Publié par Dreuz Info le 1 mars 2024

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, ainsi que le conflit qui s’est intensifié au Moyen-Orient au cours des six derniers mois, ont entraîné une perturbation majeure du commerce international et des marchés mondiaux.

Les restrictions imposées aux exportations de céréales ukrainiennes et les sanctions affectant les marchés pétroliers mondiaux notamment ont introduit de nombreux changements significatifs, bouleversant l’ordre déjà complexe des marchés. Ces bouleversements ont, comme il est fréquent en période d’instabilité, favorisé une augmentation de la fraude et de la spéculation de la part d’individus cherchant à profiter immédiatement des vulnérabilités d’autrui. Lorsque des imposteurs opportunistes ciblent des marchés à forte valeur, tels que le commerce international du pétrole, les récits de leurs escroqueries deviennent de véritables scenarios de série à succès…

Niels Troost est précisément l’un de ces entrepreneurs devenus malgré eux victimes de cette situation géopolitique tendue. Il faut dire qu’il a réussi la prouesse de collecter auprès de petits producteurs de l’Est du pays assez de pétrole pour charger des tankers entiers, et d’accéder ainsi au marché asiatique. Bien qu’ayant par prudence réduit sa participation dans le secteur des hydrocarbures, et pensant ainsi se mettre à l’abri des sanctions imposées à la Russie, il s’est malgré tout retrouvé impliqué dans une mésaventure – décrite avec brio par l’ancien journaliste et lauréat du prix Pulitzer, Bradley Hope – à la fois extravagante et banale pour ceux qui connaissent les mœurs des grands fauves rodant au milieu des steppes du commerce international « borderline ».

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Sa malheureuse aventure commence véritablement au printemps 2022, lorsqu’il rencontre un certain Gaurav Kumar Srivastava, personnage mystérieux se prévalant de liens étroits avec les hautes sphères de pouvoir à Washington. Du très classique : Srivastava prétendait opérer sous une fausse identité pour la CIA, se présentant comme un « invisible », l’un des rares agents « NOC » (non official cover) de l’Agence. Il propose alors à Troost une opération commerciale secrète, officieusement approuvée par les autorités américaines, et qui lui permettrait de poursuivre ses affaires en dollars américains tout en contribuant à l’objectif stratégique des États-Unis de maintenir le flux de pétrole russe sur le marché sous un prix plafond.

En contrepartie, Troost obtiendrait une licence spéciale de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control du Trésor Américain), un sésame offrant la protection des États-Unis, octroyé à quelques géants de l’industrie de l’or noir et, bien sûr – grâce à l’incontournable Srivastava – à « Paramount Energy & Commodities SA », l’entreprise de Troost. Séduit par ces perspectives, le batave se laisse entraîner dans ce qui se révèle être un piège bien huilé, car une fois engagé, à l’issue d’entrevues qui tenaient plus de l’interrogatoire que du déjeuner d’affaires, il se voit réclamer le transfert de 50 % des actions de sa société en faveur de Srivastava. Cette condition, alignée sur le récit fictif élaboré par ce dernier, reposant entre autres sur la mise en avant de relations dont la mise en avant, minutieusement orchestrées, semblait attester de sa puissante influence au sein de l’appareil d’Etat américain.

Il s’en est fallu de peu pour qu’un Troost impressionné ne se plie à l’accord proposé. Mais de retards en demandes supplémentaires de la part d’un Srivastava décidément gourmand, il finit par résister à la pression. C’est cette résistance tardive qui déclencha l’ire de l’intermédiaire interlope, et le début d’un chantage. Face à une telle agression, Troost décide finalement de lancer sa propre enquête sur Srivastava, et les découvertes sont stupéfiantes : un passé de fraudes, des poursuites judiciaires et une absence totale de liens authentiques avec les agences gouvernementales américaines. En mai 2023, Troost prend la décision de couper les ponts, et de mettre fin à toute sorte d’accord avec l’escroc.

Concomitamment une calomnie filtre sur l’implication de Troost dans le terminal GTS Dortyol, une infrastructure clé pour le transbordement du pétrole en Turquie, un actif situé dans un emplacement stratégique manifestement sous-évalué, où Troost n’était qu’un actionnaire minoritaire sans réel pouvoir décisionnel, mais suffisant pour propager de fausses rumeurs sur une éventuelle implication dans des activités contournant les sanctions de l’UE et des États-Unis contre la Russie, alors que l’investissement avait été réalisé bien avant le début de la guerre en Ukraine, et que le pétrole russe ne représentait que la portion congrue des transactions du terminal. Las, face à une campagne de désinformation visant à ternir sa réputation, Troost a choisi de se désengager, vendant sa part sans réaliser le moindre bénéfice.

Aujourd’hui, Niels Troost se concentre principalement sur l’investissement en Afrique, dans des projets liés à la transition énergétique et à la sécurité alimentaire, au travers de laquelle il soutient les exportations ukrainiennes, notamment par le biais de son investissement dans une société dont les navires ont été parmi les premiers à risquer le transport de céréales ukrainiennes depuis le port d’Odessa vers le reste du monde. Sera-ce suffisant pour le laver de tout soupçon dans le petit monde des faiseurs de deals planétaires qui couvrent mutuellement leurs manœuvres délétères ? Mais espérons que s’éloignent de lui définitivement ces rapaces estampillés, ces êtres hybrides, mi-rémoras mi-charognards, dont la sale besogne est mise en évidence par ces déboires que l’on espérait d’un autre temps…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Alexandre Daniel pour Dreuz.info.

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