Publié par Eduardo Mackenzie le 8 février 2024

Gustavo Petro est-il déterminé à déclencher la guerre civile en Colombie pour rester au pouvoir ?

Ce qu’il a écrit les 2 et 3 février dernier sur X, les textes les plus effrénés et les plus provocateurs qu’il ait publiés depuis son arrivée à la Casa de Nariño, laisse planer l’horrible fantôme de la guerre civile, au point que le président du Congrès colombien, Ivan Name Vasquez, le vice-président de la Chambre des représentants, Juan Espinal, le Conseil national des entreprises (CNG), le général (r.) Eduardo Zapateiro, et des milliers de citoyens, ont immédiatement exprimé leur étonnement et leur mécontentement face à la conduite hasardeuse du président.

Petro affirme qu’une « rupture institutionnelle » est en cours et qu’il doit, « en tant que président de la République », avertir le monde entier qu’il y a « une prise de contrôle mafieuse du Parquet ». Après ces mensonges monstrueux, il en est venu à exiger « la mobilisation populaire maximale pour la décence ». Lisons entre les lignes : Petro, le grand manitou de la « décence », combat les autres, qu’il faut écraser y compris avec l’aide étrangère. Le chef de l’Etat colombien fulmine. Il a demandé que les «  délégations internationales» et les « organisations étrangères» se mobilisent pour le protéger. Il a lui-même envoyé son message colérique en cinq langues, dont l’arabe. Espère-t-il que le Hamas lui envoie des milices pour massacrer des Colombiens mécontents ?1.

Selon le général Zapateiro, ces propos constituent un « manque de respect envers les Colombiens » et une « incitation au désordre ». Ivan Name a soutenu que les gesticulations de Petro conduisaient à une « confrontation civile » – ce qui signifie une guerre civile, en termes clairs.

De nombreuses personnalités mettent en garde : pour eux, Petro est « le seul responsable si le pays tombe dans le désordre ». Cette certitude va loin et inclut quelques activistes qui ont voté pour Petro en 2022. Certains petristes convaincus restent silencieux. Ou bien ils l’ont approuvé de manière inaudible.

Un conseil de méthode

En analysant ce nouvel épisode de la crise gouvernementale colombienne, il faut éviter de recourir aux concepts et au vocabulaire que Petro jette comme des os. Ladite « rupture institutionnelle » n’est pas le débat. Ce qu’il dit du parquet, du chef du parquet, Francisco Barbosa et de la procureure Margarita Cabello, n’est pas le débat : ils n’enquêtent pas sur l’homme mais sur ses actes. Ladite « décence » de Petro n’est pas le débat. Le « coup en douceur », qu’il avait sorti du chapeau en octobre 2022, n’est pas le débat.

La vraie question est celle du pouvoir et de la continuité du pouvoir. La vraie question est de savoir quelle sera la forme de l’assaut imminent de Petro. Parviendra-t-il ou non à briser la justice pénale et le ministère public, et à museler les dirigeants de l’opposition, le Congrès et la presse ? Le coup que Petro tente de porter à l’ancien président Andrés Pastrana2 est un geste de grande envergure, il ne s’agit pas seulement d’une vengeance personnelle. Petro est prêt à prendre des risques. Est-ce que tout cela mènera à la guerre civile ?

Ce qui est arrivé à un autre président désorienté, Pedro Castillo, qui ne voyait pas d’autre issue que l’auto-coup d’État au Pérou en 2022, croyant que le Forum de Sao Paulo le sauverait, est d’actualité. Existe-t-il un autre moyen pour ces gens d’obtenir l’hégémonie ? L’audace de Castillo s’est mal terminée. Ses hordes ne l’ont pas sauvé de la prison de Barbadillo, car le Congrès, les forces armées et le peuple péruvien ont réagi vite et avec détermination. Cet épisode fait paniquer Petro.

Il inverse l’ordre des facteurs en espérant vendre l’image qu’il rétablira l’ordre violé par ses ennemis. Mais son appel à une « mobilisation populaire maximale » et aux organisations étrangères montre l’isolement dans lequel il se trouve. N’oublions pas que quelques heures avant cette crise, à la Casa de Nariño, Petro avait, par l’intermédiaire de sa porte-parole Laura Sarabia, demandé à tous ses ministres de démissionner et qu’un haut fonctionnaire avait démissionné en se plaignant du manque de leadership de Petro dans les affaires de l’État3.

Petro se retrouve donc dans une impasse : s’il ne parvient pas à s’emparer de l’État tout entier – la norme au Venezuela, au Nicaragua, à Cuba – ses engagements envers le narco-communisme ne seront pas tenus.

La potion la plus toxique

En se faisant paraître comme la victime d’une opposition « mafieuse » (cette fois il n’a pas utilisé l’étiquette « fasciste »), Petro ordonne au syndicalisme de servir de force de choc. La première chose qu’a faite la CUT, la seule fédération syndicale qui a accepté ce diktat, a été d’ordonner à la Cour suprême de justice de procéder « immédiatement » à l’élection du nouveau procureur général de la nation. Une insolence inhabituelle ! Les magistrats vont-ils plier l’échine ? L’urgence de Petro et du PCC est évidente : il leur faut un procureur de poche qui fera disparaître les dossiers brûlants que traînent Gustavo Petro et son fils, qui détruira l’indépendance du pouvoir judiciaire et transformera le parquet général et la Cour suprême de Justice en wagon de queue du pouvoir exécutif.

Mais cette potion est toxique. La CGN a souligné que « l’indépendance des branches du pouvoir public constitue le principal mécanisme défini par notre société pour traiter les différences qui existent en démocratie, y compris la solution des réclamations juridiques et l’exigence de protection et de garantie des droits de tous les citoyens, surtout s’il s’agit de dirigeants politiques et d’autorités ».

Conclusion : Petro a échoué en tant que président de la République puisqu’il n’a pas déchiffré le fonctionnement de la société ni de l’État colombien. Sa vision du monde n’a pas changé depuis qu’il était un sinistre opérateur du M-19. Il continue de se baser sur le critère de l’arbitraire et de l’extrême violence comme méthodes pour atteindre ses objectifs.

Il croyait qu’une fois devenu président, il pourrait soumettre les pouvoirs publics, ainsi que la presse et l’opposition extraparlementaire. Il s’est trompé. Les institutions fonctionnent, même avec des défauts, mais non sans un certain courage, et ce sont elles qui ont stoppé voire défait ses plans hégémonistes.

À ce jour, les organismes de contrôle et la branche judiciaire sont ceux qui jouent le plus grand rôle dans la lutte contre le narco-communisme. Ce n’est pas la force publique – victime d’une crise de leadership provoquée par Petro lui-même – ni l’opposition parlementaire qui ont effectué ce travail. Une partie du monde politique somnole dans l’opposition dite « constructive » et dans la routine des commentaires sur les désastres que Petro crée chaque jour. Cette opposition estime que les actions de Petro sont des « réformes » et non des démolitions, et ne soutient pas les initiatives de la société, telles que les protestations, les marches et les manifestations, bien que certains de ses porte-parole y participent, ni les revendications devant la Commission d’accusations de la Chambre des Représentants et restent silencieux face au harcèlement subi par l’ancien président Pastrana. Elle n’agit pas non plus pour défendre efficacement la presse persécutée par le pouvoir ni les réseaux sociaux qui luttent contre le cyber-harcèlement et la désinformation des «trolls »petristes instigateurs de « l’explosion sociale ». Ces esprits tièdes doivent se réveiller.

Constater que le chef d’Etat n’est pas le chef de l’Etat tout entier a été la divine surprise pour Petro et qu’en Colombie les trois pouvoirs existent et jouissent du soutien des citoyens et effectuent leur travail, malgré les difficultés, pour que les libertés ne soient pas submergées par une minorité subversive qui a déjà annoncé qu’elle ne rendra pas le pouvoir dans les élections de 2026.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

  1. Le président colombien n’a pas reconnu que le Hamas est une organisation terroriste ni a désapprouvé les atrocités commises par Hamas en Israël le 7 octobre 2023. ↩︎
  2. Lire mon article sur ce sujet : https://www.dreuz.info/2024/02/la-colombie-doit-proteger-lancien-president-pastrana-ou-elle-perdra-la-plus-grande-de-ses-libertes-292325.html ↩︎
  3. La revue Semana écrivait le 3 février 2024  : « Pour l’instant, la seule démission est celle du directeur de la planification, Jorge Ivan Gonzalez, qui a quitté ses fonctions au milieu de profondes divergences avec Petro. González s’est plaint que, apparemment, le président Petro pourrait violer ses engagements budgétaires avec le département d’Antioquia. » ↩︎

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