos. Suite aux nouvelles exigences américaines concernant la réduction du nombre de victimes civiles à Gaza, les FDI auraient modifié leurs plans de guerre. À la suite de la visite du secrétaire d’État américain Antony Blinken jeudi, qui a demandé à Israël de « veiller à réduire considérablement le nombre de victimes civiles dans son assaut contre le Hamas à Gaza », les FDI auraient « mis à jour » et « apporté des modifications » à leurs plans d’expansion des opérations dans le sud de la bande de Gaza, a déclaré un responsable diplomatique israélien à Channel 12 news. J’espère que c’est un hoax de la chaîne de gauche, mais je crains que cela soit vrai. Ce n’est pas la première fois.

M. Blinken a demandé qu’Israël désigne plusieurs zones de sécurité dans le sud et le centre de la bande de Gaza pour permettre aux civils d’éviter les combats. A cela, rien à dire, mais cela correspond déjà à la réalité, Tsahal a établi une carte numérotée quartier par quartier, qui est distribuée à Gaza, pour précisément signaler quels habitants devaient évacuer les lieux au fur et à mesure des opérations. De cette manière, lorsque les FDI publieront des instructions ciblées pour chaque zone – les habitants de la zone concernée sauront s’ils doivent évacuer la zone ou prendre d’autres mesures.

En revanche, Blinken a demandé à Tsahal d’éviter de prendre pour cible des « infrastructures vitales » telles que les hôpitaux, les centrales électriques et les usines de traitement de l’eau, alors que les preuves que le Hamas utilisait l’hôpital Shifa, dans le nord de Gaza, comme quartier général pour ses opérations ont été présentées au monde entier.

Je traduis pour vous : Blinken vient de dire au Hamas d’aller se cacher dans les hôpitaux du Sud, les centrales électriques et les usines de traitement de l’eau pour tirer sur les soldats de Tsahal, et il vient d’interdire à Israël de riposter. Je crois le Premier ministre Benjamin Netanyahou capable d’exiger de Tsahal qu’il se conforme aux exigences de Blinken.

Enfin, il a demandé de « réduire au minimum le déplacement des habitants de la bande de Gaza », entre autres exigences, ce qui permettra au Hamas, entre deux tirs, de se réfugier parmi les habitants que Tsahal ne devra pas déplacer, puis de ressortir se battre.

“Nous n’avons pas ignoré les arguments américains, et cela apparaîtra clairement dans les prochains jours », a déclaré le responsable israélien dans le reportage télévisé de la chaîne 12.

Conclusion

Israël n’a pas le droit à l’erreur et il les accumule. Il en fait certes moins que les autres pays occidentaux. Mais elles coûtent très cher en vies humaines. Et franchement, la tradition juive m’a enseigné que les autres pays occidentaux, ils passent après.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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