Publié par Thierry Martin le 7 février 2024

N’oublions pas qu’au congrès du Sinn Féin de 2019, cette charmante dame déclare lors de son discours d’ouverture « La seule solution au chaos du Brexit, c’est l’unification. La question n’est plus de savoir si, mais quand se tiendra le référendum sur la réunification ».

Précisons qu’il s’agit de la séparation d’avec le Royaume-Uni. Le Sinn Féin étant un parti séparatiste d’extrême-gauche revêtu des oripeaux de cette forme d’oxymore qu’est le nationalisme catholique irlandais.

Les unionistes, les légitimistes, les Orangistes, les descendants des huguenots français établis ici à l’époque de Louis XIV, les anglicans, les presbytériens, les amoureux de l’identité nord-irlandaise dans le Royaume-Uni, les Britanniques tout simplement ont de quoi s’inquiéter et devraient faire fi de leur divisions pour s’unir derrière la fameuse bannière : No Surrender !

L’Assemblée nord-irlandaise a élu pour la première fois le 3 février une militante du Sinn Fein, Michelle O’Neill, à la tête de son gouvernement autonome, même si c’est un pouvoir partagé avec le DUP, c’est un dangereux pas franchi pour la province britannique qui échappe pour la première fois à la suprématie des unionistes. Aussi appelé l’Ulster, cette province est restée intégrée aux Royaume-Uni après la séparation de l’Irlande du Sud devenue indépendante et républicaine en 1921. Est-ce la victoire tant attendu de la démographie catholique pour cette fille d’ouvrier qui fut mère dès l’âge de 16 ans ? Quoi qu’il en soit elle passera quand même son bac (le A-levels) et prendra sa carte au Sinn Féin dès l’âge de 22 ans en dépit des crimes commis par l’IRA, sa branche militaire. Enfant, son père est incarcéré, l’un de ses oncles prend la tête d’un comité chargé de collecter des fonds pour l’Armée républicaine irlandaise (IRA) aux États-Unis et deux de ses cousins rejoignent l’IRA, dont l’un sera tué par les troupes britanniques.

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Michelle O’Neill est élue au conseil municipal de Dungannon en 2005 et en est maire de 2010 à 2011. Elle est élue membre de l’Assemblée d’Irlande du Nord pour la circonscription de Mid Ulster en 2007. Elle devient ministre de l’Agriculture de l’Irlande du Nord en 2011, puis ministre de la Santé en 2016. Le 23 janvier 2017, elle est élue à la tête du Sinn Féin en Irlande du Nord.

La nomination de Michelle O’Neill, confirmée par le Parlement de Stormont, a été rendue possible par la décision du Parti unioniste démocrate (DUP) de mettre fin à deux années de boycott de l’exécutif régional.

En fait le Sinn Féin avec 29% et 27 sièges n’a pas progressé, c’est le DUP, le parti unioniste loyal au Royaume Uni en conflit avec Londres en raison de la frontière commerciale entre l’Irlande du nord et la Grande-Bretagne imposée par l’UE dans le cadre de l’accord du Brexit1, qui avec 21,33% et 25 sièges à perdu 6,7% et 3 sièges. La véritable poussée est celle des libéraux de l’Alliance qui progressent de 4,5% à 13,53%, et passe de 9 à 17 sièges, qui refusent toutes références confessionnelles et renvoient dos-à-dos unioniste et nationaliste ; la droite radicale unioniste de la Voix unioniste traditionnelle (TUV) avec 7,63% progresse de 5,1% sans parvenir à augmenter son nombre de sièges 1, en partie en raison du système électoral complexe de vote à choix multiples.

Partis unionistes 40,1% (pro-britannique) contre 39,6% pour les nationalistes

Le Sinn Féin qui n’avait fait campagne que sur la santé et l’éducation, relance désormais l’idée d’un référendum en vue d’une annexion du nord de l’île par le sud. Mais en additionnant les trois partis unionistes 40,1% (pro-britannique) contre 39,6% pour les trois nationalistes, le compte n’y est pas.

Le plus grand parti unioniste d’Irlande du Nord (DUP) a donc finalement mis fin au boycotte et conclu un accord pour rétablir l’exécutif de partage du pouvoir2 après bientôt deux années de paralysie politique. Sir Jeffrey Donaldson avait déclaré que les unionistes démocrates retourneraient à Stormont, le parlement nord irlandais, sous réserve de l’adoption par le gouvernement britannique d’une législation qui réponde à ses préoccupations, c’est-à-dire visant à renforcer la place de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni et sa capacité à commercer avec la Grande-Bretagne.

“Elle supprimera les contrôles pour les marchandises circulant au Royaume-Uni et restant en Irlande du Nord et mettra fin à l’application automatique par l’Irlande du Nord des futures lois de l’UE. Il y aura une législation qui fournira de nouvelles protections juridiques et pratiques pour les actes de l’Union et qui garantira aux entreprises d’Irlande du Nord un accès sans entrave au reste du Royaume-Uni. Dans les prochains jours, outre la publication des détails du nouveau paquet de propositions, le gouvernement britannique devra respecter les engagements législatifs qu’il a pris à notre égard.»

M. Heaton-Harris, secrétaire d’État, a déclaré : “Je suis heureux que le DUP ait accepté l’ensemble des mesures proposées par le gouvernement britannique et qu’il soit ainsi prêt à retourner à l’Assemblée d’Irlande du Nord et à nommer des représentants au sein de l’Exécutif d’Irlande du Nord. » Londres a promis une enveloppe financière de 3,3 milliards de livres sterling pour la région, sous réserve du retour de Stormont, ainsi qu’une législation visant à apaiser les inquiétudes du DUP.

L’exécutif du parti DUP, qui compte plus de 100 membres, a laissé entrevoir la profondeur des divisions entre ceux qui sont prêts à soutenir M. Donaldson et ceux qui sont implacablement opposés aux règles commerciales du Brexit.

Le Brexit a laissé l’Irlande du Nord à l’intérieur du marché unique de l’UE pour les marchandises, mais le cadre de Windsor convenu entre Londres et Bruxelles l’année dernière visait à faciliter les échanges commerciaux entre la région et la Grande-Bretagne. Tout cela au nom de la préservation de la dématérialisation de la frontière entre les deux Irlande issu des accords du Vendredi saint de 1998 après trois décennies de sang et de larmes. Pas à une contradiction près, il en a résulté une frontière de fait entre l’Ulster province Britannique et le reste du royaume qui générait des tensions non seulement entre l’Union européenne et Londres mais aussi entre le gouvernement et les brexiteers au parlement, et avec les unionistes à Belfast qui refusent toute application de facto du droit européen dans la province britannique. Mieux, à Belfast les frontières sont à l’intérieur, on parle de peacelines. Ces murs de la paix, “murs de la honte” disent certains, qui désignent une série de barrières de séparation construites pour séparer les quartiers catholiques des quartiers protestants de la ville. On recense aujourd’hui 99 murs de la paix. Certains ont de vastes portes que l’on ferme à la tombée de la nuit, le week-end ou lors d’émeutes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry Martin pour Dreuz.info.

  1. Amazon.fr – BoJo, un punk au 10 Downing Street: Global Britain : Boris Johnson, le Brexit, et l’après – Martin, T. A., Martin, Thierry – Livres ↩︎
  2. N Ireland executive could return this weekend after DUP agrees landmark deal ↩︎

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