Publié par Guy Millière le 3 février 2024

Le Forum Economique Mondial de Davos vient de se tenir, comme tous les ans. J’en ai parlé voici peu en évoquant la conversation entre Thomas Friedman et Antony Blinken sur Israël dans un précédent article. Je pense utile d’en parler de manière plus large.

De fait, le Forum Economique Mondial de Davos continue à être présenté comme une réunion de grands capitalistes mondiaux, de financiers de très haut niveau et d’intellectuels censés constituer l’élite de la pensée, et il est dès lors décrit comme incarnant le capitalisme contemporain. C’est totalement inexact.

Viennent effectivement à Davos les grands capitalistes mondiaux, des financiers de très haut niveau et des intellectuels censés constituer l’élite de la pensée, mais non : le Forum Economique Mondial de Davos n’incarne pas du tout le capitalisme contemporain. Vraiment pas du tout. Il incarne un capitalisme totalement perverti.

Plutôt que dire que le Forum de Davos incarne le capitalisme contemporain, divers analystes disent qu’il incarne le «globalisme», ou «mondialisme». La définition, là, se rapproche de la réalité, mais ne permet pas vraiment de cerner celle-ci.

Pour comprendre, il ne faut jamais oublier que le fondateur et le gourou du forum, Klaus Schwab, a un buste de Lénine dans son bureau.

Et ce doit être dit et souligné, le Forum Economique Mondial de Davos incarne une version contemporaine du socialisme de type léniniste, et ce n’est pas un hasard si Xi Jinping a été invité à parler à Davos et a été reçu avec le plus grand respect.

Le léninisme soviétique a échoué, et c’est devenu flagrant lorsque, grâce à l’action de Ronald Reagan, l’empire soviétique s’est effondré en 1991. A ce moment, la plupart des dictatures léninistes ont disparu, et il en est resté très peu (Corée du Nord, Cuba) les partis communistes occidentaux sont devenus des groupuscules, mais la Chine communiste a réussi à persister et a constitué une forme de modèle : des idéocrates détenteurs du pouvoir absolu, et une masse de travailleurs endoctrinés, surveillés, payés très peu et dépourvus de tout droit de grève. Nombre d’entrepreneurs occidentaux se sont laissés tenter, ont investi et fait fabriquer sur le territoire chinois, ont été séduits par le modèle chinois et ont permis à la Chine totalitaire de monter en puissance.

Un dogme idéocratique s’est, en parallèle, imposé en Occident : l’écologisme, et il est devenu l’habit neuf du léninisme.

Un «sommet de la terre» organisé par les Nations Unies s’est tenu à Rio, en 1992, et le dérèglement climatique a été mis en avant comme un prétexte permettant aux gouvernements de prendre graduellement le contrôle toutes les activités économiques et de l’essentiel des activités humaines au nom de la nécessité de «sauver la planète».

«Vous ne posséderez rien et vous serez heureux»

En parallèle, le Forum Economique Mondial a commencé à monter en puissance (il existait de manière embryonnaire depuis 1971, mais il a pris son nom actuel en 1987, et n’a cessé depuis de gagner en poids et en importance) : la nécessité de «sauver la planète» a été, dès 1991, placée au centre de ses objectifs affichés, et peu à peu, le projet inhérent au Forum est monté en puissance : la nécessité d’une «gouvernance mondiale» confiée à une élite (dans le modèle léniniste, cela s’appelle une nomenklatura) a été affirmée, l’impératif d’abolir la propriété privée aussi («vous ne posséderez rien et vous serez heureux»), puis est venu le «capitalisme des parties prenantes» («stakeholder capitalism»), un capitalisme destiné à être totalement pris en main par la «gouvernance mondiale» (nomenklatura).

Le génie maléfique de Klaus Schwab a consisté à dire que ce n’était pas aux gouvernements de prendre le contrôle de toutes les activités économiques et des activités humaines, mais que ce rôle pouvait revenir aux grands entrepreneurs mondiaux et aux financiers de très haut niveau. Il leur a dit qu’ils étaient quasiment les maîtres du monde, et deviendraient pleinement les maîtres du monde s’ils tenaient les leviers de la «gouvernance mondiale» dont il parlait. Il a ajouté qu’au sein de la «gouvernance mondiale», les dirigeants politiques à qui les «forums de la terre» promettaient le contrôle toutes les activités économiques et des activités humaines, devaient être formatés et cooptés pour devenir eux-mêmes des membres de la «gouvernance mondiale» au côté des maîtres du monde (les cooptés ont été appelés «young global leaders»). Des intellectuels prêts à tenir le langage que Schwab attendait d’eux, ont eux aussi été cooptés pour travailler au côté des maîtres du monde, et compléter la «gouvernance mondiale».

La «gouvernance mondiale» (nomenklatura) est en train de prendre forme. Elle est constituée de grands entrepreneurs mondiaux et de financiers de très haut niveau. Des dirigeants politiques ont été cooptés aussi, et sont arrivés au pouvoir dans plusieurs pays. Des intellectuels ont été cooptés et tiennent le discours requis.

La pandémie de Covid 19 a été utilisée pour mettre en place un enfermement des populations occidentales et des moyens de contrôle des populations (passeports vaccinaux, restrictions strictes des déplacements) sans précédent dans les temps modernes, et Schwab a dit que le moment constituait une opportunité extraordinaire pour enclencher la grande réinitialisation (great reset).

Un slogan a été énoncé, et repris par divers gouvernements : build back better, reconstruisons en mieux. Un critère s’impose peu à peu, que les grandes institutions financières de la planète imposent aux entreprises, et qui vient conditionner leur possibilité de disposer d’investissements et de prêts bancaires : le critère ESG (environmental, social and governance – environnemental, social et de gouvernance). Ce critère constitue un moyen d’imposer l’inclusion dans le stakeholder capitalism. Il implique pour les entreprises de se soumettre entièrement aux règles formulées par la «gouvernance mondiale» (nomenklatura) en train de prendre forme. Les entrepreneurs et financiers membres de la gouvernance n’ont aucun mal à le faire : ils sont essentiellement ceux qui ont formulé les règles. Les autres doivent suivre.

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Le critère DEI (diversity, equity and inclusion – diversité, équité et inclusion) est utilisé dans les grandes entreprises des membres de la gouvernance pour procéder au recrutement de leurs employés et fait partie intégrante des éléments essentiels déterminant le respect ou non par l’entreprise du critère ESG. Les autres entreprises doivent suivre, là encore. Les grandes universités américaines recourent toutes au critère DEI pour recruter.

Logiquement, le Forum Economique Mondial travaille avec les Nations Unies et le GIEC. Les rapports léninistes établis par le GIEC disant que le climat est en plein dérèglement, que la fin du monde sera proche si la soumission généralisée aux règles de la «gouvernance mondiale» (nomenklatura) n’advient pas, servent d’armature aux «sommets de la terre», désormais appelés COP (conference of parties), et une synergie existe entre Nations Unies, GIEC et Forum Economique Mondial. Les Nations Unies ont édicté un «agenda 2030» dans lequel se retrouvent tous les thèmes développés à Davos, toutes les règles que la «gouvernance mondiale» (nomenklatura) entend imposer.

Le danger majeur défini à Davos cette année a été, significativement, la «désinformation» : la désinformation, selon ce qui se dit à Davos, est tout ce qui vient contredire les thèses énoncées à Davos. La «gouvernance mondiale» (nomenklatura) entend parvenir à se doter d’un pouvoir absolu, et éliminer (ou pour le moins marginaliser) toute dissidence. Le modèle chinois avance…

Ce qui est d’ores et déjà en jeu est la liberté de penser, et si la «gouvernance mondiale» prend pleinement forme, ce sont toutes les libertés qui vont se trouver menacées, et asphyxiées.

Toutes les libertés sont d’ores et déjà très détériorées, dans l’ensemble du monde occidental.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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