Publié par Guy Millière le 28 mars 2024

Il reste très difficile de tout savoir sur l’attentat de vendredi soir dernier à Moscou. Et il restera longtemps impossible de tout savoir : la Russie est un pays sous régime autoritaire dirigé par un dictateur criminel venu du KGB, qui manipule les faits et l’information.

Ce qui semble établi est que c’est un attentat commandité et perpétré par l’Etat Islamique- Khorasan, ou Etat Islamique-K. Cette branche de l’Etat Islamique est celle à laquelle les talibans, en reprenant le pouvoir à Kaboul au terme de la débâcle provoquée par l’administration Biden en quittant l’Afghanistan pendant l’été 2021 avaient confié la gestion de Kaboul, et c’est cette branche qui a perpétré un attentat à une porte de l’aéroport de Kaboul qui a tué treize soldats américains et des dizaines d’Afghans. L’Etat Islamique-K a de nouveau une base arrière en Afghanistan grâce à l’administration Biden, comme d’autres groupes terroristes islamiques. L’administration Biden a une lourde responsabilité dans ce qui s’est passé. Ce doit être dit.

Redonner une base arrière à des groupes terroristes islamiques ne peut qu’avoir pour conséquence une recrudescence des projets d’attentats et la potentialité d’attentats effectifs.

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Poutine est allié de l’Iran des mollahs, chiite, du Hezbollah, chiite, et du régime syrien chiite, et des islamistes sont hostiles à toute alliance avec les chiites et peuvent considérer la Russie comme étant dans le camp de l’ennemi, et le soutien apporté par Poutine au régime syrien a impliqué qu’il combatte des groupes islamistes sunnites qui sont, dès lors, très hostiles à la Russie de Poutine. Et quand bien même Poutine n’est pas responsable de la destruction de l’Etat Islamique en Syrie et en Irak (c’est Donald Trump qui l’a ordonnée), il n’a pas désapprouvé celle-ci. Poutine combat des groupes islamistes actifs dans la région du Caucase, et l’Etat Islamique Khorasan l’a critiqué et menacé pour ce motif ces deux dernières années. Les terroristes étaient originaires du Tadjikistan,  ancienne république soviétique dans laquelle, depuis l’indépendance du pays, des mouvements islamistes ont agi et été férocement réprimés par le régime en place, avec l’aide de l’armée russe. Poutine et la Russie étaient des cibles de l’Etat Islamique-K.

L’attentat constitue un nouvel échec des services de renseignement russes (qui n’avaient pas prévu début 2022 la résistance de l’Ukraine à l’invasion décidée par Poutine et avaient donné à ce dernier de fausses informations) : les services de renseignement russes ont failli face à la menace terroriste islamique.   

Plusieurs données laissent, cela dit, sceptique.

L’ambassade des Etats-Unis avait signalé au gouvernement russe un fort risque d’attentat à Moscou il y a quinze jours et conseillé à tous les Américains encore en Russie de quitter le pays.  La Russie n’a-t-elle tenu aucun compte de ce signal? Poutine a balayé l’idée d’un risque d’attentat dans un discours récent, mais pour autant n’a-t-il rien fait? La Russie est un pays où la surveillance est omniprésente et c’est particulièrement le cas à Moscou. Des islamistes dotés d’armes sophistiquées et d’explosifs ont-ils pu échapper à toute surveillance ?

En supplément, les islamistes qui font ce genre d’attentat meurent toujours en shahid (martyrs de l’islam). Là, cela n’a pas été le cas. L’Etat Islamique-K a dit que les terroristes ont réussi à s’enfuir. Ce n’est pas sa façon de procéder.

Les services de sécurité russes disent avoir arrêté les terroristes, dans une voiture se dirigeant vers l’Ukraine, à une centaine de kilomètres de la frontière, à proximité de Belgorod, une ville dans laquelle des miliciens russes soutenant l’Ukraine ont pénétré plusieurs fois depuis le territoire ukrainien. Les terroristes supposés ont été arrêtés, torturés et ont fait des déclarations étranges disant qu’ils ont été recrutés après avoir reçu la promesse d’être payés 5.000 dollars pour faire ce qu’ils ont fait. Aucun terroriste islamique n’a été recruté pour faire un massacre d’”infidèles” en échange de 5.000 dollars.

Des terroristes islamiques arrivent dans une salle de concert avec des armes sophistiquées et des explosifs sans être repérés. La police met une heure pour intervenir et arrive sur place après que les terroristes soient partis. Les terroristes parcourent 200 kilomètres et sont interceptés dans une vieille voiture Renault ? Est-ce plausible ? 

Poutine a immédiatement accusé l’Ukraine, et a dû reconnaitre un jour plus tard, quand l’Etat Islamique-K a donné des preuves de sa responsabilité, qu’il s’agissait d’un attentat islamiste. Il continue néanmoins d’accuser l’Ukraine d’avoir commandité l’attentat.

L’implication de l’Ukraine est absolument improbable. Le gouvernement ukrainien n’a aucun lien avec des mouvements terroristes islamiques et est résolument dans le camp des démocraties occidentales. L’armée ukrainienne ne cible jamais des civils, quand bien même, hélas, des frappes ukrainiennes peuvent faire des victimes collatérales. L’idée que le gouvernement ukrainien pourrait commanditer une attaque islamiste contre des innocents dans une salle de concert est si absurde qu’elle ne devrait effleurer l’esprit de personne.  

Ce qui pourrait rapidement prendre forme serait une recrudescence des attaques de Poutine contre l’Ukraine reposant sur le prétexte de la responsabilité (sans aucun doute inexistante) de l’Ukraine dans l’attentat. Ce ne serait pas la première fois que Poutine utilise cyniquement un attentat pour justifier ses crimes. Poutine a même fait commettre de faux attentats aux fins de porter des accusations: c’est ce qu’il a fait en 1999, aux fins d’accuser les indépendantistes tchétchènes.

La veille de l’attentat, Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin a, pour la première fois, dit que les opérations russes en Ukraine étaient une guerre. Au même moment, des frappes sur des immeubles civils et des installations énergétiques en Ukraine, dont le barrage Dnipro HES, le plus grand barrage du pays, étaient ordonnées. La Russie pourrait accélérer ses actions de destruction et de prédation en Ukraine, et utiliser l’attentat comme un prétexte pour justifier l’accélération. C’est ce qui semble s’opérer.

Poutine sait que l’élection présidentielle américaine du 5 novembre peut voir la victoire de Trump, et le remplacement d’un président des Etats-Unis faible par un président des Etats-Unis fort, et pas du tout complice de la Russie, contrairement à ce que disent les pseudos spécialistes des Etats-Unis qui peuplent les plateaux de télévision en France. Et je dois le répéter: Poutine a peur de Trump. Poutine sait qu’il ne lui reste peut-être que quelques mois pour détruire davantage l’Ukraine. Si Trump est élu, ce sera fini.

Que nombre de membres de l’extrême droite française aient accusé l’Ukraine au moment où Poutine a accusé l’Ukraine et continuent à accuser l’Ukraine n’a pas été et n’est pas surprenant, et a montré et montre davantage encore les penchants fascistes de l’extrême droite en question.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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