Publié par Jean-Patrick Grumberg le 29 mars 2024

L’Arabie saoudite devrait diriger un organe des Nations unies pour les droits de la femme pour la session 2025, ce qui a suscité l’indignation des groupes de défense des droits qui estiment que le Royaume a un passé “abyssal” en matière d’émancipation des femmes.

L’ambassadeur d’Arabie saoudite auprès des Nations unies, Abdulaziz al-Wasil, a été élu président de la Commission de la condition de la femme. L’agence de presse a déclaré que la nouvelle présidence du pays “confirmait son intérêt à coopérer avec la communauté internationale pour renforcer les droits et l’autonomisation des femmes”.

Toutefois, Sherine Tadros, directrice adjointe d’Amnesty International, a déclaré que l’Arabie saoudite avait un “bilan catastrophique en matière de protection et de promotion des droits des femmes”, estimant qu’il y avait un “énorme fossé” entre les aspirations de la commission des Nations unies et la “réalité vécue par les femmes et les filles en Arabie saoudite”.

L’Arabie saoudite était pressentie pour acquérir la présidence, qui dure généralement deux ans, d’autant plus qu’il n’est pas nécessaire de procéder à un examen approfondi pour être élu à la commission et qu’il n’est pas non plus nécessaire de respecter certaines normes en matière de droits de l’homme – sauf pour Israël.

Louis Charbonneau, directeur à Human Rights Watch, a déclaré dans un communiqué :

“Un pays qui emprisonne des femmes simplement parce qu’elles défendent leurs droits n’a rien à faire au sein du principal forum des Nations unies pour les droits des femmes et l’égalité entre les sexes.

Les autorités saoudiennes devraient démontrer que cet honneur n’est pas totalement immérité, et libérer immédiatement tous les défenseurs des droits des femmes détenus, mettre fin à la tutelle masculine et garantir le plein droit des femmes à l’égalité avec les hommes”, a-t-il ajouté, sachant que cela ne se produira pas, car c’est contraire à la charia, la loi de l’islam.

L’agence de presse saoudienne a répondu que les femmes saoudiennes “ont reçu les moyens de s’émanciper et sont devenues un partenaire actif dans le développement et l’élévation de la nation”.

Quelle est la situation des femmes en Arabie Saoudite ?

Le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, a promis des réformes.

Mais les groupes de défense des droits affirment que les femmes du royaume sont toujours soumises à de nombreuses restrictions discriminatoires. Par exemple, les Saoudiennes doivent toujours obtenir la permission d’un tuteur masculin pour se marier.

En outre, les Saoudiennes qui ont posté sur les réseaux sociaux en faveur des droits des femmes ont été condamnées à des peines de prison, parfois extrêmement longues.

Et en vertu de la loi de 2022, un mari peut également retirer le soutien financier à sa femme si celle-ci refuse d’avoir des relations sexuelles avec lui, de vivre avec lui ou de voyager avec lui. 

L’argent paie, dans la corrompue ONU

Néanmoins, les groupes de défense des droits de l’homme notent que les femmes, par exemple, doivent toujours obtenir l’autorisation d’un tuteur masculin pour conduire une voiture et sont victimes de discrimination lorsqu’il s’agit de litiges relatifs à la garde des enfants.

Depuis que Mohammad bin Salman est devenu le dirigeant de facto de l’Arabie saoudite en 2017, le pays a emprisonné des centaines de militants, blogueurs, universitaires et autres pour activisme politique, faisant preuve d’une tolérance quasi nulle à l’égard de la dissidence, malgré les condamnations internationales.

Des universitaires musulmans ont été exécutés et des militants des droits de la femme ont été emprisonnés et torturés, les autorités du Royaume continuant à refuser la liberté d’expression, d’association et de croyance – comme dans les autres pays musulmans.

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  • Loujain al-Hathloul, par exemple, qui a fait campagne contre l’interdiction de conduire faite aux femmes, a été emprisonné de 2018 à 2021 et s’est vu interdire de voyager en dehors du Royaume.
  • Une jeune femme de 29 ans, instructeur de fitness et défenseuse des droits humains, a disparu de force pour que sa famille ne sache pas où elle se trouve.

“Elle a été incarcérée parce qu’elle avait tweeté sous le hashtag ‘mettre fin à la tutelle masculine’ et parce qu’elle avait posté une photo d’elle dans le centre commercial sans porter d’abaya traditionnelle.”

  • La militante des droits de la femme Salma Al-Shehab a été condamnée à 34 ans d’emprisonnement, après que le Royaume a augmenté ses mesures répressives à l’encontre des militants pro-démocratie, suite à l’assassinat brutal du journaliste Jamal Khashoggi.
  • Selon Human Rights Watch, des militantes saoudiennes des droits des femmes et d’autres personnes détenues en 2018 ont été torturées, soumises à des décharges électriques, à des passages à tabac, à des coups de fouet et à du harcèlement sexuel.
  • L’année dernière, dans un rapport du Forum économique mondial sur l’écart mondial entre les hommes et les femmes, l’Arabie saoudite s’est classée 131e sur 146 pays.

Cela revient à dire qu’à l’ONU, il y a deux poids, deux mesures dans de nombreux domaines, ce qui renforce l’image de putréfaction de l’intérieur de l’institution internationale. L’Iran, qui n’est pas un meilleur exemple que l’Arabie saoudite, a été exclu de la même commission en 2022 par un vote dirigé par les États-Unis, après les manifestations de Téhéran cette année-là, sachant que c’était la première fois qu’un État membre était exclu de l’organe de l’ONU chargé des questions féminines. Cette fois, il est peu probable que les Etats-Unis imposent un veto du fait que la géopolitique du Moyen-Orient est à un point pivotant. C’était à l’ONU de ne pas offrir le poste aux saoudiens.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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