Publié par Eduardo Mackenzie le 26 mars 2024

Une fois de plus, Gustavo Petro, lors d’un rassemblement avec des paysans de San Antonio de Palmito, dans le département Sucre situé au nord du pays, s’est consacré à son activité favorite : inciter à la haine pour diviser les Colombiens.

Se sachant acculé et confronté à la crise finale de sa fâcheuse présidence, Petro tente de vendre l’image d’un réformateur libéral. En réalité, à part les insultes et les exagérations, il ne propose rien d’autre que la décroissance et le retard socialiste.

Cette fois, Petro s’est empêtré dans ses propres phrases et a dévoilé le sentiment de vengeance qui anime chacune de ses actions en tant que chef de l’État.

Lors de ce rassemblement le président a assuré que « l’oligarchie colombienne » « avait volé le commerce du café » qui faisait partie de l’économie paysanne. Et que la Fédération nationale des producteurs de café « a retiré le commerce du café aux agriculteurs ». Croyant insulter la Fédération des producteurs de café, Petro a insulté les 555 692 familles paysannes qui cultivent le café dans 631 municipalités de Colombie.

Devenez “lecteur premium”, pour avoir accès à une navigation sans publicité, et nous soutenir financièrement pour continuer de défendre vos idées !

En tant que lecteur premium, vous pouvez également participer à la discussion et publier des commentaires.

Montant libre






Au milieu de sa grossière rhétorique, il a laissé échapper une phrase qui contredit ce qu’il venait de dire lui-même : « Les producteurs de café étaient à peine capables de créer l’économie paysanne, qui était une économie dont nous avons tous vécu pendant près d’un siècle ».

Comment les Colombiens pourraient-ils vivre du café pendant près d’un siècle si cette économie avait été « volée » par un groupe de « l’oligarchie » ? Petro admet ensuite, même s’il ne veut pas le dire, que les devises du café ont profité au pays grâce au système créé et perfectionné par la Fédération des producteurs de café (FNC), une entité qui, au lieu d’« escamoter » ces fonds, a soutenu les prix du café, s’est aventuré avec succès sur le marché international, a distribué les bénéfices aux familles de producteurs et, par conséquent, au reste du pays par le biais des impôts.

La FNC a été créée en 1927 en tant qu’association professionnelle privée dont le but était de stabiliser les revenus, de contrôler la qualité du café et d’ouvrir le crédit bancaire aux producteurs. Alors que, 97 ans plus tard ce modèle perdure et a prouvé son efficacité, le président extrémiste veut le soviétiser. Pour lui, il est insupportable que le café soit non seulement une entreprise prospère mais aussi une entreprise privée. Il veut le mettre sous la direction de « l’État », c’est-à-dire d’un groupe politique lié au président. C’est ce qu’il essaie de faire avec d’autres secteurs, comme l’énergie (Ecopetrol), les fonds de pension, les infrastructures de la santé, la liste est longue.

La FNC est l’une des plus grandes organisations agricoles privées au monde. C’est l’instrument clé des familles paysannes colombiennes qui, grâce à leur travail et leur discipline, ont hissé la Colombie au rang de troisième exportateur mondial de café. La culture du café génère plus d’un demi-million d’emplois directs (38 % des emplois agricoles du pays). Pourquoi Petro veut-il gâcher et désorganiser tout cela ?

La première étape consiste à discréditer la FNC. En pleine extase diffamatoire à San Antonio de Palmito, Petro gesticulait : selon lui les « oligarques » qui avaient la Fédération des producteurs de café « sont devenus producteurs de pétrole et de charbon » et contrôlaient ces « affaires » ainsi que la « cocaïne » et « ont mis fin à l’économie du café ». Pour l’occupant de la Casa de Nariño, « l’oligarchie » du café c’est aussi « le pétrole » et le « charbon » et elle fait partie des cartels de la cocaïne.

Je ne comprends pas pourquoi El País de Cali, qui a relaté le discours de Petro à San Antonio de Palmito, ne s’est pas distancié d’une telle attaque contre la FNC et les familles productrices de café.

« Salir le nom de la Fédération nous attriste et nous indigne », a timidement déclaré Germán Bahamón, directeur de la Fédération. Bruce MacMaster, président de l’ANDI, le syndicat des industriels, a déclaré que « des milliers de personnes dédiées au secteur du café ont créé des synergies qui [sans la FNC] auraient été impossibles à réaliser ». « La manière injuste et intempérante avec laquelle le président Petro a traité [la FCN] montre une ignorance totale de l’histoire du café qui a construit la nationalité colombienne », a réitéré l’ancien ministre des Finances Juan Camilo Restrepo. Cependant, la FNC tarde à poursuivre pénalement Gustavo Petro pour le cocktail grotesque de calomnie et de diffamation qu’il a lancé à San Antonio de Palmito.

La culture du café a directement contribué à l’industrialisation du pays. Ce n’est pas un hasard si Medellín est depuis de nombreuses années la principale capitale industrielle du pays. Est-ce la raison du brutalisme de Petro contre la FNC ? Non, il y a de fortes motivations idéologiques.

Petro copie les méthodes d’Hugo Chavez : aller là où il y a de la richesse sociale pour s’en emparer, surtout si elle appartient à une corporation, à des milliers de familles, comme c’est le cas du FNC, pour transférer cette richesse à l’État tyrannique et à son agenda caché. La justification démagogique de cette appropriation illégale est de faire profiter aux « bases sociales ». Lors d’un autre rassemblement à Pitalito, Huila, le 16 août 2023, Petro a menacé : « Si la Fédération des producteurs de café n’est pas restructurée selon la base, le contrat du Fonds national du café prendra fin ».

« Retirer à la Fédération l’administration du Fonds national du café serait catastrophique et générerait de l’incertitude parmi les investisseurs », a alerté le journal El Colombiano. Cependant, Petro insiste pour rompre le contrat actuel entre la nation et le Fonds national du café afin que son gouvernement gère non seulement la contribution publique au Fonds national du café, mais aussi l’ensemble du processus de production du café. Pour placer un de ses lieutenants, Petro a accusé Germán Bahamón d’avoir un salaire élevé (Petro a désinformé le pays en gonflant de 300%, dans son attaque verbale contre la FNC, le véritable salaire de Bahamón). Le directeur n’a pas démissionné pour autant et a défendu sa légitimité : « Je me dois aux caféiculteurs qui m’ont élu démocratiquement [par les 15 comités du café], je ne suis pas un homme politique, je suis un manager, et je suis là pour faire face aux difficultés que rencontre la culture du café ».

Petro calomnie la FNC en sachant que la culture du café traverse une période difficile qui nécessite stabilité et soutien. Face à une baisse de la productivité et des prix du café, à la fois due à la violence pratiquée par des bandes criminelles1, ainsi qu’à cause du phénomène climatique El Niño et de l’expansion de la broca, Germán Bahamón exige que le gouvernement réduise les importations de café de mauvaise qualité, applique vigoureusement « les derniers mécanismes d’activation du Fonds de stabilisation des prix du café », accorde des crédits suffisants « sans discrimination régionale » pour le renouvellement des plantations de café et surtout rétablisse l’ordre public dans le pays. « Si nous n’agissons pas avec force, une crise pourrait survenir », a conclu le responsable de la FNC. C’est ce que Bahamón avait demandé le 13 mars. Le président Petro a répondu le 21 mars par son violent discours depuis San Antonio de Palmito. Tel est le triste panorama de la culture du café en Colombie.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

  1. Depuis 2022, on constate une diminution de la production de café en Colombie. En 2020/21, la Colombie a produit 13,4 millions de sacs de café de 60 kg, alors qu’au cours de la saison suivante 2022/23, elle n’a atteint que 11 millions de sacs. Jusqu’à présent, au cours de l’année caféière 2023/2024, la production de café en Colombie a atteint 5,5 millions de sacs, en février. Les négociations de « paix » du gouvernement Petro avec les cartels de la cocaïne et les gangs narco-communistes, non réprimées par les forces de l’État, sont l’une des causes de la crise du café. ↩︎

Abonnez-vous sans tarder à notre chaîne Telegram, pour le cas où Dreuz soit censuré, ou son accès coupé. Cliquez ici : Dreuz.Info.Telegram.

Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir chaque jour notre newsletter dans votre boîte de réception

Si vous êtes chez Orange, Wanadoo, Free etc, ils bloquent notre newsletter. Prenez un compte chez Protonmail, qui protège votre anonymat

Dreuz ne spam pas ! Votre adresse email n'est ni vendue, louée ou confiée à quiconque. L'inscription est gratuite et ouverte à tous

En savoir plus sur Dreuz.info

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Continue reading