Publié par Eduardo Mackenzie le 22 mars 2024

Quel sera le sort de la Colombie ? Un coup d’État abject mais réussi comme celui de Fujimori, en 1992, ou un coup d’État qui a échoué à temps, en 2022, comme celui de Pedro Castillo ?

Dans la bataille politique qui existe aujourd’hui entre la Colombie et le désastreux président actuel, le langage, les discours, le tintamarre, les menaces, les textes mal orthographiés de Gustavo Petro sont des armes d’un combat culturel et psychologique qu’il utilise chaque jour avec un relatif succès contre les citoyens.

Il est essentiel que cette manipulation prenne fin. La majorité silencieuse, mais aussi la classe politique, l’opposition parlementaire, les éditorialistes, les journalistes et les analystes, peuvent arrêter net ce que Petro cherche : imposer ses propres éléments de langage, dicter les termes du débat et censurer toute véritable description de ce qu’il fait depuis la Casa de Nariño. Cette police de l’esprit, ce trait dictatorial, doit être détruit sans délai.

Par exemple, ces jours-ci, lors d’un rassemblement à Cali, Petro a menacé le Congrès de convoquer une Assemblée constituante s’il n’approuvait pas ses initiatives désastreuses, ses soi-disant « réformes ». Petro a crié que grâce à une assemblée constituante, il pourra obtenir « les réformes sociales que le peuple a ordonnées par son vote ».

Ce charlatanisme est insupportable. Petro ne veut pas « réformer les institutions ». Petro en réalité ne veut pas qu’une assemblée constituante lui donne une nouvelle constitution démocratique qui limite les actions du pouvoir exécutif et sépare les pouvoirs pour fermer la voie à toute tentation autocratique.

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Ce que Petro veut, c’est rassembler ses copains, et non le peuple souverain, pour écrire avec eux un morceau de papier qui lui permette d’établir une « verticale du pouvoir » semblable à celle de son admiré Vladimir Poutine, qui opprime la Russie depuis 20 ans et envahit l’Ukraine et menace le monde avec ses armes nucléaires sans rendre de compte à personne. Ce que Petro veut, ce n’est pas modifier six thèmes de l’actuelle Constitution colombienne : il veut effacer tout ce qu’elle contient. Il veut s’affranchir du système démocratique pour satisfaire les intérêts criminels qui ont contribué à financer sa campagne électorale. Il ne pourra jamais faire passer cela pour une « transformation des institutions ».

En ce moment, il se consacre essentiellement à l’abolition de la Constitution de 1991 et à ériger un rempart contre toute constitution démocratique-libérale. C’est un coup d’État régulier, barbare, sournois, qui va pousser le pays vers le passé, vers la féodalité. Ce que Petro fabrique à partir de la Casa de Nariño insulte le Précurseur de l’Indépendance. Petro : fiche le camp de la Casa de Nariño !

Le rejet massif généré par l’ultimatum insolite de Petro au Congrès est un bon signe : le pays est lucide et ne veut pas valider l’aventure pétriste. Les colombien savent que la gestion du gouvernement au cours de ces 18 mois a été désastreuse et pourrait dégénérer encore davantage. D’un autre côté, l’attitude patriotique du Congrès, des parlementaires et de la société en général se fait jour. Ils ont confirmé que Petro mène un combat à mort contre la démocratie et qu’il faut s’opposer avec détermination à cette spirale mortelle jusqu’à sa défaite totale. La défense acharnée du Congrès par Ivan Name, président du Sénat, montre l’isolement dans lequel se trouve Gustavo Petro. Selon le journal El Colombiano, Ivan Name a qualifié d’« extrêmement grave » le fait que Gustavo Petro « ait littéralement proposé un coup d’État institutionnel ». Name a ajouté : « Ceci n’est pas un Congrès agenouillé, ce Congrès n’est pas disposé à accepter que le Président de la République profère des menaces contre la démocratie et le Congrès. »

Face à cette attitude patriotique et courageuse, que reste-t-il à Petro ? Fermer le Congrès et lui envoyer les blindés ?

Puisqu’il ne contrôle la majorité dans aucune des deux chambres, Petro dissimule son projet de coup d’État sous le couvert sympathique et provincial des « cabildos abiertos » (des meetings publics). Il suffit de soulever le rideau de quelques centimètres pour voir l’arrière-plan de ces « cabildos »: la guérilla des FARC et les milices de l’ELN –qui négocient toutes deux avec le gouvernement Petro une « paix totale »–, et les cartels de la drogue, sont en train de s’agiter tous pour converger avec les soi-disant « mingas indigènes » –bandes paramilitaires qui ne représentent pas les peuples indigènes du pays–, et avec les « lignes de front » – des gangs atroces responsables de centaines de morts, blessés, estropiés, brûlés, destructions et pillages lors des soulèvements pétristes de 2021–.

Telles sont les forces « populaires » avec lesquelles Petro espère faire quatre choses : dissoudre le Congrès, déclarer le pays en état de commotion intérieure, gouverner par décret et mettre en place une caricature d’assemblée constituante pour copier le modèle « d’État communautaire » d’Hugo Chavez en 2007 au Venezuela.

Syndrome de Pedro Castillo

La culture politique de Petro est en effet imprégnée des astuces et des croyances de certaines dictatures marxistes. Comme l’ex-président bolivien Evo Morales, il est convaincu que des émeutes et des marches invasives, préfabriquées et financées avec de l’argent sale, peuvent s’emparer de la ville de Bogota et forcer l’ouverture d’une assemblée constituante. La Constitution actuelle ne dit pas qu’une Assemblée constituante peut être le résultat de violences urbaines. Mais cela n’a pas d’importance pour Petro. Comme l’ancien président péruvien Pedro Castillo, Petro calcule que si on n’approuve pas ses « changements » socialistes, il peut fermer le Congrès et créer une Assemblée constituante à sa mesure.

En 2022, Castillo s’est retrouvé confronté à une crise similaire à celle de Petro et il a fini en prison pour avoir lancé un coup d’État déguisé. Le New York Times a écrit : « Le 7 décembre, le Congrès [péruvien] devait voter dans l’après-midi la destitution ou non du président Pedro Castillo, pour corruption. Cependant, le président, tentant de contrecarrer le vote, a annoncé la dissolution du Congrès et la mise en place d’un gouvernement provisoire, ce qui a été rapidement et largement condamné comme une tentative de coup d’État. Autre détail : Castillo a annoncé qu’il convoquerait un nouveau Congrès pour rédiger une nouvelle Constitution qui réorganiserait le pouvoir judiciaire. Le journal américain rappelait que Castillo, dont la devise favorite était « Plus de pauvres dans un pays riche », s’était présenté comme une « rupture avec le passé corrompu du pays ». Mais bientôt Castillo « s’est retrouvé impliqué dans des scandales et n’a pas tenu beaucoup de ses promesses ».

Ce qui a suivi, tout le monde le sait. Après que Castillo a annoncé la dissolution du Congrès, les forces armées et la police péruviennes ont immédiatement rejeté cette décision. The Economist a rapporté : « Le Congrès a voté la destitution [de Castillo] à 101 voix pour, 6 contre et 10 abstentions. Il a été arrêté après que des manifestants et d’importants embouteillages l’ont empêché de se réfugier à l’ambassade du Mexique. Et la clique de Castillo a continué de s’effondrer : « De hauts responsables ont démissionné, des experts juridiques ont qualifié son initiative d’illégale et même l’ancien avocat personnel du président l’a réprimandé. Les États-Unis ont également rejoint le chœur des mécontents », résume le New York Times.

Ce qui est curieux, c’est qu’en 1992, un autre président péruvien, Alberto Fujimori, avait envoyé des chars pour fermer le Congrès péruvien et a réussi : il a gouverné en autocrate pendant les huit années suivantes.

Quel sera le sort de la Colombie ? Un coup d’État abject mais réussi comme celui de Fujimori, ou un coup d’État qui a échoué à temps, comme celui de Castillo ?

La grande leçon de ces processus est que les institutions doivent être vigilantes, surveiller tout mouvement étrange, détecter les moindres signes d’un coup d’État pour réagir à temps et avec énergie. La liberté et la démocratie ne sont pas des biens pérennes, ce sont des réalités fragiles dont il faut savoir prendre soin avec zèle, si l’on ne veut pas aboutir à un chaos socialiste. Ou à ce que l’écrivain Constantin Léontiev prédisait pour la Russie il y a plus d’un siècle : « Le socialisme est le féodalisme du futur »1.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

  1. D’après Robert Conquest, dans sa préface à l’ouvrage de Pavel et Anatoli Soudoplatov Missions Spéciales (Editions du Seuil, Paris, 1994, page 11) ↩︎

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