Publié par Guy Millière le 28 février 2024

Les hommages à Robert Badinter, qui vient de disparaitre, ont été quasiment unanimes. Quelles qu’aient été les qualités humaines de Robert Badinter, et je ne doute pas un seul instant des qualités humaines qui ont été les siennes, je ne peux me joindre à ces hommages.

Le nom de Robert Badinter est étroitement lié à l’abolition de la peine de mort en France. Cette abolition a toujours été à mes yeux une décision contraire à l’idée de justice et au respect de la vie et être une quintessence de ce qu’incarne la gauche.

Depuis l’abolition de la peine de mort en France, les vies des pires assassins sont épargnées. Et, en conséquence de cette abolition, toutes les peines se sont trouvées abaissées. Ce qui se trouve appelé “perpétuité” en France n’est plus même une perpétuité réelle, mais en général une peine de trente ans incompressibles, et les autres crimes étant moindres, les crimes graves, ne peuvent dès lors, logiquement, très logiquement, qu’impliquer des châtiments moindres.

Si certains assassins sont irrationnels, d’autres sont très rationnels, et la plupart des criminels font, comme l’a expliqué le grand économiste Gary Becker, un calcul coût-avantage, et le fait que tuer devienne moins coûteux change le calcul. La vie des personnes innocentes se trouve ainsi bien davantage mise en danger.

Mais le plus grave n’est pas là: un assassin sait désormais qu’il ne risque pas sa vie en assassinant quelqu’un, et la gravité extrême que constitue un assassinat se trouve dévaluée.

La valeur infiniment précieuse de la vie se trouve elle-même abaissée. Prendre à quelqu’un ce qu’il avait de plus précieux avant l’abolition impliquait de risquer ce qu’on avait de plus précieux.

Depuis l’abolition que vaut une vie ? Un emprisonnement de quinze ans, parfois beaucoup moins avec les remises de peine pour bonne conduite. Seul l’auteur de plusieurs assassinats peut risquer une peine de trente ans.

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Quasiment tous les assassins peuvent retrouver la liberté et continuer à vivre. Les victimes n’ont pas cette chance immense. Les assassins libérés peuvent récidiver et même si cela arrive rarement, cela arrive, et chaque fois que cela arrive, c’est inadmissible.

Le dommage infligé aux familles des victimes d’assassinats est immense et nombre d’entre elles, j’en connais, ne considèrent pas, en sachant la sentence encourue par l’assassin, et en entendant la sentence prononcée, que selon l’expression consacrée, “justice est faite”, et ressentent amertume et frustration, et je les comprends.

Certains parents ont dû déménager pour ne pas croiser l’assassin de leur fils ou de leur fille sorti de prison et revenu habiter le logement qu’il occupait avant d’avoir tué.

La phrase politiquement correcte dit que l’assassin a “payé sa dette à la société”, et cette phrase est odieuse: prendre la vie de quelqu’un n’est pas s’endetter auprès de “la société”, tuer n’est pas s’endetter, et ce n’est pas la société qui est concernée, mais la victime, sa famille, ses proches. Parler de la société dans ce contexte est effacer la victime, sa famille et ses proches. Les grands médias contribuent à cet effacement en qualifiant de “digne” l’attitude de parents ou de familles de victimes qui disent qu’ils pardonnent un assassin et n’ont aucune haine à son égard, et d’”indigne” l’attitude de parents ou de familles de victimes qui disent avec douleur et fermeté qu’ils exigent justice, et ont haine ou aversion pour un assassin. Le succès, en 2016, du livre “Vous n’aurez pas ma haine” a été l’incarnation de cette lamentable vision des choses.

Entendre, comme cela s’est dit, que Robert Badinter s’était battu pour le “respect de la vie” n’est pas admissible.

Epargner la vie d’une personne qui a pris la vie d’une autre personne n’est pas respecter la vie, non, pas du tout.

C’est pratiquer l’irrespect pour la vie de la victime et pour la douleur des familles et des proches de victimes d’assassinat, et c’est entériner le fait qu’un assassin a pratiqué l’irrespect absolu pour la vie, et l’exonérer très largement de son acte en niant l’extrême gravité de celui-ci.

Robert Badinter s’est battu contre l’euthanasie dans la dernière partie de sa vie. Les questions que l’euthanasie pose n’ont strictement aucun rapport avec la peine de mort infligée ou non à un assassin. Il est grave, très grave, que la différence entre euthanasie et peine de mort soit si peu comprise. 

Triste époque.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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